Par Bernard Gouttenoire

La couleur qui prédomine en beaujolais est nacrée de splendeurs… Les peintres lyonnais -et pas n’importe lesquels- se sont emparés de la citadelle de Rochebonne, la bien nommée… grincheux et moroses s’abstenir !

Barrier, Caniato, Fayel, Gouttard, Marion, Micolini, Montheillet, Numa Droz, Peizerat, Pichon-Martin, Poncet, Rouyard… et quelques autres, (dont le collectif l’empreinte) constituent l’affiche de cette 13eme édition orchestrée de mains de maitre, par Jean Louis Mandon. Faisons un tour du château, des coursives jusqu’au donjon, passant par les oubliettes.

Le premier Alain Barrier –que nous avions connu « élève de Jean Fusaro » (vers 1978) – est toujours fidèle à la jouissance du paysage épuré, qu’il amène dans un geste parfois Soutinien, magistral. Victor Caniato propose un univers poétique issu de son jardin de sculpture (de Chaponost). C’est un splendide geste, qui ne retient que l’essentiel, la nuit étoilée, la petite maison de l’artiste posée sur les gravats de la vie, un cheval cloisonné dans l’enclot de la cage de ses ébats… Caniato est un rêveur né, des mythologies jusqu’aux trous noirs perdus de la voie lactée., il ne cesse de nous enchanter.

Hervé Fayel est le peintre que Truphémus préférait, on comprend pourquoi dans ses nus très filiformes Giacomettien... Eric Gouttard doit beaucoup au grand Georges Bouche et à son maitre Louis Carrand, tant il nous régale d’une palette boueuse, qui vomit la lumière. Bien sûr Pierre Montheillet est magistral tant il s’inspirait des trouées du post-impressionniste Auguste Ravier. Le dénommé (surnommé Numa Droz) nous invite dans un monde surminiaturisé… jusqu’aux détails de nervures des feuilles d’arbres immenses. Une vision apaisée (aseptisée) de son monde naturaiste.

Jacques Peizerat fidèle à sa ligne abstraite pure, nourri à l’ombre de Jean Bazaine, pointe du regard le monde, avec ses temps d’exclamations, de ponctuations, qui imposent la qualité de sa peinture unique, sans concession aucune à la joliesse… Jean-Paul Pichon-Martin décédé trop jeune, sans avoir résolu le problème « qui de la poule ou de l’œuf » a sans doute la réponse désormais à son questionnement… il a fourni une œuvre très atypique… Bernard Rouyard se contente de poser sur la toile une gousse d’ail… dont l’intensité se suffit à elle-même.

Enfin -en entrant- une remarquable peinture de Jacques Poncet lui aussi disparu, prouve combien le protégé de Pierre Loeb avait du talent. Souhaitons que la prochaine édition rende hommage à Régis Bernard, (1932-2021) le grand oublié des cimaises récentes à Lyon. Souhaitons que Jean Louis Mandon s’entoure d’autres jeunes peintres comme Claire Folliet très beau paysagiste, et de R-Marie Feirrera dont la qualité florale parfumerait en abondance, les vieilles pierres beaujolaises de la prochaine édition.

Jusqu’au 22 aout 2021
Château de Rochebonne (Théizé-en-Beaujolais)
ouvert du jeudi au dimanche de 14h30 à 18h30