Par Marco Polisson

(Mis à jour après son élection) Exclusif. Pendant toute la campagne électorale, pour rassurer les électeurs et amadouer les acteurs économiques, le président écologiste de la Métropole de Lyon a mis en avant son expérience de chef d’entreprise, qui est réelle. Mais un voile opaque entoure ses activités professionnelles et son trésor de guerre.

« Je suis chef d’entreprise, ce n’est pas le cas de beaucoup de mes concurrents », s’amuse-t-il auprès de notre confrère de France 3 Paul Satis. Si l’on s’en tient à la version complaisamment relayée par les médias, Bruno Bernard est un entrepreneur spécialisé dans le désamiantage. Point final. On va donc vous en dire un peu plus.

Basée en région parisienne, sa société se nomme IDF Environnement. Créée en 2007, IDF emploie 25 personnes et Bruno Bernard ne s’occupe plus de sa gestion quotidienne. Ce que nos confrères ne savent pas, c’est qu’il n’a pas eu la révélation du désamiantage en se réveillant un jour en sursaut dans son appartement de Villeurbanne ou d’Oullins où il a grandi.

C’est son père, le sénateur socialiste Roland Bernard qui a flairé le bon filon. Au milieu des années 90, après avoir quitté – à l’insu de son plein gré – la politique et son poste de parlementaire, il crée la société Cerfi avec un associé Alain Carré, issu du milieu du bâtiment. Ils installent leur siège social derrière le Musée Guimet dans le 6ème arrondissement de Lyon.

Les réseaux d’affaires de la Mitterrandie

Roland Bernard qui fut consul de Macédoine et maire d’Oullins de 1977 à 1990 a toujours été un ami très proche de François et Danielle Mitterrand. Lors de son décès en 2009, l’épouse du président se déplace à Oullins pour se recueillir sur le cercueil de cet homme cultivé et charmant. Nous reviendrons plus longuement dans un prochain article sur sa triste fin qui a profondément marqué son fils Bruno et qui explique – en partie – l’esprit de revanche qui l’anime aujourd’hui face à Gérard Collomb.

Gilbert Chabroux, Bruno Polga et Christiane Demontès présentent leurs condoléances à Nicole Bernard lors de l’enterrement de Roland Bernard. Bruno est à côté de sa maman – Archives Lyon People

Grand manitou du Parti socialiste entre Rhône et Saône, Roland Bernard disposait d’un réseau tentaculaire qui va lui permettre de décrocher des contrats pharamineux d’audit et de désamiantage (dont celui de l’immeuble du CIRC à Lyon et de la tour Suisse Assurances, à la Défense, le quartier d’affaires de Paris). « La mode des diagnostics a fait sa fortune » assure un proche.

« Je suis rentier ! » déclare-t-il en interview

Elu conseiller métropolitain vert en 2008, son fils Bruno a pris sa succession dans ses affaires de désamiantage qu’il développe en région parisienne. Parallèlement, il prend du grade au sein d’EELV. Pour vivre pleinement sa carrière politique, peu à peu, il abandonne la gestion quotidienne de sa société parisienne à un directeur général. « À 50 ans à peine, Bruno Bernard a la particularité d’être déjà en retraite de sa vie professionnelle ».

« Il a en effet passé la main au sein de l’entreprise de désamiantage qu’il avait créé en 2007 et qui emploie aujourd’hui 25 personnes » rapporte le journal en ligne L’Arrière-Cour. « Je suis rentier » assume-t-il devant le journaliste Raphaël Ruffier-Fossoul à qui il assure se contenter d’un mode de vie économe et ne pas dépendre de la politique. Ce qui est un très bon point.

Ce qui l’est moins, c’est l’opacité qui entoure ses entreprises

La société de désamiantage qui lui verse de confortables revenus est donc IDF Environnement, sise 10, avenue du colonel Rol Tanguy à Stains dans le 93. Créée le 14 mars 2013, elle est présidée par Bernard Conseil Audit Formation et son directeur général se nomme Mickaël Caporale, né en 1987 qui a pris la suite de Cyrille Bocket, aujourd’hui consultant basé à Montfermeil (93).

