Propos recueillis par Morgan Couturier – Exclusif – L’ancien adjoint aux sports de Gérard Collomb brille désormais dans ses fonctions de manager général de la haute performance à l’Agence nationale du sport. Tout comme le champion olympique Gwendal Peizerat, l’ancien gymnaste n’a pu résister à la tentation de rejoindre les rangs de Jean-Michel Aulas, séduit par leur intérêt commun pour le sport et les leviers que celui-ci peut soulever. Promu tête de liste de Grand Cœur Lyonnais pour les élections métropolitaines, il veut désormais apporter sa contribution et sa science du succès.
Lyon People : Le choix du lieu n’est pas anodin. Nous sommes au stade Balmont où Jean-Michel Aulas a annoncé vouloir construire une enceinte de 10 à 15 000 places. Un projet critiqué en raison de son implication à la Fédération Française de Football. Au-delà du possible conflit d’intérêts, que pensez-vous de cette proposition ?
Yann Cucherat : Je peux entendre la remarque, mais je pense que lui aussi l’entend. Pour autant, ici à la Duchère, j’ai toujours considéré que c’était le deuxième poumon sportif de la ville de Lyon. Il y a Gerland qui s’est développé avec toutes les installations spécifiques qu’on connaît en matière de sport et qui fait le rayonnement de la ville en agrégeant beaucoup d’événements, mais ici à la Duchère, très clairement quand on voit le stade dans lequel on est, la Halle Diagana, la piscine, la salle de la Martinière un peu plus bas, le gymnase des pompiers, il y a vraiment un complexe sportif de grande qualité.
Un poumon qu’il faut redynamiser ?
Il faut le rénover, l’agrandir.
Mais un stade de cette ampleur, n’est-ce pas un projet extravagant comme le critique l’opposition ?
Il faudra le regarder de manière plus précise en fonction des besoins, mais ici, il y a quand même une équipe qui fonctionne depuis de nombreuses années et qui avait pour ambition, à un moment donné, de monter en deuxième division. Surtout, à Lyon, il y a une équipe féminine qui cherche un point de chute pour son stade. Une équipe féminine qui fait la fierté de la ville depuis de nombreuses années, donc quitte à faire des projets, autant que ce soit des projets d’envergure à la hauteur de ces institutions.
C’est une idée qui a déjà été évoquée avec Michèle Kang et l’OL Féminin ?
Il n’y a que Jean-Michel qui pourra répondre sur le sujet. En ce qui me concerne, c’est déjà un projet qu’on avait poussé en 2020, à l’époque où les dirigeants souhaitaient plutôt aller du côté de l’ancien Matmut Stadium à Vuillermet. J’avais clairement dit que l’intérêt de la ville me semblait être de développer cette enceinte-là. Ce club a une histoire avec ce quartier, avec le public qu’il y a dans ce quartier. C’est un formidable levier de rencontres et d’émulation. Je trouvais que c’était important de le laisser ici plutôt que de le déménager. Six ans plus tard, que l’on revienne à ce même type de projet veut dire qu’il y a une certaine crédibilité.
La Duchère, un point de chute pour OL Lyonnes ?
Si l’idée revient sur la table, c’est qu’elle n’est pas si farfelue…
Jean-Michel, quand il donne des idées, elles ne sont jamais farfelues. Elles sont toujours réfléchies avec un certain nombre d’acteurs. Cela étant, il peut y avoir une opposition critique, mais la réalité elle est tout autre. Ici, il y a quelque chose qui mérite d’être développé. Cette piscine à côté, on aurait déjà dû la couvrir et la rénover. C’est certainement une des plus belles piscines de Lyon, sauf que pour certains, elle est connotée La Duchère, donc les gens ont peut-être un peu plus de mal à venir. Il faut qu’on change ce regard sur la Duchère. La vie sociale, le lien social qui peut se tisser à travers l’objet sportif, pour moi, c’est essentiel. C’est pour cela que je ne peux qu’adhérer à un projet d’envergure pour la Duchère.
D’ailleurs, qu’est-ce qui vous a séduit dans sa candidature, au point de vous associer à lui ?
Au départ, très clairement, je ne pensais pas revenir en politique. J’ai une mission professionnelle extrêmement engageante et que j’aime plus que tout. Il est hors de question que je quitte cette mission professionnelle. Mais j’ai toujours eu un engagement citoyen et local qui compte beaucoup pour moi.
Quels arguments ont permis de faire pencher la balance ?
