Texte : Patrick Lohr. « Elle a préféré rejoindre son mari au ciel, pour fêter son anniversaire » ont joliment déclaré ses amis de l’île Barbe où Renée Ansanay-Alex, avec son mari, avait acheté « l’auberge de l’ile ». Une institution que son fils Jean-Christophe conduisit ensuite au firmament des étoiles.

Renée Ansanay-Alex vient de disparaître, la veille de ses 92 ans. Retour sur le parcours étonnant de cette Lyonnaise par raccroc. Renée aimait soupeser avec ses amis, les fragments de sa vie. « A chaque moment de mon existence, j’ai eu l’âge de mon état civil », rappelait-elle non sans humour. Une vie en forme de roman fleuve pour cette Vendéenne. Son père l’avait retirée de l’école à 11 ans pour qu’elle l’aide aux travaux des champs. A sa retraite, il la « place » comme bonne à tout faire, dans une ferme voisine, un parcours qui n’est pas sans similitudes avec celui des Mères lyonnaises.

Renée Ansanay-Alex et son fils Jean-Christophe

Renée voit son avenir dans l’hôtellerie. Elle débutera au bas des escaliers en faisant courageusement des ménages dans plusieurs hôtels de la région. On lui confie des responsabilités jusqu’à la faire courir à Paris où elle travaille au Colisée, un hôtel-restaurant proche des Champs-Élysées. Elle y rencontre son futur époux Jean-Louis, fils d’un hôtelier de Notre Dame de Bellecombe. Au décès de son père, il ne reprend pas l’hôtel familial et, avec Renée, il s’établit au Jaillet, dans un restaurant d’altitude de Megève.

« Il est des lieux où l’on se sent bien, d’emblée, sans savoir pourquoi », affirmait Renée qui y vivra une formidable première saison mais très vite en connaîtra une seconde calamiteuse, sans neige, mais avec dettes. Renée et Jean-Louis changent alors de région et s’installent au Yacht Club de Saint-Germain-au-Mont d’Or qui leur est proposé en gérance. Ils vont sympathiser avec Louis Orsi (le père de Pierre), qui leur présente Claude Bouvier, propriétaire de l’Auberge de l’ile. Affaire conclue et début d’une belle séquence gourmande dans un restaurant fréquenté par les notables dont l’humoriste Félix Benoit.

Celui-ci imaginera un canular resté célèbre, un débarquement sur l’île Barbe avec ses amis pour en faire une République libertaire dont il devint le Gouverneur. Renée conservait jalousement les archives de ce fait d’armes ! Toujours conviviale et généreuse, elle invitait chaque année à déjeuner tous les habitants de son île. Qui aujourd’hui partagent l’émotion de sa famille. Renée qui était une sacrée personne repose désormais en Savoie au côté de son époux.