Par Emma Ressegaire et Morgan Couturier

Après moins d’un an d’aventure, la Cité Internationale de la Gastronomie met déjà un terme à son aventure. Ce lundi 6 juillet 2020, la société espagnole gérante du site, MagmaCultura, a annoncé sa fermeture définitive… « pour cause de coronavirus ». La bonne blague !

L’affaire était mal embarquée, « mal née » selon le chef Christophe Marguin – elle a fini en eau de boudin. Installée dans la partie la plus ancienne de l’Hôtel-Dieu, la Cité Internationale de la Gastronomie n’avait sûrement pas prévu une telle recette, lorsqu’il fut annoncé à l’occasion d’une visite dédiée à la presse en janvier 2019, son intention de proposer des expositions permanentes et temporaires sur le thème de la cuisine. Les différentes dégustations proposées n’y ont rien fait, le site n’a jamais attiré les foules.

20 millions d’euros partis en fumée

Déjà envisagé loin de la capitale des Gaules, signe avant-coureur d’un échec cuisant, l’établissement n’avait dû son salut qu’à l’acharnement de ses défenseurs auprès de Gérard Collomb, dont l’entêtement, après avoir un temps ignoré ce projet, avait finalement eu raison de la volonté des décideurs, malgré la concurrence de plusieurs villes, telles que Tours, Dijon, ou Paris-Rungis.

Lors de la présentation à la presse, le 29 janvier 2019, David Kimelfeld déclarait à la cantonade : « Le seul risque, c’est d’être débordé de succès »

Sur le papier, ce jour-là, le projet paraissait séduisant, mais la réalisation scénographique a vite paru très cheap. « Paul Bocuse en carton-pâte, ce n’est pas vraiment ce que j’imaginais » avait déclaré Gérard Collomb en visitant le site, après son retour du ministère de l’Intérieur. Après quelques semaines d’activités, le bilan des visites avait jeté le trouble sur ce projet, les touristes trouvant l’excursion décevante et les prix excessifs par rapport au contenu proposé.

L’entrée fixée à 12€ pour les adultes sans compter la dégustation, l’animation principale de la visite, facturée 12€ de plus, la Cité ne s’est jamais donné les moyens de réussir. Une cruelle conclusion pour ce projet de 4 000m2 initié en 2011 et financé à hauteur de 20 millions d’euros : 10M€ par la Métropole et la Ville de Lyon ainsi que 10M€ par une dizaine de partenaires privés dont le groupe Eiffage.

Un retour en force de GL Events ?

Une faute que les vents contestataires pourront imputer à MagmaCultura, dont la méthode de travail avait suscité là aussi, bon nombre de reproches parmi la classe politique et gastronomique lyonnaise. Le fait de confier la gastronomie lyonnaise aux bons soins d’une société espagnole nous avait dès le début paru… incongru et suspect !

Initialement installée pour huit ans, l’entreprise ibérique avait obtenu les faveurs de Gérard Claisse, alors vice-président en charge de la politique d’achat public, lequel avait estimé que MagmaCultura proposait la grille tarifaire… la plus basse. Nul doute que ses concurrents, Operel et GL Events (soutenu par les Toques Blanches, ndlr) sauront se souvenir de cette décision.

Leur motivation est-elle toujours intacte, au point de reprendre le projet, telle est la question qui se pose aujourd’hui.

« L’avenir du lieu sera étudié en lien étroit avec les parties prenantes du projet dont les mécènes. La réouverture rapide au public du Grand Dôme est par ailleurs en cours d’étude », explique la Métropole dans un communiqué, alors que son nouveau président, Bruno Bernard, parle d’opportunité pour les Lyonnais « de se réapproprier ce lieu emblématique du territoire ».

Un échec attribué au covid-19, la bonne blague

Toujours est-il que du côté des gestionnaires espagnols, le coup est rude. Et la défaite totale. Un échec que l’entreprise culturelle impute officiellement au covid-19, cette dernière expliquant avoir « subi les lourds impacts engendrés par la crise sanitaire du coronavirus que le pays traverse depuis mars 2020 ».

« Devant ces difficultés, face à l’incertitude de l’évolution économique et touristique, et malgré tous nos efforts pour la sauvegarder, nous avons pris la décision de ne pas rouvrir la Cité et d’arrêter définitivement son exploitation », explique-t-elle dans un communiqué.

Une excuse qui n’a pas manqué de faire rire les cuisiniers, à commencer par Christophe Marguin, qui à l’automne dernier, avait déjà invité à boycotter l’établissement. « Il y a eu un manque de concertation totale avec les métiers de bouche. Les politiques ont agi seuls dans leur coin. Ils n’ont pas su écouter », a glissé le président des Toques Blanches Lyonnaises à nos confrères de France 3.

La Cité de la Gastronomie n’est plus qu’un vaste gâchis. Mais à en croire MagmaCultura, « un bel avenir se dessinera pour les espaces que nous quittons ». Affaire à suivre !