Mort de Quentin. « Honnêtement, on pensait qu’on allait y passer » : une militante de Némesis se confie

21 février, 2026 | Actualités Lyon | 0 commentaires

Propos recueillis par Matthias Arguel – Exclusif – Présente au happening ayant précédé l’agression mortelle du jeune Quentin, le 12 février dernier, Marie*, étudiante de 19 ans et militante de Némésis, a décidé de témoigner dans Lyon People. Accompagnée de deux amis, la jeune femme, touchée psychologiquement et physiquement nous relate les vingt minutes interminables lors desquelles elle a subi la violence des militants d’extrême-gauche. La jeune lyonnaise présente encore de nombreux hématomes sur le corps et sa minerve témoigne, à elle seule, de l’étranglement qu’elle a subi.

Lyon People : Vous étiez devant Sciences Po Lyon, avec les filles de Némesis, où une banderole « Islamo-gauchistes hors de nos facs » a été déployée. Quelles étaient vos intentions ou revendications ?
Marie
 : On y était pour faire un happening. C’est quelque chose qu’on prépare à l’avance. C’est pour faire réagir les personnes autour de nous, parce qu’on n’est absolument pas en accord avec les propos de Rima Hassan, ni avec les idéologies des élèves de Sciences Po. On voulait tout simplement montrer notre désaccord, comme eux peuvent le faire à la sortie de certaines facs, en faisant des manifestations ou des tractages. Donc, pour nous, c’était logique de donner notre avis et de montrer que Nemesis a sa place dans les facs.

À quel moment décidez-vous de faire ce happening ?
Quand on a vu qu’il y avait une conférence de Rima Hassan, on s’est dit, c’est un truc à ne pas louper. On n’a jamais pu parler avec cette dame. Ce qu’on voulait faire, c’est forcément retarder la conférence et faire sortir Rima Hassan pour avoir un débat avec elle. On ne va pas oublier qu’elle est députée européenne, elle est censée représenter les Français, elle est censée débattre avec les citoyens.

Quand la décision a-t-elle été prise ?
Je ne sais pas trop. Personnellement, j’ai mis du temps avant d’accepter. J’ai pesé le pour et le contre, parce qu’on savait que ce n’était pas sans risques. On se fait tout le temps cracher dessus, insulter, même quand on tracte.

La banderole déployée par les militantes de Nemesis devant Sciences Po Lyon en protestation contre la venue de Rima Hassan

Le happening était donc pacifique. Vous ne pensiez pas que ça allait finir comme cela ?
Absolument pas. C’était vraiment un happening, consistant à scander des slogans et à déployer une bâche, rien de plus.

Combien étiez-vous ?
Nous étions sept militantes.

Nemesis, à Lyon, ça représente combien de personnes ?
Je ne peux pas le dire. Je suis désolée mais je ne préfère pas.

Avec vous, il y avait un service d’ordre. Combien étaient-ils ?
Les garçons, ils étaient une dizaine. Ce sont des amis à nous, contrairement à ce qu’on peut lire dans les médias. Ça se fait par le bouche à oreille, parce qu’on fréquente les mêmes milieux.

Le collectif Némésis affirme que Quentin faisait partie de votre service d’ordre. Son avocat prétend le contraire…
Disons que parler de service d’ordre, c’est un peu compliqué. En général, c’est censé être des gens qui sont professionnels, rémunérés. Là, dans notre cas, ce sont des copains qui assurent notre sécurité, je ne parlerais même pas d’un service d’ordre. Quentin était un militant nationaliste mais c’était notre ami. Moi, je ne le connaissais pas plus que ça, mais c’est quelqu’un avec qui je partageais les mêmes valeurs. On a la même façon de penser. C’est pour ça qu’il voulait assurer notre protection. À Lyon, on est très soudés, on se protège les uns les autres.

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Sur les vidéos, on voit le service d’ordre rester en retrait. Pourquoi ne sont-ils pas intervenus pour vous protéger ?
Nous sommes arrivées vers Sciences Po et tout de suite, on a eu un face-à-face avec la Jeune Garde. Les garçons, eux, attendaient de l’autre côté du pont. À la base, ils étaient là pour nous extraire, pas pour taper du gaucho.

