Texte : Kevin du Coup-Voilà – Au jeu de l’égo, l’écologiste Bruno Bernard n’a pas son pareil pour empiler les briques selon tout plein de combinaisons qui, à chaque fois, nous laissent pantois : quel diable d’homme, quel génie ! Il est Machiavel, Talleyrand, Napoléon et Mitterrand réunis ! Mais comment fait-il ?, (même si l’on a bien une partie de la réponse en percevant dans son regard le scintillement subtil de l’intelligence…).

L’autre nuit, je reçois une alerte rouge sur mon appli spécial Grand Lyon Métropole Gold Premium : « le nouveau magazine Met’ (du nom de la métropole de Lyon mais c’est plus long) est sorti ; vous le constaterez au premier coup d’œil, votre magazine change de look ». Et là je me dis : Vindieu, la belle église ! (car j’habite la campagne, pardon : un « territoire », comme on doit dire). N’empêche, ça me libère d’une angoisse nocturne ; j’en ai quatre : la guerre en Ukraine, le prix de l’énergie et, juste avant la réforme des retraites, la mise en page du canard de la métropole de Lyon.

Il a ciré ses chaussures depuis la Une de l’an dernier

« Du coup » (comme on doit dire aussi), tu penses bien que je vais vérifier le changement de look. Et bien, c’est vrai. Il y a un an, dans son édition 28 de janvier – février 2022, Met’ faisait sa Une avec le portrait plan poitrine de devinez qui ?, ouais, fastoche : Bruno Bernard, le parsident (comme dit Guignol) de la métropole de Lyon. Et je me posais la question en moi-même : Bruno Bernard est-il comme la Une ?

Et voilà que cette année, dans son édition 33, Met’ refait sa Une avec le portrait de devinez qui ?, ouais, encore plus fastoche : Bruno Bernard… A la Métropole, on adore le comique de répétition. Mais attention ! : le plan est en pied. En clair, le parsident (j’aime cette guignolade qui lui va si bien ! ) est debout et l’on voit son pied droit gravir avec détermination la marche d’un tramway.

T’as pigé la subtilité… : « en dépit de ma réussite politique, professionnelle et personnelle qui t’en met plein la tronche, je suis resté simple ; je prends les transports en commun ». Et certains, pour des C tout courts, d’ailleurs… En même temps, j’annonce le sujet principal traité dans le magazine. Ce qui, quand on y réfléchit, est la vocation d’une première page.

Met’ n°28, le périodique de la Métrople de Lyon, janvier-février 2022. Mais qui donc tirait la couverture ?

Ah bon ? Mais alors, le mag traite principalement du parsident (!) de la métropole ? Absolument. De lui et de ses exploits. Avec, subtilité s’il en est, une nouvelle rubrique : « les sujets qui fâchent ». Là tu te dis : quelle objectivité !, gonflé, il en a entre les jambes, le parsident !

Et tu lis l’apostrophe d’un citoyen très colère : « C’est du grand n’importe quoi ! Commencez par régler les problèmes de métro avant de me demander de laisser ma voiture au garage ! ». Réponse : « Vous avez raison (!), ces perturbations sont inacceptables. Mais aucun réseau de transports en commun n’est à l’abri d’une panne. On retrouve le même phénomène en Île-de-France et dans les grandes villes, et de façon plus importante encore sur le réseau TER ». Tiens Laurent, prends ça dans les gencives (car les TER sont de la compétence de la Région…).

Autre « sujet qui fâche » 

« Et les bus supprimés, et les arrêts qui disparaissent… ». Réponse : « le problème des bus vient d’ailleurs. En France, il manque 10 000 conducteurs et conductrices, et la Métropole de Lyon ne fait pas exception ». Ben voui, il y est pour rien, Bruno. Mais alors est-ce que par hasard les « sujets qui fâchent » ne seraient pas sélectionnés avec soin parmi ceux qui ne sont pas de son ressort ?

Vous croyez ? Tenez, par exemple : pourquoi n’y a-t-il pas un mot sur le fait que Lyon a rétrogradé de cinq places au classement de l’attractivité des métropoles françaises pour les investisseurs ? Sur le fait que l’immobilier (« des professionnels sans scrupule assis sur un magot », comme les définit avec tact l’adjoint à l’Urbanisme du maire de Lyon) est en panne en raison, notamment, des modes de préemption, de l’encadrement des loyers, de la majoration de 20% (comme à la Guillotière) de la taxe d’aménagement ? Tout cela relève directement des attributions (j’ai failli dire : de la compétence) du président de la métropole.

Met’ n°33, le périodique de la Métropole de Lyon, édition de janvier-février 2023. Mais qui donc « se cache » en ouverture du dossier page 8 ?

Oui, bon. On ne peut pas non plus lui demander de se dévaloriser dans « son » propre média, quel élu le ferait ? D’accord mais de là à en rajouter… Tenez, page 8, le sujet est ainsi titré : « Ces projets qui vont changer nos vies » ; en illustration tu t’attends par exemple à une image de synthèse d’un métro volant qui se pose à Lyon – Sud ! Pas du tout, tu as droit au portrait, plan poitrine, certes mais pleine page, de… ? Oui : Bruno Bernard ! (voir ci-dessus).

Mets ton pied où j’ai mon pied

Et bien moi, je ne suis pas sûr que Bruno Bernard soit un projet qui va changer ma vie. Mais ce n’est que mon avis. Et puis si son exécutif est d’accord pour qu’il porte seul le mérite des initiatives métropolitaines, grand bien lui fasse. C’est, en tout cas, ce que dégage le périodique de l’institution : il est une chaussure au pied du patron. Un peu comme s’il lui intimait, à l’instar de San Antonio : mets ton doigt où j’ai mon doigt. Sauf que c’est le pied…

Dans un communiqué, le groupe d’opposition « La métropole positive » représentant la droite, le centre et la société civile à la métropole Grand Lyon, « dénoncent cette façon de faire et saisissent la Chambre Régionale des Comptes. »