Par Kevin du Coup-Voilà (ex Goupil Lettré)

Quand la communication municipale lyonnaise promeut l’éducation de nos enfants, on ne peut que s’y intéresser de près. Mais en s’assurant que les porteurs de grands principes s’appliquent à eux-mêmes le respect des règles de base qui régissent les fondamentaux, parmi lesquels : savoir écrire. Et ça, ce n’est pas gagné…

Petite parenthèse avant de commencer. J’ai décidé de prendre un pseudo. Signer de mon vrai nom m’attire, à chaque parution, des appels incessants de félicitations. Sans compter l’embrasement des réseaux sociaux et les fans qui campent sous mes fenêtres. Vive l’anonymat ! Comme vous le voyez, j’ai choisi un prénom bien dans la tradition des rois de France. Et un nom composé des deux termes désormais obligatoires en novlangue pour commencer et ne jamais terminer une phrase.

Exemple appliqué à moi-même : « du coup, je prends un pseudo parce que voilà« . Et maintenant, assez de choses sérieuses, passons à la rigolade. Enfin, la rigolade… Le sujet est sérieux, je le sais bien, j’ai des enfants moi aussi. Et je me préoccupe de la qualité de l’enseignement qui leur est dispensé ; mais comme toujours avec nos « ami.e.s » de la grande maison (celle qui donne, à l’Est, place de la Comédie, la bien nommée), c’est la façon de présenter les choses qui prête à s’esclaffer (à moins que ce ne soit à pleurer ?)…

Je ne vous raconte pas…

Tout commence par un communiqué de la Ville de Lyon, ronflant comme toujours, maladroit comme souvent. On nous annonce « une nouvelle ambition éducative porteuse de sens« , avec « l’engagement collectif comme pierre angulaire« , ce qui est la définition-même, quoi qu’ampoulée, du Projet éducatif local (PEL). La procédure a quelques heures de vol et s’impose à toutes les communes. Le PEL est au secteur scolaire ce que le PLU est à l’urbanisme. Il permet à la collectivité locale de cibler, sur son territoire, son soutien financier au fonctionnement de l’école, ce qui est une bonne chose.

Pas de quoi, non plus, en faire une pendule. Mais dès lors que la commune paie, elle est fondée à peser, sinon sur les contenus pédagogiques – chasse gardée de l’Education nationale – du moins sur ceux des activités péri et extra scolaires qui tournent autour… Afin d’en dresser l’inventaire et d’arbitrer ses choix pour la période 2021 – 2024 (pour 2021, ne serions-nous pas quelque peu à la bourre ?), la Ville de Lyon lance une « large » concertation y compris – et c’est annoncé comme nouveau – auprès des enfants. Et alors là, je ne vous raconte pas !

… Mais si je vous raconte


Dialogue avec des élèves de CE1 des 1er et 6e arrondissements. « Trouvez-vous qu’on vous donne beaucoup la parole ? Réponse unanime : non ! Voulez-vous qu’on vous la donne ? Réponse de concert : ouiii !« . Après quoi, « les idées fusent » pour l’école de demain : « mettre une piscine, qu’il y ait des toilettes filles et des toilettes garçons…, tourner des films, faire des poésies nous-mêmes« . Puis, ce qui semble à peine téléphoné : « ne plus avoir de couverts ni de sacs en plastique« , « faire des semaines vertes (sans travailler)…, « mettre plus d’herbe et des arbres dans la cour« , « faire un potager que les dames de la cantine utiliseraient pour cuisiner » …, « faire des routes plus petites pour qu’il y ait moins de voitures et moins de CO2« . Et l’animatrice de conclure : « parfois les petits donnent des leçons aux grands« . Mouaip… Il leur arrive aussi de répéter ce qu’on leur dit.

Mais enfin, admettons. Dans ce cas, que les petits conseillent vite aux grands, qui se piquent d’éducation, de relire leur grammaire ! Car que lit-on sur lyon.fr en tête de ce discours sur l’éducation de nos enfants ? Un encadré ainsi titré :  » « Le Projet éducatif, c’est quoi ?« . A la rigueur pour une nouvelle lessive trois-en-un suréquipée à 3 euros 99 le baril, lançons la pub par « c’est quoi ? ». Mais on parle ici de l’acquisition, par nos enfants, de bases élémentaires de la langue française, d’un de ces fondamentaux dont on nous rebat les oreilles mais dont on oublie l’essentiel. Est-ce trop demander que d’écrire en français : « qu’est-ce que le Projet éducatif ? ». Le peuple risquerait-il de n’y entraver que dalle ?