Jean-Michel Aulas a été force de persuasion. C’est peu dire (rires). Il a vraiment souhaité que je sois là et en fait j’aime l’histoire qu’on a déjà pu écrire ensemble. J’aime l’homme qu’il est, ce qu’il représente pour Lyon ou la fidélité qu’il a pu avoir à ce territoire. Surtout, je me suis construit grâce à l’objet sportif, c’est-à-dire que j’ai été en club très jeune. Je me suis développé, je me suis émancipé grâce au sport. J’ai eu la chance d’avoir une carrière dans le sport de haut niveau avec quatre participations olympiques qui m’ont aussi fait découvrir le monde, mais je sais à quel point le sport peut être un levier pour répondre aux maux de notre société. Je sais que je n’aurais pas besoin de convaincre Jean-Michel pour que cet outil-là soit mis au service des Lyonnaises et des Lyonnais. J’ai toujours espéré qu’il puisse y avoir des décideurs et des responsables qui aient ça dans leur ADN. C’est le cas de Jean-Michel, alors pour moi, c’est presque une évidence que d’être à côté de lui aujourd’hui.

Yann entouré de Tony Parker et Gérard Collomb. L’ancien gymnaste reconverti dans la politique en 2014, a été élevé au grade de chevalier de l’ordre national du mérite, le 13 mai 2019 – Photo Fabrice Schiff
Vous qui êtes manager général de la haute performance à l’agence nationale du Sport, lui avez-vous donné des conseils pour remporter la victoire ?
Les conseils, ils sont réciproques. Je pense que dans la vie on se nourrit des rencontres, des échanges qu’on a avec les personnalités inspirantes. Et pour moi, Jean-Michel fait partie de ces personnalités inspirantes avec qui j’ai aimé avancer et aux côtés de qui j’ai pu grandir, un peu à l’image d’un Gérard Collomb que j’ai accompagné pendant plus de 10 ans. C’est ce que je retrouve chez Jean-Michel. Je suis revenu pour lui donner un coup de main. Lui m’avait soutenu officiellement en 2020. C’était une marque de confiance de sa part. Je me devais, à mon niveau, de lui apporter mon aide en retour.
Quelle est votre vision de la campagne de Jean-Michel Aulas ? Les avis sont très mitigés…
C’est quelqu’un qui n’a pas les codes politiques, qui ne vient pas de la politique, même s’il a eu à travailler avec beaucoup d’élus pendant de nombreuses années. Mais finalement, c’est ce qui a fini de me convaincre d’être à ses côtés aujourd’hui. Je crois que les gens en ont marre des partis politiques. Ils n’ont plus vraiment confiance dans les décideurs. Et donc d’avoir quelqu’un issu de la société civile qui, d’une certaine manière, n’a rien à prouver vis-à-vis de Lyon, qui n’a rien à gagner, je trouve ça admirable. Il accepte en fin de carrière de porter un projet où il a plus de coups à prendre que d’éloges à recevoir. On le voit bien, il y a un certain nombre de critiques. Pourtant, je trouve que la plus grande qualité quand on est élu, c’est d’aimer les gens. Pour connaître Jean-Michel, je sais que c’est quelqu’un qui a une vraie empathie et qui aime l’autre. Il aime discuter, comprendre les réalités de chacun.
C’est cette personnalité qui vous a séduit ?
Ce n’est pas une découverte. C’est l’homme que je connais depuis toujours. C’est quelqu’un d’une loyauté forte, qui est fidèle dans les relations qu’il tisse. À partir du moment où il y a la relation de confiance, elle est installée dans la durée. Surtout, c’est quelqu’un qui apporte des solutions. Aujourd’hui, on voit un certain nombre de candidats qui font des déclarations éloquentes qui finalement portent des projets qu’ils avaient déjà promis en 2020 qu’ils n’ont pas réussi à faire atterrir. Et ils les remettent sur la table aujourd’hui. Une chose est sûre, c’est qu’avec Jean-Michel, s’il dit qu’il va faire quelque chose, il le fait. Quand on regarde le fil de sa vie, ça a été ça du début à la fin. Bien sûr, ça ne se fait pas sans obstacle, sans difficulté, mais à la fin, ça se fait. Et donc je pense que d’avoir quelqu’un comme lui aux manettes de cette ville et plus largement de ce territoire, c’est un cadeau. C’est quelqu’un qui a cette capacité à fédérer et qui a à son actif un certain nombre de réussites et de victoires. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je crois profondément dans ce qu’il peut apporter.
« Je ne cherche pas du tout à être dans un quelconque exécutif »
Cœur Lyonnais vous a identifié comme tête de liste pour les élections métropolitaines dans le 5eme et 9eme arrondissement. C’est finalement un retour par la grande porte ?