Vos agresseurs se servent alors des parapluies comme des armes, c’est cela ?
C’est exactement ça. Et au moment où on déploie la bâche, je les vois enfiler des cagoules, des gants et partir en courant. Et là, d’un coup, il y a trois militantes de la Jeune Garde qui nous foncent dessus, masquées.

Ce sont elles qui vous étranglent ?
Non, c’est un homme qui n’avait rien à voir avec la Jeune Garde. C’était un étudiant de Sciences Po. Peut-être qu’il faisait partie d’un syndicat.

Des étudiants sont donc descendus pour manifester contre vous ?
Ce n’était pas une manifestation de leur part, c’étaient des agressions.

À ce moment-là, comment vivez-vous la scène ?
On est arrivé en face à face avec les militants de la Jeune Garde. On a déployé la banderole. Et là, trois filles de la Jeune Garde ont débarqué masquées avec la capuche. On voyait vraiment dans leurs yeux qu’ils voulaient tous nous foncer dessus. Ils commencent alors à essayer de nous arracher la banderole. Mine de rien, au passage, nous sommes assez fières de nous parce qu’ils n’ont pas réussi à nous l’arracher. Pas une seule fois. On l’a tenue pendant 20 minutes. Forcément, on l’a protégée, parce que sans banderole, ça ne servait plus à rien d’être là. On voulait faire passer notre message. Et là, les affrontements commencent avec des militants de la Jeune Garde. Ils nous filment, ils commencent à scander leur fameux « Siamo tutti antifascisti », la totale. C’est là que d’autres élèves commencent à s’interposer du côté de la jeune garde. Ils commencent à nous secouer, à nous pousser, à essayer de nous arracher la bâche. Au début, ils devaient être cinq, puis dix.

C’est à ce moment que les coups partent ?
Le plus lunaire dans l’histoire, c’est qu’une dame nous a demandé de décaler parce qu’on était devant son école et ça la gênait. On était en train de se faire agresser quand même ! On se décale et à ce moment-là, c’est plus une dizaine d’élèves qui sont présents, c’est une trentaine. Et là, les premiers coups fusent. Moi, je me fais taper par une fille de la Jeune Garde, par ses copines également. Je ne saurais même pas vous expliquer mais à ce moment-là, je ne le savais même plus d’où je me prenais des coups. On se faisait tirer les cheveux, on se prenait des coups de poing, des coups de pied.

« On m’a attrapée par le cou et on m’a projetée contre le sol tellement violemment que ma tête a tapé contre le trottoir »

Avez-vous eu peur pour votre vie ?
Sur le moment, on ne se rend pas compte parce qu’on a beaucoup d’adrénaline. Je ne sais pas si je peux parler de haine, j’avais l’impression d’être dans un état second. Moi j’étais au sol avec mon agresseur, celui qui m’a étranglé et qui a également agressé une autre fille. Il était très violent. Je vois une amie qui se fait tirer au sol. Et ensuite, c’est le fameux moment où on se retrouve bloquées derrière le mur de pierre. Ils nous ont encerclées. Et là, c’est pareil, on a reçu des coups de partout, on ne savait même pas d’où ça venait. Honnêtement, on pensait qu’on allait y passer. Voir ses copines en train de se faire frapper, se prendre des coups, mais ne pas réussir à se défendre, c’était horrible. Moi, je fais de la boxe mais je n’ai même pas réussi à me défendre.

Votre service d’ordre lui n’a pas pu réagir ?
Ils étaient en train de se faire lyncher, ils étaient en train de se faire tuer à ce moment-là. Il y a eu une attaque coordonnée. Ils l’avaient anticipé puisqu’ils nous avaient repérés juste avant. Ils nous ont « chouf », c’est ça l’expression.

Le lynchage de Quentin par 6 individus a été filmé depuis un immeuble – Capture d’écran TF1 Info

Vous êtes donc dans la survie ?
Les plus violents, c’étaient les hommes. Les femmes nous tapaient, mais ceux qui nous ont porté les plus gros coups, ce sont des hommes. Ils ne cherchaient même pas à nous séparer. Ils criaient : « Le grand remplacement existe. Vous êtes les derniers blancs, vous allez tous crever ». On entend d’autres commentaires comme quoi, on est des nazis.

