Par Marco Polisson

Exclusif. Vingt ans après son acquisition par le chef 3* de Vonnas, le restaurant du Splendid (Brotteaux) va connaître une nouvelle vie… Sa brasserie de la Presqu’île aussi.

Il était arrivé à Lyon par effraction, avec la volonté manifeste d’en découdre avec Paul Bocuse avec lequel il partageait une ambition gastronomique gargantuesque, trois étoiles au Guide Michelin (de la grande époque) et le même amour des femmes… Un concours « de quéquettes » qui va s’exacerber au début des années 2000.

Suprématie régionale en jeu

A l’époque, Paul Bocuse multiplie les petites formules assassines et médiatiques contre Georges Blanc « BlanXerox »… et Lyon People – encore plus taquin qu’aujourd’hui – s’applique à mettre de l’huile sur le feu. Les deux chefs ne sont pas seulement des virtuoses de la cuisine, ce sont également des hommes d’affaires et des communicants avisés… Ils ne cessent de se faire des canulars… et le faire savoir

Course à l’armement. Tandis que le Lyonnais multiplie les ouvertures aux Etats-Unis, au Japon et à Lyon, le Bressan construit pas à pas, façon puzzle, son village Blanc dans son fief… « J’ai ouvert ma première brasserie à Vonnas bien avant que Paul Bocuse n’y songe ! » se remémore le chef triplement étoilé lors de l’entretien qu’il nous a accordé aujourd’hui.

Entretien au cours duquel il nous a confirmé avoir mis en vente ses deux brasseries lyonnaises. Au cours de la conversation, on a bien senti que la cession du Splendid était source d’émotion (toujours contenue, bien entendu). C’est en effet devant cette brasserie qu’enfant, le car de Vonnas s’arrêtait quand il venait faire des courses à Lyon avec sa maman…

A la barbe de Paul Bocuse…

Georges Blanc lors du repas de presse donné à l’ouverture du Splendid

Au printemps 2000, le rachat du Splendid à Madame Dejean avait fait les choux gras de la presse lyonnaise. Tout le monde convoitait cette affaire, et Paul Bocuse la surveillait de près. Il pressentait bien que son concurrent allait tenter un coup de Trafalgar pour venir le narguer sous les fenêtres de la brasserie de l’Est. Et toc ! Ce fut après la Brasserie des Brotteaux, la seconde affaire qui lui échappait… Grosse colère à Collonges…

Automne 2020. Cela fait un an et demi que Monsieur Paul est parti. La plaisanterie n’a-telle plus lieu d’être ? « J’ai moins envie de m’en occuper, c’est vrai. L’offre de restauration est pléthorique à Lyon, et les difficultés de stationnement aussi » assure Georges Blanc qui ne lie pas la vente de ses affaires à l’arrivée des écologistes. Il dit avoir saisi une opportunité : « Nous avons reçu une offre d’achat, et on s’est dit pourquoi pas ? »

La page lyonnaise se referme à la fin de l’année

« Nous avons senti que c’était le bon moment de réduire la voilure et de nous désengager de Lyon ». D’une pierre deux coups : le chef triplement étoilé a également accepté une offre pour Le Centre, rue Grolée. Il avait racheté cette affaire en 2012 sur les conseils de son bras droit Antoine Maillon (aujourd’hui à la tête du Café du Marché à Lyon et du Refuge à Megève) après l’exil et le départ à la cloche de bois du chef breton Nicolas Le Bec pour la Chine.

Le Centre en plein travaux en septembre 2012

Bien entendu, il n’avait pas choisi son nom de baptême par hasard. Le Centre en forme de nouveau clin d’œil et de pied de nez aux 4 points cardinaux de Paul Bocuse… Mais là aussi, lez vent a tourné et c’est sans émotion particulière que le chef s’apprête à se défaire de ce restaurant dans lequel il a investi 1 million d’euros (achat + travaux) et dont la fréquentation n’a jamais été à la hauteur de ses espérances…

« Je n’ai plus rien à prouver à Lyon ! »

Se recentrer sur ses affaires de l’Ain et de la Bourgogne, tel est l’objectif affiché de Georges Blanc, ravi de l’affluence constatée dans son village malgré la situation sanitaire. « Cela me passionne plus d’être dans mon restaurant gastronomique qui ne désemplit pas ! Je remercie tous Les Lyonnais qui nous ont fait confiance durant ces 20 ans »

Il est encore trop tôt pour vous dévoiler les noms des acquéreurs des deux affaires, « les signatures étant en cours » selon la formule consacrée. On peut juste vous dire que le futur propriétaire du Splendid ne compte pas débaptiser la célèbre brasserie. Et c’est une bonne nouvelle pour les amoureux de Lyon.