Je ne demandais rien, je demandais simplement à l’aider et à montrer que le soutien officieux qui était le mien, puisse être rendu public. C’est ce qu’il a fait en me demandant d’être tête de liste de la circonscription des 5 et 9eme arrondissements. C’est une circonscription que j’affectionne tout particulièrement parce que j’ai vécu dans le neuvième à Valmy. Je vis actuellement dans le cinquième arrondissement, donc forcément, ces deux arrondissements me parlent. Mais c’est surtout les deux arrondissements de Gérard Collomb, avec qui j’ai tracé la route pendant 10 ans et dont j’étais très proche. Il y a aussi quelque chose de l’ordre de l’histoire qui me plaît bien dans cette narration. Ce sont des symboles, mais des symboles importants, même si d’une certaine manière, j’aurais pu être n’importe où à partir du moment où Jean-Michel y voyait un intérêt pour sa campagne.
Vous avez parlé de cadeau. Jean-Michel Aulas vous a-t-il promis un poste ? Aux Sports notamment ?
Non ! Ça rejoint la question tout à l’heure. J’ai une mission professionnelle qui est passionnante, que j’aime plus que tout et où je pense que je fais l’affaire dans les missions qui m’ont été confiées. Alors je n’ai pas l’envie de la quitter.
On peut faire de la politique sans intérêt ?
Je le confirme et je revendique mon engagement citoyen. Je ne cherche pas du tout à être dans un quelconque exécutif. Je continuerai ma mission une fois les élections passées.
« En politique, les divisions ne font jamais gagner, mais les additions ne sont jamais simples. Il y a toujours une histoire d’egos »
En parlant de Métropole de Lyon : même question que pour Jean-Michel Aulas, Véronique Sarselli est-elle la femme de la situation ?
On se connaît un peu moins bien, même si on est presque voisin parce qu’elle habite à Sainte-Foy et que je suis à Lyon 5e, limite Sainte-Foy. On s’est rencontrés quelques fois. C’est quelqu’un que j’apprécie.
Vous vous vous êtes tout de suite entendus ?
Ça a tout le temps matché, avant même qu’elle soit candidate et moi sur les listes. On a toujours eu un relationnel très courtois, sans faux semblant. Cela étant, je n’ai jamais eu l’occasion de travailler avec elle ou d’aller dans une relation professionnelle un peu plus poussée. Elle mène sa campagne, elle a gagné les élections pour être la candidate et elle a eu cette intelligence de matcher avec Jean-Michel Aulas. Ce qui n’est pas évident. Ce qui est sûr, c’est qu’en politique, les divisions ne font jamais gagner, mais les additions ne sont jamais simples. Il y a toujours une histoire d’egos un peu fort. Je me rappelle en 2020, c’était avant tout des histoires d’egos plus que de la rationalité politique. Véronique Sarselli a eu ce courage d’accepter de faire un match avec Jean-Michel Aulas. C’est dans son intérêt et celui de Jean-Michel de montrer qu’il y a une union du centre gauche au centre droit pour pouvoir l’emporter. Et au-delà de l’emporter, surtout pour porter un projet de territoire à la hauteur de ce qu’attendent les Lyonnais. Il faut redonner une vision à ce territoire. C’est ce qui m’avait inspiré chez Gérard Collomb à l’époque et qui m’avait donné envie de le rejoindre en 2014. Il avait une vision à long terme d’une ville qui rayonne, qui attire et qui produit de la richesse pour porter des politiques sociales ambitieuses.

Séquence émotion, jeudi 3 juillet 2025. Jean-Michel Aulas lui remet les insignes de chevalier de la Légion d’honneur – Photo Alexandre Moulard
Mais pour rendre à nouveau Lyon attractive, il faut gagner les élections métropolitaines. La collectivité concentre énormément de pouvoir. Pourtant, elles sont étrangement moins populaires et médiatisées que les élections municipales. Comment l’expliquez-vous ?
Le maire de Lyon est le symbole de l’élu de proximité plus que la Métropole où on est en deuxième cercle un peu plus éloigné, alors que finalement beaucoup de politiques publiques, notamment sociales, autour de la mobilité, de la sécurité, de l’attractivité, du logement ou de l’urbanisme, ça se passe à la Métropole. C’est un peu plus loin dans la proximité que l’administré peut avoir avec son maire. Mais cette collectivité est essentielle. C’est pour ces raisons que sur cette élection, il faut voter Cœur Lyonnais et Grand Cœur Lyonnais. Il faut gagner les arrondissements, gagner la ville, gagner la métropole pour qu’il y ait une vraie cohérence de territoire. Il faut que l’on arrête les interactions contradictoires d’une collectivité à l’autre pour porter un projet ambitieux.