Que se passe-t-il ensuite ?
Dans la bagarre, les groupes se sont divisés. Et c’est là que je me retrouve seule avec une de mes copines, alors qu’on était sept à la base. C’est la fameuse vidéo de mon agression. Il y a une fille qui me dit : « ouais, tu es une nazie ». Ça m’a fait sortir de mes gonds. Sur la vidéo, vous voyez que je m’avance un peu mais j’ai les bras le long du corps, je ne suis absolument pas violente. Sauf que là, ça va très vite. On m’a attrapée par le cou et on m’a projetée contre le sol tellement violemment que ma tête a tapé contre le trottoir. Derrière, je ne suis pas sûre mais il me semble qu’on m’a mis des coups de pied pendant que j’étais au sol. En plus, on était bloqués par un compteur électrique à ce moment-là. Ma camarade m’a vite relevée et on a décidé de partir mais on s’est dit que si on leur tourne le dos, on est foutu, on va se prendre des coups par derrière.

Comment réussissez-vous à vous échapper ?
Je n’ai pas ressenti la douleur sur le moment avec l’adrénaline. Je me suis relevé très vite. Ma copine me dit : « Surtout ne pleure pas, ne leur montre pas que tu as peur ». On arrive à partir sous le pont et on retrouve nos copines. Hélas, les agressions continuent sous le pont. On était 7, un étudiant de Sciences Po essayait de nous tirer la bâche quand un homme, parfaitement inconnu, qui ne parlait pas français, se tenait les parties intimes face à nous en faisant des gestes obscènes. Il nous insultait de « sales putes, de sales racistes ». Il disait qu’il allait nous faire du mal. On s’est serrée les unes contre les autres. On a réussi à garder la banderole et notre mégaphone et on a couru jusqu’à la place Carnot, parce qu’à ce moment, notre vie était vraiment en danger. J’ai été prise de nausées, de vomissements. Le lendemain, j’étais à l’hôpital.

À quel moment la situation a-t-elle basculé dans l’horreur ?
Dès le début ! Nous sommes restés 20 minutes et pendant ces 20 minutes, on s’est fait tabasser. Il n’y a pas eu un moment où il n’y a pas eu de violence. Dès qu’on a sorti la bâche, on s’est fait taper dessus.

« Aujourd’hui, dès que je vois quelqu’un avec une casquette et une capuche, ça me fait peur, je change de trottoir »

Avec le recul, pensez-vous que Rima Hassan, Raphaël Arnault, Jean-Luc Mélenchon et LFI sont directement impliqués dans l’attaque ?
Jean-Luc Mélenchon, même si je ne l’aime pas, je ne pense pas qu’il soit impliqué. Rima Hassan, je ne préfère pas donner mon avis. Concernant Raphaël Arnault, alors je n’ai pas envie de me prendre un procès pour diffamation, mais ça m’étonnerait qu’il ne soit pas impliqué. Parce qu’il l’a déjà été… Ça m’étonnerait que ce monsieur n’ait plus de lien avec la Jeune Garde parce que c’est faux. La preuve, il y avait son assistant parlementaire, Jacques-Elie Favrot. Donc je pense qu’il était au courant.

Estimez-vous que leurs discours favorisent ce type de comportement ?
Bien sûr que oui, sans aucun doute. Quand on voit les candidats qu’ils ont, les personnes qu’ils invitent, le manque de respect qu’ils ont envers les Français, bien sûr que oui, ils gangrènent la haine. Ils font tout pour qu’on nous déteste, pour qu’on nous diabolise. Ils retournent toutes les situations à leur avantage. Là, pour Quentin, quand j’entends des personnes qui osent dire « bien fait pour lui »… Ces personnes soutiennent LFI.

Aujourd’hui, vous venez témoigner. Craignez-vous d’être retrouvée par les antifas ? Bénéficiez-vous de mesures de protection ?
Oui, j’ai peur pour moi. J’ai peur pour ma famille, mes amis. Personnellement, je ne reste plus jamais seule. Je me fais accompagner partout. Je ne dors plus chez moi. Je me fais reconnaître dans la rue. C’est malsain et puis ça fait peur. J’ai peur qu’il y ait des représailles. Même au-delà de ça, j’ai un stress post-traumatique très important. Dès que je vois quelqu’un avec une casquette et une capuche, ça me fait peur. Je change de trottoir. Mes amis, ils sont avec moi. Ils voient qu’au moindre bruit, ça me fait peur. Je ne dors plus, je ne mange presque plus. C’est un vrai traumatisme.

