Par Eva Bourgin

A l’heure où certains aperçoivent le bout du tunnel, d’autres, subissent une nouvelle vague verte. A l’initiative de la Métropole de Lyon, le projet de règlement local de publicité intercommunal (RLPi) a déclenché une vague d’indignations des professionnels de la communication extérieure. Un nouvel épisode de la série #Lyon écolo.

À mesure que les semaines passent, le refrain semble revenir en boucle, à la façon des meilleures chansons françaises. Hélas, la Métropole de Lyon n’a rien d’un artiste à la mode, à mesure que les couplets sur des concertations tronquées fleurissent sur la toile. Il y eut bien-sûr, les morceaux peu appréciés des pistes cyclables joués dans le 5e ou le 6e arrondissement, ou le projet de téléphérique mise en œuvre, sans réelle concertation dans l’Ouest Lyonnais.

Lancée, la Métropole de Lyon se propose cette-fois de chanter à la disparition des communications extérieures, un point largement soulevé dans son dernier règlement local de publicité intercommunal (RLPi). Au menu, baisse de la communication et de la publicité, interdiction d’affichages, ou encore nouvelles dimensions publicitaires. Des conséquences amères qui pourraient bien s’illustrer par une baisse d’une surface publicitaire de 30 à 80 % sur le territoire.

« On est en train de sortir d’une crise sanitaire. Beaucoup ont besoin de la publicité et d’enseignes pour vivre », affirme, en ce sens, Julien Aguettant, directeur de développement chez Light air, entreprise spécialisée dans l’affichage grand format et membre du collectif des professionnels.

Au même titre que ses collègues, l’entrepreneur lyonnais pointe un règlement liberticide, érigé au titre d’une concertation biaisée, où les grandes lignes sont d’ores et déjà établies. « On a reçu un document d’une vingtaine de pages, et nous nous sommes tous demandés où étaient nos apports. L’écologie c’est important, mais il faut aussi trouver un équilibre », évoque-t-il, alors qu’un tel secteur d’activités représente près de 200 entreprises et quelque 2500 emplois sur le territoire de la Métropole.

Qu’importe, Bruno Bernard et ses équipes semblent convaincus de la nécessité d’épurer le paysage lyonnais et d’éteindre de fait, toute communication extérieure ou presque.

« Les commerçants veulent aussi se faire connaître. Ils sortent de la crise, ils désirent avoir leur publicité et leurs affiches. Bruno Bernard veut sortir les entreprises de Lyon. Mais nous, nous demandons à être de nouveau écoutés. Il y a des sujets d’emplois et de pérennité d’entreprises. Si vous enlevez des moyens et des sources de communication, comment on fait ? », s’insurge Julien Aguettant, dont l’activité permet souvent de réduire la facture de travaux, au moyen d’affiches publicitaires géantes apposées sur les immeubles.

Renault en façade du 36 place Bellecour. Les écologistes veulent supprimer les bâches publicitaires qui permettent de financer la restauration d’immeubles historiques….

Si pour l’heure, l’activité maintient un niveau acceptable, Light Air, comme ses confrères et les organisations professionnelles (APA, Club Digital Media, e-visions, FESPA France, Syndicat National de la Publicité Extérieure, Union de la Publicité Extérieure), craignent à terme, une forte chute de leurs revenus. Ou pire, la faillite.

Fin des décorations extérieures et des vitrines illuminées ?

Une conclusion qui visiblement, n’a que trop peu d’importance au regard de la politique des écologistes, et ce, même si un tel projet déclencherait une baisse irrémédiable des taxes locales. Une diminution, qui reste encore un mystère aujourd’hui, bien que chaque année, 30 à 40 millions d’euros soient reversées à la Métropole grâce à ces mêmes publicités. « Quand on leur a demandé comment ils allaient compenser, on n’a jamais eu de réponse », pointe le chef d’entreprise. Rien… Comme pour l’étude d’impact sur le territoire, demandé par le collectif.

Dos au mur, le collectif aspire désormais à trouver un juste équilibre entre écologie et communication extérieure. Ce mardi 9 juin, les professionnels et les anti-pubs étaient réunis rue du Lac. Un face à face déterminant, où le collectif des pros lorgnait enfin, sur une réelle concertation. Mais si l’on s’en tient au communiqué de presse publié par la Métropole à l’issue de la réunion, on en reste au postulat de départ :

« Suite à l’approbation finale du RLP*, l’ensemble des acteurs auront 2 ans pour se mettre en conformité pour la publicité et 6 ans pour les enseignes des commerces permettant ainsi une transition lissée dans le temps. Lors de cette période, la Métropole de Lyon continuera son action d’accompagnement des communes et leur proposera des outils techniques et un accompagnement pour faire appliquer le RLP sur leur territoire. »

Le supplice de la mort lente… pour les entreprises du secteur et leurs salariés.

 

*Le vote final devrait intervenir dans un an