Par Bernard Gouttenoire

Après le magnifique succès remporté par l’exposition Buffet-Couty (2018), le Musée Couty récidive, offrant un rendez-vous primordial avec le Lyon du temps de Couty, photographié par Robert Doisneau.

On connait tous « les amoureux de l’hôtel de ville » ce cliché emblématique, qui a fait le tour du monde pour clamer l’insouciance de l’après-guerre. Même si aujourd’hui les individus se « self-portraitisent », affirmant un certain aplomb, avec Robert Doisneau (1912-1994) on était à l’époque de la pleine lumière argentique portée par le rendu velouté, le noir et blanc alchimique de toutes les voluptés, et surtout mis en scène par l’œil curieux du photographe.

Les pains de Picasso, Vallauris 1952 ® Atelier Robert Doisneau

Cet art de l’image consistait à la composer -comme un tableau- pour l’immortaliser. Tout un art ! Doisneau était souvent dans l’urgence, l’un des premiers à piocher dans la rue, le sel des émotions et des situations les plus inattendues. La moisson d’une vie par un regard unique révélé. Robert Doisneau n’a pas seulement regardé vibrer la rue qui fourmille de la vie des gens ordinaires, il a aussi engrangé les portraits des personnalités de son temps.

Pablo Picasso a posé pour lui à Vallauris en 1952. Le photographe a joué des pains pour en faire les mains démesurées du peintre immense. Il a aussi photographié avec le même bonheur, beaucoup d’autres grands artistes Alberto Giacometti (en 1957, rue Hippolyte Maidron, insistant sur le Paris, en son atelier presque insalubre), Georges Braque, Fernand Léger, Foujita, Jean Fautrier, Poliakoff, Vasarely, David Hockney, et le couple duo-duel incroyable Nicky de Saint-Palle et Jean Tinguely.

Jean Couty « Lyon la nuit, le supermarché », 1990, huile sur toile, 38 x 46 cm © Musée Jean Couty

C’est ce que montrent Charles et Myriam Couty dans cette nouvelle exposition conçue par Clotilde Scordia, que nous avions rencontré lors de l’exposition dédiée au duo Buffet-Couty.

Mais pas seulement, les spectateurs apprécieront des vues inédites de Lyon, quand Doisneau – lié à René Deroudille – arpentait la ville entre la colline qui travaille et celle qui prie, composant et constituant un terreau des plus fertiles. C’est le temps où leurs familles respectives se sont rapprochées. Jean-Albert Deroudille le fils du grand critique d’art, a en effet épousé Francine Doisneau, fille du grand photographe, cela ne s’invente pas.

Robert Doisneau, Place Bellecour, Lyon 1950 © Atelier Robert Doisneau

Déjà en 1950, une photo mémorable de Doisneau montre dans l’atelier du Minotaure, les débuts du groupe Témoignage, initié par René-Maria Burlet. René Deroudillle, au centre de l’image rayonne, le jeune Jean-Jacques Lerrant est au second plan, debout à gauche de René-Maria Burlet. On reconnaît Camille Niogret ? Et à coup sûr, Andrée Lecoultre et son futur mari Paul Régny. Doisneau était là, pour cueillir cet instant fondateur, au 22, rue Saint-Georges (Lyon 5e), à l’époque où le groupe a été happé par l’aventure d’Albert Gleizes à Moly Sabata.

Il débarque en reportage à Lyon en 1950 pour le compte du magazine Vogue

A l’exemple de cette autre et magnifique photographie soignée dans son organisation, montrant avec ses amis Jean Couty au café Le lion d’Or (debout à droite). Marcel Michaud (galerie Folklore) est flanqué devant en plein milieu, à gauche il y a Georges Salendre le sculpteur, puis Joseph Johson, puis derrière (lunettes) le célèbre critique d’art (ami de Pierre Bonnard) Marius Mermillon, à ses côtés Emile Didier (l’inventeur du groupe Ziniar), donc Jean Couty, puis Marcel Saint-Jean (le neveu de Didier, le seul à la cigarette) et debout le peintre Jacques Laplace. Le décor est grandiose, Doisneau a choisi -il n’y a pas de hasard- ce grand lustre pour installer sa grappe d’illustrissimes lyonnais.

Jean Couty « La place Bellecour sous la neige », 1960 HST, 73 x 60 cm © Musée Jean Couty

Ailleurs il plante son appareil place Bellecour ombragée, mais ce sont les quais de le Saône et du fleuve-roi, que Robert Doisneau immortalise toujours dans les années 50, succédant ainsi au duo de photographes lyonnais célèbres Theo Blanc et Antoine Demilly (1925) et précédant une autre génération de portraitistes importants comme René Basset, puis Chourgnoz, Vincent d’Argent, et d’autres, ainsi de suite… Lyon, ses quais poétiques et nostalgiques ont toujours inspiré peintres et photographes, à qualité égale. C’est un choix de peintures et dessins encore jamais montrés de Jean Couty qui clôturent ce périple inédit dans notre ville, créant à l’unisson une lumière unique -celle de Doisneau et Couty- à jamais complices, mais toujours complémentaires.

Place des Terreaux Lyon 1950 ® Atelier Robert Doisneau

Robert Doisneau « portraits d’artistes et vues de Lyon »
Jusqu’au 12 décembre 2021
Musée Jean Couty
1, place Henri Barbusse – Saint Rambert l’Ile Barbe – Lyon 9
Du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Tél 04 72 42 20 00
Visites guidées au 06 63 74 67 62
> Plus d’infos :
www.museejeancouty.fr