Les antifas fichent les militantes de Nemesis et les menacent jusqu’à leur domicile

Qu’attendez-vous de la justice française ?
J’attends que la justice française fasse son travail pour le meurtre de Quentin dans un premier temps. Concernant la gravité des faits, j’espère qu’ils vont payer pour ce qu’ils ont fait. On est en colère parce qu’on a un ami qui s’est fait tuer et parce que ça fait des années qu’on répète que la Jeune Garde est dangereuse. La France Insoumise est dangereuse. Quand j’entends Mathilde Panot retourner la situation en disant que c’est nous qui sommes dangereux en allant dans les facs… J’attends pour Quentin qu’il y ait de la prison pour les agresseurs et pour toutes les personnes qui, même si elles n’ont pas porté les coups fatals à Quentin, doivent répondre de leurs actes. Concernant mon agresseur, j’espère aussi que justice sera faite. J’espère qu’il va être retrouvé.

Quel accueil avez-vous reçu des policiers ? Etaient-ils à votre écoute ?
Je ne pensais pas qu’ils allaient être autant à notre écoute. Après, ils sont obligés de prendre nos plaintes, peu importe ce qu’ils pensent, mais il y a eu un vrai bon accueil.

« On se sent coupable de tout. On se dit : pourquoi est-ce qu’on n’a pas réussi à défendre Quentin ? »

On ne vous a pas reproché d’être allé les provoquer ?
Non, absolument pas. Ils nous ont bien dit que nous, les filles de Némésis, étions les victimes. On est arrivé au commissariat avec une peur énorme. On avait peur d’aller en garde à vue. Et quand on a dit ça aux policiers, ils nous ont dit « mais les filles, vous êtes les victimes, arrêtez d’agir comme si vous étiez coupables ». Ça nous a fait un déclic parce qu’on se sent tellement coupable de tout, de la mort de Quentin, parce que c’est nous qui leur avons demandé de venir…

Comment vivez-vous cette culpabilité ?
Honnêtement, je pense que si je n’avais pas mes amis, je deviendrais complètement folle. On se dit : pourquoi est-ce qu’on n’a pas réussi à le défendre ? Pourquoi est-ce qu’on n’est pas parti ? Pourquoi est-ce qu’on n’est pas allé le chercher ? Après, avec des si, on pourrait refaire le monde. Mais voilà, moi, je veux bien qu’on sache que Quentin, c’est un martyr.

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Nemesis continuera-t-il à exister à Lyon ?
On ne s’arrêtera pas. Ça nous donne encore plus envie de continuer le combat qu’on mène. Ça nous prouve que c’est un combat qui est juste et qu’on était dans la bonne direction. Toutes nos idéologies sont fondées parce qu’on dit que la violence vient de la gauche. Nous en sommes les témoins et les victimes. Pour le moment on se calme, le temps que l’on reprenne nos esprits.

Mathilde Pannot, sur la chaîne parlementaire, a demandé à ce que Nemesis soit tenue en dehors des conférences et des meetings sinon « ça va mal finir ». L’avez-vous perçu comme une menace ?
J’ai envie de lui dire que ça a déjà mal fini. Vous nous avez déjà montré que vous étiez violents, que vous étiez prêts à tuer pour vos idées politiques. On sait tous que la Jeune Garde et LFI sont amis. Au bout d’un moment, il faut qu’ils arrêtent de nous prendre pour des lapins de trois semaines. Bien-sûr que je le vois comme une menace. Personnellement je ne sais pas si je vais continuer de militer. Ma famille ne le veut plus. À chaque fois qu’elle allume la télé, elle voit la vidéo de mon agression.

*Prénom d’emprunt

 

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/matthias" target="_self">Matthias Arguel</a>

Matthias Arguel

Le nouveau détective

Lunettes vissées sur la tête, œil acéré, Matthias Arguel n’en loupe pas une. Le costume de journaliste lui va à ravir. Son terrain de jeu préféré : la politique. Prêt à monter au front, dans la fumée des gaz lacrymogènes ou sur le toit d’un tracteur, notre jeune recrue fait preuve d’audace. Une bien belle qualité pour un détective en herbe.

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