Bruno Bernard apparait donc dans les registres commerciaux en tant que gérant de Bernard Conseil Audit Formation ou BCAF , une SARL unipersonnelle au capital de 1 000 000€, créée en janvier 2007 et inscrite au RCS de Lyon sous le numéro B 494 499 155. BCAF assure la présidence d’IDF Environnement et son siège social est situé 87, cours Tolstoï à Villeurbanne (69).

Un trésor de guerre de plusieurs millions d’euros

Le modeste siège de BCAF à Villeurbanne

Domiciliée dans une petite maison de ville, la SARL villeurbannaise de Bruno Bernard a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 776 732 euros avec 9 employés. Depuis, plus rien ! Seuls apparaissent en 2016 et 2017 ses fonds propres : 2 554 072 euros en 2016 et 2 664 286 euros en 2017. Les chiffres d’affaires de ces deux exercices sont classés « Confidentiel » indique le système de cotation Creditsafe qui analyse la solvabilité des entreprises.

Nous avons demandé à une expert-comptable d’analyser les documents disponibles sur infogreffe et societe.com. Le fait que Bruno Bernard ne publie pas ses comptes a immédiatement intrigué notre spécialiste. Que ce soit IDF Environnement ou BCAF. « On voit bien que le dépôt de ses comptes a été effectué chaque année selon la loi. Après, chaque dirigeant peut décider de demander, lors de son dépôt, une confidentialité. C’est ce qui a vraisemblablement été décidé depuis 2018. » Date qui correspond à son investiture électorale par EELV.

Un comportement suspect pour le membre d’un parti très à cheval sur la transparence…

Les comptes de la société de Bruno Bernard sont classés confidentiel défense…

Quid de la partie émergée de l’iceberg ? « En tant que professionnelle, je vois qu’il s’agit d’une société qui se porte structurellement bien avec des résultats importants accumulés sur les 10 dernières années. Cette situation a très logiquement conduit les dirigeants à augmenter le capital en 2017 par incorporation de réserves, ce qui est un conseil que tout expert-comptable aurait délivré à une SARL solide en fonds propres ». Singularité supplémentaire, IDF Environnement ne dispose pas de site web… et quand on interroge son patron sur l’identité de ses clients (entreprises ? collectivités ?), pas de réponse. Bref, tout cela n’est guère transparent…

Bruno Bernard qui possède plusieurs SCI va être obligé de remplir une déclaration de patrimoine et une déclaration d’intérêts auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique s’il est élu président de la Métropole, le 2 juillet 2020. Pourra-t-il conserver son entreprise maintenant qu’il est élu président de la Métropole de Lyon alors même qu’IDF répond forcément à des appels d’offre émanant d’organismes publics ?

Selon ses proches, sa vie personnelle est à l’image de son allure austère. Malgré sa fortune, on ne lui connait pas de passions. Généreux et non dispendieux, il a investi en bon chef de famille dans l’immobilier et joue volontiers les bons samaritains pour ses proches, notamment son petit frère œnologue Denis, un expert en vins très apprécié de Christophe Marguin. Comme quoi…

Il dispose donc d’un confortable trésor de guerre dans lequel il peut allègrement puiser pour financer sa campagne. Pas sûr que ses nouveaux alliés communistes et insoumis toujours prêts à stigmatiser « les riches » apprécient très longtemps de partager le pouvoir avec un millionnaire*…

A moins qu’il ne décide de distribuer son magot aux nécessiteux que compte notre métropole ! Courage, Bruno !

* Selon le rapport annuel de l’OXFAM, il faut posséder 1 million de dollars pour intégrer le club très fermé des 1% les plus riches du monde…. et être détesté de Jean-Luc Mélenchon


EN ANNEXE

Questions posées vendredi 26 juin 2020 à 10h à Bruno Bernard et pour lesquelles nous n’avons pas obtenu de réponse

Quels sont les clients de sa société de désamiantage à Paris ?
Les bilans de Bernard Conseil Audit Formation sont-ils déposés au greffe ?
Pourquoi ne publie-t-il ses résultats ?
A titre personnel, Bruno Bernard est-il assujetti à l’IFI ?