Par Marco Polisson

A boire et à manger. Devant un hémicycle clairsemé – pour cause de covid 19 – les nouveaux maîtres du Grand Lyon ont débattu hier matin de leurs indemnités et de l’avenir de la cité de la gastronomie après sa fermeture.

C’est Gérard Collomb qui a ouvert le feu après les interventions des élus communistes qui regrettaient que l’Hôtel-Dieu n’ait pas été transformé en logements sociaux !! Pour son retour dans l’hémicycle en tant qu’élu d’opposition, l’ancien maire de Lyon a fait feu de tout bois, dénonçant le projet de la majorité écologiste d’indemniser les exploitants espagnols de la cité.

« C’est pour tous ceux qui pensent que je suis mort dans mon trou » confie-t-il à Lyon People à l’issue du conseil.

L’ancien maire a rappelé le curieux timing qui a précédé l’annonce des difficultés de Magma Cultura : « Au-delà c’est plutôt le calendrier tel qu’il apparait dans la délibération qui m’interpelle. Vous nous précisez en effet que c’est dès le 13 mars que le délégataire invoquait l’article 43 du contrat de la DSP relatif à la force majeure.

On ne peut pas dire que le délégataire ait perdu beaucoup de temps pour invoquer la force majeure puisque la loi instaurant l’état d’urgence sanitaire et ce n’était à cette époque que pour deux mois n’allait être promulguée que le 23 mars. » Et Gérard Collomb de défendre mordicus le projet initial de la Cité de la Gastronomie qu’on « m’a sagouiné » après son départ à Paris en tant que ministre de l’Intérieur.

« Hélas dès que je fus parti on décida de changer de projet et on aboutit à celui d’aujourd’hui, d’une pauvreté stupéfiante là où nous avions prévu des présentations numériques, l’usage de la vidéo (…), le comble pour moi étant d’avoir représenté Paul Bocuse sur une plaque de contre-plaqué et on s’étonne après cela qu’il n’y ait pas le nombre de visiteurs souhaité. » David Kimelfeld qui était absent a du sentir ses oreilles siffler…

Christophe Marguin remet aussi les pendules et le projet à l’heure

Au nom du groupe « Rassemblement de la droite, du centre et de la société civile », le chef Christophe Marguin a également consacré son temps de parole à ce dossier pour lequel il est parfaitement légitime. De façon plus soft mais tout aussi volontaire.

Et de rappeler que ce sont les acteurs des métiers de bouche et les Toques Blanches Lyonnaises qui ont fait pression pour que la Ville de Lyon et la Métropole dirigées alors par Gérard Collomb candidatent au projet de « Cité internationale de la Gastronomie ».

Mais une fois les élus convaincus et le projet en marche, la Métropole passée entre-temps sous la coupe de David Kimelfeld « choisit alors de désigner à la tête de cet empire : Magma Cultura – groupe Espagnol – comme exploitant de ce lieu, et Florent Bonnetain – ancien chef d’orchestre – comme directeur. Ces 2 décisions surprirent tout le monde. »

Et le président des Toques Blanches de dénoncer « la dérive budgétaire » associée à ce projet : Le coût d’acquisition initialement annoncé est de 15,6 M€ répartis comme suit : 10,5 M€ d’apports privés
1M€ de l’Etat
2M€ de la Ville de Lyon
2,6 M€ de la Métropole
Le coût réel de ce site s’élève finalement à 18,7 M€, soit 3,7 M€ de dépassement dont près de 2,9 M€ incombant totalement à la Métropole. »

La suite, nous la connaissons. Ecartés du projet, les acteurs vivants de la gastronomie lyonnaise ont assisté, impuissants, à l’échec de cette cité à la scénographie ratée et au concept hors sol proposée par la société espagnole.

Quel avenir pour la cité de la gastronomie ?

Pour Christophe Marguin, hors de question de la laisser tomber : « Ce projet nous tient tous à cœur, et au-delà de notre engagement et de notre volonté de valoriser LYON et ses métiers de bouche, son artisanat et son art culinaire, c’est LE PROJET d’une Métropole dont nous parlons.

Nous devons rouvrir cette Cité, il en est de notre devoir, pour LYON, son Histoire, ses habitants, son tourisme… Mais il est nécessaire de faire un bilan précis de cet échec tant financier que structurel, et de prendre le temps de la réflexion car il est évident qu’il faut revoir entièrement le concept, la scénographie, les thèmes abordés, le processus de visite…

L’enjeu est important car notre Cité est la première des 4 cités françaises à avoir ouvert ses portes. Si cet avantage est désormais perdu, nous conservons cependant un privilège certain : LYON est déclaré depuis des décennies Capitale Mondiale de la Gastronomie ! »

La suite est entre les mains de la collectivité lyonnaise pilotée par des végans… qui a prévu d’indemniser les exploitants à cause des pertes dues au confinement, soit une somme de 1,7 millions d’euros !

Avec les écologistes, on n’est jamais déçu quand il s’agit de dilapider l’argent des contribuables.