Affaire Roman Abreu. Après les violences sexuelles, le temps des violences politiques ?

12 juin, 2026 | Actualités Politiques | 0 commentaires

Texte : Morgan Couturier – Appelés à se mettre en retrait de leurs fonctions à la Métropole de Lyon, Jean-Michel Aulas et ses deux soutiens refusent cette décision. Une guerre interne au sein de la majorité qui pourrait faire le bonheur de l’opposition.

Le mot revient avec insistance : « une bombe » a éclaté dans la capitale des Gaules après les révélations de l’affaire Roman Abreu, ce communicant parisien directeur de campagne de Jean-Michel Aulas, accusé de viol sur une jeune militante Cœur Lyonnais, dans la nuit du 9 janvier 2026, en pleine campagne des municipales.

Les jours passant, les déflagrations sont exponentielles

La situation tend à se détériorer. Un climat de tension semble même envelopper la sphère politique lyonnaise. Preuve en est, cette réunion de crise organisée en urgence ce jeudi 11 juin par la majorité métropolitaine dans les locaux du Grand Lyon, au cours de laquelle Jean-Michel Aulas et ses soutiens mis en cause, Laure Cédat et Emmanuel Imberton, ont dit refuser leur mise en retrait comme suggéré par Véronique Sarselli.

S’en serait suivie une réunion « très tendue », à en croire plusieurs témoins, malgré le préambule de François Noël Buffet : « Ce n’est pas un tribunal, mais une réunion entre nous ». Dans les colonnes du Progrès, les trois élus évoquent une « cabale » politique. De la part de l’opposition ? Pas vraiment ! Seule la députée LFI, Anaïs Belouassa-Cherifi et son parti d’extrême gauche ont réclamé la démission de Jean-Michel Aulas.

LFI appelle à la démission de Jean-Michel Aulas

 « Au lieu de protéger les femmes, il a fait le choix de protéger un agresseur », accuse la candidate mélenchoniste aux dernières élections municipales. Du côté des écologistes, on se contente de republier les déclarations de Grégory Doucet, le maire de Lyon préférant apporter son soutien à la victime présumée plutôt que de « donner des leçons ».

« Je sais à quel point il peut être coûteux de dénoncer les violences sexuelles en politique, et ce qu’il faut de courage pour porter plainte », a réagi de son côté la députée écologiste Marie Charlotte Garin.

Alors de qui viennent les critiques ? De la majorité. Selon les informations du Progrès, la charge aurait été menée en tête « par Thomas Rudigoz, Alexandre Vincendet, Emmanuel Hamelin et Jérémie Bréaud ». Faut-il y voir la concrétisation de premières dissensions entre les « politiques » et les représentants de la « société civile » ?

Premières frictions sur la ligne Grand Cœur Lyonnais ?

La campagne des élections avait déjà laissé apparaître des divergences d’opinion. De là à en profiter pour mettre de côté les protagonistes et leur retirer leurs délégations, il n’y a qu’un pas que le journaliste d’Actu Lyon, Nicolas Zaugra, est prêt à franchir. « C’est sans doute l’étape d’après », exprime-t-il sur X.

En attendant, Jean-Michel Aulas, Emmanuel Imberton et Laure Cédat se refusent à reconnaître une erreur. Femme engagée et fervente défenseure de la place de la femme dans la société, Laure Cédat a même avoué avoir été la première à avoir eu connaissance des faits et à avoir apporté son soutien. Selon Le Progrès, Béatrice de Montille était également au courant de l’affaire dès le mois de février.

« Il n’appartient à personne d’aller dénoncer un fait qu’une victime elle-même ne souhaite pas dénoncer »

« Immédiatement, je suis venue la voir. Elle était dans une grande détresse et m’a raconté avoir eu une relation sexuelle avec Roman Abreu dans sa chambre d’hôtel. Elle n’a pas employé le mot viol mais elle a exprimé le fait qu’elle avait pu être droguée. Elle m’a raconté avoir vomi et qu’elle n’était pas dans son état normal. Aussitôt, je l’ai encouragée à porter plainte si elle estimait que la relation n’avait pas été consentie. J’ai prévenu Jean-Michel Aulas », a-t-elle réagi.

L’ancien président de l’OL aurait alors souhaité mettre à la porte son directeur de campagne. « Roman Abreu nous a menacé d’aller en justice en brandissant la présomption d’innocence et en faisant valoir son contrat », a assuré le candidat .

Ce dernier est alors catégorique : il aurait demandé à la victime ce qu’elle comptait faire. « Elle a refusé de porter plainte mais a demandé de ne plus jamais le croiser, ce que l’on a fait », s’est défendu Jean-Michel Aulas, toujours dans les colonnes du Progrès. La version de la victime est diamétralement opposée.

Une seconde victime ?

Selon maître Alain Jakubowicz, avocat de Jean-Michel Aulas, il n’appartient d’ailleurs « à personne d’aller dénoncer un fait qu’une victime elle-même ne souhaite pas dénoncer ». En réaction, les soutiens de Véronique Sarselli dégainent l’article 434-1 du code pénal stipulant que  » quiconque ayant connaissance d’un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives, est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Alors que l’enquête poursuit son cours, l’affaire Roman Abreu n’a donc pas fini de secouer la vie politique lyonnaise. Au risque de faire éclater la toute nouvelle majorité de Véronique Sarselli. A la Ville de Lyon, le débat semble déjà tranché : selon nos sources, Pierre Oliver réunit ses troupes cet après-midi en vue de constituer un groupe autonome au conseil municipal.

L’affaire n’en est qu’à ses débuts. Selon nos informations, une seconde jeune militante lyonnaise de « Cœur Lyonnais » pourrait avoir été confrontée aux mêmes agissements.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/marco" target="_self">Marco Polisson</a>

Marco Polisson

Rédacteur en chef
Co-fondateur du magazine.
En charge de la rédaction et responsable des partenariats.
Délégué à la protection des données RGPD

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