Texte : Marco Polisson. Qui seront les nouvelles victimes du guide rouge… sang ? Chaque année, à sa sortie, la question est récurrente dans le milieu de la haute gastronomie.

Il y a encore quelques temps, la parution du Michelin était attendue avec une certaine euphorie. « C’est maintenant un non-évènement ! » entend-on chez les chefs lyonnais. Comment et pourquoi cette institution éditoriale est-elle passée de la case « joie » à la case « crainte », voire « détestation » ou « indifférence » ? Un pilier du tourisme régional esquisse un début de réponse : « Les bobos qui dirigent le guide se sont aperçus qu’ils créaient plus de buzz en retirant des étoiles qu’en en donnant ! »

La dégradation – au sens littéral du terme – de la maison Bocuse en 2020 est la parfaite illustration de cette théorie désormais partagée par de nombreux cuisiniers qui suivent néanmoins avec attention le sort réservé au restaurant mythique, récemment récompensé par le Gault & Millau et à son frère ennemi de Vonnas. Lyon n’a certes plus de 3 étoiles, mais celles de Georges Blanc rayonnent encore bien au-delà. C’est l’institution gourmande par excellence, une maison de tradition, un lieu intemporel… tout ce que Gwendal Poullennec et ses inspecteurs détestent… Allait-elle passer à la casserole ?

Le fait que Georges Blanc et Sarah fassent le voyage de Cognac – après être passé embrasser Philippe Etchebest à Bordeaux (photo ci-dessus) – était plutôt bon signe. Pas de cauchemar en cuisine à l’arrivée ! C’est donc sur un statu quo que se conclut le bras de fer du guide rouge-vert avec la capitale de la gastronomie : Vonnas préserve ses 3 macarons et Lyon conserve ses restaurants 2 étoiles (La Mère Brazier ; le 9ème Art, Takao Takano). Mais l’inimitié envers le guide ne faiblit pas.

Le lancement du guide 2022 s’est déroulé mardi après-midi, dans un théâtre de Cognac dont la scène de barriques en carton-pâte a amusé de nombreux internautes. Retransmise sur les réseaux sociaux, sur une musique de gare SNCF – la cérémonie était « animée » par Gwendal Poullennec, le bobo directeur du Michelin, accompagné d’un épouvantail en talons mauves. Les commentaires en live ont salué une prestation soporifique, sans saveur et sans sel, rythmée (sic) par des temps morts interminables, et longue comme un jour sans pain.

Statu quo à Lyon

Et Paul Bocuse dans tout ça ? A l’heure du verdict, il n’a pas retrouvé sa troisième étoile, seuls Arnaud Donckele (Paris) et Dimitri Droisneau (Cassis) ont été distingués de trois macarons mais peu importe : l’auberge de Collonges affiche régulièrement complet… Comme quoi… A Megève, la Drômoise Anne-Sophie Pic accroche une étoile (elle en visait deux, selon Le Figaro) au fronton du Four Seasons où se trouve sa succursale baptisée 1920 La Dame de Pic.

Pour résumer, aucune nouvelle étoile ne viendra briller dans le ciel lyonnais, contrairement aux prédictions de certains de nos confrères… mais nous serons magnanimes en ne les citant pas. Si deux restaurants perdent leur étoile, c’est pour des raisons internes : Jean-Christophe Anasanay-Alex qui vient de perdre sa maman – n’a pas réouvert l’Auberge de l’Ile après la crise sanitaire et Christian Lherm, chef du restaurant Les 3 Dômes, est en arrêt maladie. Le Sofitel Bellecour, privé de capitaine, traverse une période tourmentée, et ça affecte aussi ses équipes en cuisine.

Mais on vous rassure, tout le monde n’est pas malheureux ce soir. Certes aucun chef lyonnais n’a décroché une étoile, mais certains d’entre eux vont se partager  un jackpot de 100 000 euros ! Que demander de plus ? 😊