À en croire les derniers sondages, les écarts seraient bien plus serrés qu’aux municipales. Êtes-vous d’accord pour dire que Bruno Bernard est un adversaire bien plus coriace que Grégory Doucet ?
Bruno Bernard a toujours été un élu plus fin politiquement que ne l’est Grégory Doucet. Je vais le décrire comme ça parce qu’il a baigné dedans depuis beaucoup plus longtemps que Grégory Doucet.
« Je suis un peu triste que Georges (Képénékian) n’ait pas pris la main qui lui était très clairement tendue »
Comment expliquer ces différences de popularité alors que la Métropole de Lyon et Bruno Bernard sont à l’origine des nombreux travaux contestés par les Grands lyonnais ?
En fait, Grégory Doucet agrège les critiques parce que c’est le maire de Lyon. On considère que c’est le maire de Lyon qui porte tous les sujets à l’échelle de la ville. En tout cas, il est coresponsable avec Bruno Bernard, qui d’une certaine manière, peut se mettre en deuxième rideau et être moins impacté. Mais la réalité, c’est que sur ces sujets-là, le mécontentement des Lyonnaises et des Lyonnais leur incombe très clairement à tous les deux. Ils se sont entendus pour porter ces projets-là. Après, ce sont certainement les dérapages de Grégory Doucet en début de mandat qui lui ont donné une image plus négative que Bruno Bernard.
Vous avez parlé de divisions. Parlons de Georges Képénékian. En 2020, il a décidé de vous affronter, ce qui vous a coûté votre victoire. Fait-il le bon choix de poursuivre sa campagne en solitaire ?
C’est son choix, voilà, je suis malheureux pour lui que six ans après, il n’ait pas changé d’un iota sur ce qui l’anime. Il critiquait il y a six ans l’âge de Gérard Collomb et six ans après, il a le même que lui et pourtant, il se porte candidat. Je ne veux pas l’attaquer frontalement parce que c’est quelqu’un que j’apprécie au demeurant. On a toujours eu un dialogue que je trouvais très constructif, mais je pense qu’il aurait mieux fait de venir dans ce grand rassemblement pour les Lyonnais plutôt que de vouloir se marginaliser. La preuve, c’est qu’un certain nombre de ses proches sont venus rejoindre les équipes de Jean-Michel Aulas. Je suis un peu triste qu’il n’ait pas pris la main qui lui était très clairement tendue et qu’il n’ait pas eu le courage de nous rejoindre.

Yann Cucherat et Georges Képénékian. La plaie de 2020 est-elle vraiment cautérisée ?
Est-il trop tard pour lui d’abandonner ?
Cette décision lui appartient. Ce sont ses choix, mais je pense qu’il le fait en connaissance de cause. Je pense que c’est trop tard aujourd’hui.
Mais il pourrait limiter les frais ?
Je ne suis pas sûr qu’il ait fait beaucoup de dépenses. Le sportif que je suis dit qu’à partir du moment où on s’engage, il faut aller au bout de la démarche. Donc aujourd’hui, je ne vais pas dire, parce qu’il n’est pas avec nous, qu’il doit abandonner. J’aurais simplement préféré qu’il nous rejoigne et qu’on puisse utiliser l’expérience qui est la sienne au service d’un projet concret. Il y avait matière à concrétiser et à transformer des idées qui peuvent être bonnes.
Même si pour l’heure, il semble refuser une quelconque alliance, l’invitez-vous à se rallier au mouvement Cœur Lyonnais au soir du premier tour ?
Je pense qu’au soir du premier tour en fonction des résultats, il aura une position qui j’espère ira dans ce sens. Mais en politique, j’ai compris que rien n’était jamais écrit. Je ne peux pas me prononcer là-dessus, mais je lui fais suffisamment confiance pour qu’il vienne rejoindre l’union de ceux qui ont des propositions équilibrées pour cette ville et pas Grégory Doucet qui a déjà dit très clairement qu’il allait se rassembler avec la France insoumise. J’espère qu’il fera ce choix de raison une fois qu’il aura perdu les élections. Toutes les voix comptent. Ce n’est pas parce que les sondages sont hauts qu’il ne faut pas avoir de l’humilité.
La partie est donc loin d’être gagnée ?
Tant que la campagne n’est pas terminée, chacun se bat pour gagner toutes les voix possibles. Le plus important aujourd’hui, c’est la rencontre avec les Lyonnais afin de les convaincre qu’il n’y a qu’un seul projet qui tient la route. Une ville de Lyon équilibrée, c’est le projet de Jean-Michel Aulas. Il reste encore quelques jours à battre le pavé, j’espère que ça le fera.



















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