En vieux françois

On poursuit la lecture de l’argumentaire municipal, l’angoisse chevillée aux méninges. L’attente est brève : « Pour le futur projet éducatif, la Ville de Lyon concerte les acteurs de la communauté éducative« … Le verbe concerter n’existe qu’à la forme pronominale : se concerter. « Concerter » ne peut donc avoir de complément d’objet direct. « Concerter » est intransitif, comme l’on disait en vieux françois. Donc on ne concerte pas les acteurs, on se concerte avec eux. En revanche, on les consulte. Bref, nos promoteurs de l’éducation confondent concerter et consulter. Mais nous n’en sommes plus à ça près…

Et comme – étant donné la gravité du sujet – je n’ai plus vraiment le cœur à rire jaune, je décide de partir à la chasse aux canards d’arrondissements. Mais tous les œufs n’ont pas éclos. Et certains n’existent qu’en version papier (ce qui n’est pas très écolo). Et puis je n’habite pas tous les arrondissements à la fois. Bref, je farfouille, y compris dans les newsletters et autres articles en ligne histoire de vérifier si les auteurs ne devraient pas s’inspirer du Projet éducatif qu’ils prônent, autrement dit : retourner à l’école. Eh bien objectivement (vous me connaissez), je pense que si.

Un trimestriel tous les mois

                                                                                           

Dans le 1er arrondissement, pas de problème de grammaire cette fois (j’ai survolé…) plutôt un problème d’arithmétique calendaire : la newsletter doit être biennale car la dernière est parue en décembre 2020.

Dans le 3e, l’édito du maire nous dit tout sur ce qui va se passer en mai (même punition) ; en revanche, le trimestriel Vision 3 informe « de l’avancement mois par mois des projets » (trop fort, un trimestriel mensuel !). Mais le meilleur est à venir : « Votre journal est la référence pour être bien informé sur son arrondissement » ; c’est comme ça qu’on cause français à la mairie du 3e, en s’asseyant sur la syntaxe.

Seniors : à vos vélocipèdes !

Et sur la colline qui trime, qu’est-ce qui se trame ?, comme dirait, par sa géniale allitération, Emmanuelle Hébert, cette journaliste sachant écrire. Absorbé par sa réinvention de la Croix-Rousse, le maire, Rémi Zinck, n’a pas trop la tête à se relire : dans son dernier édito, il me remercie encore d’avoir voté pour lui aux municipales. Je lui redis : « je vous en prie, c’est tout naturel« .


Et sur un placard annonçant l’événement Vel’Optimist, semble-t-il destiné aux vieilles personnes, il laisse passer : « seniors, à vos vélo !« . Il est vrai qu’à l’origine, une abréviation ne prend pas la marque du pluriel. Mais le vélocipède a été inventé il y a plus de deux cents ans ; vélo n’est donc plus une abréviation mais un nom commun variable en nombre, comme cinéma. Cela dit, si M Zinck est un puriste (dans le contexte grammatico-municipal, il ne faut surtout pas les décourager), qu’il fasse écrire : « seniors, à vos vélocipèdes ! », les deux termes faisant plutôt bon ménage, n’est-ce pas…

                                                                                   

On aborde les rives du 7e arrondissement. Et puis non, pas tout de suite : ce sera notre Pastèque d’honneur ! Pour patienter, cet appel de la mairie du 9e à faire la fête en nous faisant miroiter les félicités d’un programme chatoyant : « Place à la fête, le 14 juillet ! » ; au programme (entre autres…, d’accord, je tronque mais quand même, je n’invente rien) : « ateliers alimentation et zéro déchet, initiation au compostage collectif, spectacle jeunesse Le roi Navet…« . Mais ne médisons pas : il paraît que ce Navet fait un tabac.

Allez, toujours en progrès. Mais on va continuer d’être « attentif.ve.s ».

La Pastèque d’honneur LyonPeople

Éminemment symbolique des écolos alliés à l’extrême-gauche – vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur -, la pastèque matérialise avec éclat l’hommage de Lyon People à « l’intervenant.e le.la plus innovant.e » dans le champ fécond de la nov-vertlangue municipale.

Aujourd’hui, la Pastèque d’honneur est attribuée « au.à.la » webmestre de la mairie du 7e pour la création du concept stupéfiant et chaleureux de « canicule pour toutes et tous« . S’adressant à celles et ceux qui ont prévu d’avoir trop chaud du 10 au 27 août (pas avant ni après), l’annonce dit, je cite : « la salle Villon accueille les habitant.es du 7e offrant un endroit calme et frais pendant la canicule pour toutes et tous« . On aurait placé « pour toutes et tous » juste après « un endroit calme et frais » et la mairie du 7e passait à côté de la Pastèque d’honneur. A quoi ça tient…