Par Morgan Couturier

En annonçant la fermeture des discothèques jusqu’en septembre, le gouvernement a mis à cran les professionnels du secteur, dont l’avenir s’est assombri avec cette décision.

Regroupant les professionnels des CHR, le syndicat UMIH et sa branche nuit présidée par le Lyonnais Thierry Fontaine (Le Loft) pourrait contester cette décision devant le Conseil d’Etat, une fois le décret paru, en s’appuyant sur les dernières autorisations formulées au profit des manifestations et l’engouement suscité par la fête de la musique.

« Que dire, c’est un scandale ! Le métier est écœuré, attristé et en péril ! » Arthur Donjon (ChooChoo)

Ah l’été, enfin le voilà, avec sa perspective de plages ensoleillées, de pauses farnientes galvanisées par l’envie de noircir son teint de façon à l’exhiber le soir venu sur la piste de son choix. Un doux rêve… à oublier, tant l’été s’annonce pourri… Pardonnez-moi l’expression, mais alors que juin puis juillet servent habituellement à finaliser la programmation des vacances, voilà que les éléments nous invitent à rester confiner.

Par défaut cette fois. La faute au gouvernement, qui par l’intermédiaire de son excuse favorite des mesures de sécurité, nous invite à réserver notre mètre carré de sable chaud, nos deux heures de piscine, avant de nous contraindre à rentrer sagement à la maison dès la nuit tombée. Rideau.

La journée s’arrête là, qu’on soit dans le Sud, sur la côte ou que l’on reste entre Rhône et Saône. Point de virées en boite de nuit à l’horizon !

La faute à ce gouvernement pétri de contradictions. Il n’y a pas le temps pour ça, la France est en reconstruction. La priorité n’est pas à ces futiles sorties nocturnes. Les boites de nuit resteront donc fermées jusqu’en septembre, de manière à laisser aux professionnels de la nuit le temps de bâtir leur playlist dépression.

Quid des 150 000 salariés concernés ?

« Tout le monde a envie de faire la fête », soutient pourtant Elisabeth Borne, sous forme d’énième provocation. Un beau baratin que la ministre de la transition écologique et solidaire n’a pas tardé à accompagner de son habituelle ritournelle : mesures barrières et distances de sécurité sont primordiales pour éviter au pays de surfer sur une deuxième vague.

Seulement, les Français aussi, quoi qu’on en dise, veulent l’éviter. Mais après être restés enfermés pendant trois mois, ces derniers ont aussi envie de s’amuser. De se déhancher.

En somme, de retrouver une vie normale, en attestent les fortes concentrations de population recensées dans les rues de France et de Navarre ce dimanche, malgré les restrictions et l’absence d’animations prévues pour célébrer la fête de la musique.

Les Français sont à cran. Le monde de la nuit aussi.

« Il faut arrêter de nous prendre pour des imbéciles ! Même les syndicats sont perdus et nous on subit ! On a eu trois contrôles en une semaine », relate Benjamin Lavorel, le patron de la Maison et du Azar (à droite sur la photo ci-dessous). J’ai refusé plus de 400 personnes ce samedi. Et on me tire dessus parce que des personnes sont debout. Je me fais contrôler comme si j’avais tué quelqu’un ».

Un constat amer, alors que dans le même temps, les loyers eux, continuent d’être perçus. Et certains privilèges accordés. « La profession s’interroge sur cette injustice probante entre ce qui est autorisé pour un sportif ou une salle de spectacle et interdit pour les discothèques », écrit l’UMIH dans son dernier communiqué.

Et de poursuivre : « Il est indiqué que les évènements sportifs et les salles de spectacles sont autorisés à accueillir entre 1500 et 5000 personnes maximum, c’est plus que ce qu’accueillent des discothèques ! ». Hélas, les spectacles et les rencontres sportives ont meilleure presse. Alors ce qui vaut pour l’un ne vaut pas pour l’autre, quitte à oublier cette promesse de n’abandonner personne sur le bord de la route.

« Il y a zéro risque ! En boite, c’est que des jeunes, il y a 0,00001% de personnes impactées. On peut limiter, mettre en place un comptage ou même obliger l’application Stop Covid. Mais non, j’ai l’impression qu’on ne nous écoute pas », poursuit Benjamin Lavorel.

Alors tant pis pour ces boites de nuit que l’on verra sombrer, pour ces milliers emplois qui vont s’envoler et ces contrats d’été que les DJ et jeunes saisonniers ne signeront jamais.

Les survivants trinqueront à leur santé et les fêtards les imiteront, installés sur les berges ou sur les quais, avant de repartir éméchés en ayant décoré les lieux de leurs nombreuses bouteilles et détritus. Telle est la nouvelle règle du jeu.

Les policiers, déjà bien embêtés par leur image de flics racistes, devront gérer. Le tout sans l’aide des 23 000 agents de sécurité habituellement mobilisés pour parer tout débordement. Car rappelons-le, « les professionnels de la nuit sont garants de la sécurité pour leur client lors des soirées nocturnes, et assurent un encadrement sur les questions d’alcoolisation massive, risques domestiques ou accidents de la route ».

Une règle que semble malheureusement oublier les élus, au nom de ce sacro-saint principe de précaution. Sombrer ou survivre quitte à être hors-la-loi, tel est le dilemme offert à ces discothèques. À moins que le gouvernement ne daigne écouter les propositions de ces professionnels. Ou au moins, se repasser ces paroles de Rihanna : « Please don’t stop the music »*

*S’il vous plaît, n’arrêtez pas la musique