Lyon. Explosion de l’insécurité et de la violence. De la passivité à la complicité

9 mars, 2026 | Actualités Lyon | 0 commentaires

Texte : Morgan Couturier – Crimes et délits en progression, profond sentiment d’insécurité, Lyon est de plus en plus gangrenée par la violence. Si le contexte national n’aide pas, la capitale des Gaules paye surtout les conséquences de la politique écologiste, dans laquelle la sécurité n’a jamais fait partie des priorités.

Ce n’est pas une nouveauté, à ranger dans une quelconque révolution, les faits-divers sont un formidable terrain d’expression pour les discussions de comptoirs ou de machines à café. Hélas, une simple visite sur la toile suffit à dresser un affligeant constat : à Lyon, leur nombre ne cesse de pulluler. « Tous les jours ou presque, ce sont des agressions », pointe d’ailleurs le candidat UDR-RN, Alexandre Dupalais, face à l’explosion de l’insécurité depuis six ans.

Des faits, plus qu’un ressenti, alors même que nos confrères australiens (voir ci-dessous) classent la Capitale des Gaules comme la 6eme ville au monde ayant connu la plus forte hausse de criminalité entre 2019 et 2024. Pas étonnant dès lors que les Lyonnais aient érigé la sécurité en priorité de leurs attentes pour 2026, bien loin devant le développement des mobilités douces.

Durant tout le mandat, les activistes écologistes ont organisé des opérations de blocage du périphérique, sous le silence complice de Doucet et Bernard. Photo Lyon Mag

Hélas, la vox populi ne semble pas être celle des écologistes, aux manettes de la mairie depuis 2020. Leurs priorités sont ailleurs. Pire la désobéissance civile a parfois été encouragée, à l’instar des actions menées au cours de ce mandat par les mouvements écolos Extinction Rebellion et Dernière Rénovation, que Grégory Doucet avait largement cautionné, ce dernier estimant que de tels actes allaient « dans le bon sens », en participant à l’éveil des consciences.

Un avis partagé par le transparent Mohamed Chihi, nommé adjoint à la Sécurité, sans que personne n’ait jamais remarqué ses actions, excepté son alliance avec la Jeune Garde. Il faut dire qu’à l’occasion des manifestations contre la réforme des retraites de 2023, ce dernier n’avait rien trouvé de mieux que d’appeler « à la désobéissance, mais pas à la violence ». Plusieurs centaines de commerçants ont pu apprécier cette sémantique douteuse.

Manifestations de 2023. Quand Grégory Doucet refusa d’envoyer ses agents en renfort de la police nationale

Ils le furent tout autant quelques jours plus tard, lorsque ce même Mohamed Chihi et Grégory Doucet eurent la bonne idée de laisser les policiers municipaux au placard, lors des émeutes de l’extrême-gauche, consécutives au décès du jeune Nahel. Idem lors des manifestations contre la réforme des retraites.

Des centaines de commerces ont été vandalisés et pillés (105 pour la seule journée du 1er mai 2023) au cours de la dizaine de manifestations soutenues par les Verts LFI. « Il y a eu du mépris pour la police. On peut même parler de maire anti-Police », argue encore Alexandre Dupalais. Le protégé d’Éric Ciotti n’a d’ailleurs pas manqué de mettre en évidence l’ironie de la non-reconduction de ce même Mohamed Chihi, écarté de l’équipe municipale en cas de réélection de l’exécutif EELV.

Au cours des manifestations contre la réforme des retraites, soutenues par les Verts LFI, des centaines de commerces ont été vandalisés et pillés, des véhicules incendiés et du mobilier urbain détruit.

Range Rover incendié, cours Gambetta. « Les SUV c’est vraiment abusé » peut-on lire sur la vitrine. La suite logique aux dégonflages des pneus opérés par les activistes écologistes.

Les élus écologistes participaient à ces manifestations. Ils défilent tranquillement devant les commerces détruits, passant devant les dégradations, avec leur vélo, comme de simples spectateurs avant de repartir tranquillement boire un jus de carotte bio (ici la quincaillerie Foussier, avenue Jean Jaurès)

Symbole de cette fracture, Bertrand Debeaux, délégué syndical FO de la police municipale, avait attendu un peu moins de deux ans pour critiquer ouvertement l’action de la mairie. « Depuis la fin des confinements, on perçoit une énorme et très inquiétante aggravation des faits de violences, tant dans le nombre que dans l’intensité », avait-il évoqué, en des temps où les agents de la Ville avaient manifesté leur mécontentement en faisant grève.

En juin 2023, à Lyon, rebelotte. Des dizaines de commerces sont vandalisés et pillés en réponse à la mort de Nathel. Grégory Doucet refuse d’envoyer les policiers municipaux protéger les commerces éventrés au cœur de la Presqu’île.

« La ville a balancé dans la délinquance et l’ultra-violence à partir du moment où le maire de Lyon n’a plus considéré que les problèmes de sécurité étaient des problèmes fondamentaux. Quand on se bat à la kalachnikov, on s’aperçoit qu’on a franchi bien des étapes », avait réagi en conséquence le regretté Gérard Collomb. Depuis, les exemples de délits et de crimes ne manquent pas.

Selon l’INSEE, chiffres de la Police à l’appui, Lyon serait même devenue en 2024, la 5eme ville la plus touchée de France. Un classement dominé dans l’ordre par Bordeaux et Grenoble, communes dirigées par des… écologistes. « La sécurité est la condition du bien-être de toutes les Lyonnaises et Lyonnais, ce qui devrait être LA priorité », a récemment twitté Jean-Michel Aulas, le chef d’orchestre du mouvement « Cœur Lyonnais ».

Des toilettes publiques inclusives plutôt que des caméras

À force de critiques à son encontre, Grégory Doucet doit donc affronter un nouveau défi : recruter. « Quand on crache sur la police toute la journée, normal qu’ils ne veulent pas travailler pour vous », en rigole Alexandre Dupalais. En décembre dernier, le maire de Lyon revendiquait « un peu plus de 310 policiers ». Un chiffre là encore erroné à en croire Bertrand Debeaux.

Selon lui, la Ville compterait plutôt « un peu moins de 290 policiers municipaux », beaucoup d’entre eux étant restreints aux tâches administratives, à l’accueil et au PC Radio. « Du jour au lendemain, ils ont intégré les policiers en formation. C’est un peu une fake news », embraye malicieusement Pierre Oliver, le maire du 2eme arrondissement.

« Avec aucun autre maire les choses se passent aussi difficilement sur la sécurité. La sécurité à Lyon est préoccupante. L’amélioration de la situation passe par l’engagement de chacun, en responsabilité et sans dogmatisme », avait d’ailleurs sermonné l’actuel Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, lors d’une visite entre Rhône et Saône en 2022. En réponse, Grégory Doucet n’avait pas manqué de lui sourire au nez.

Il faut dire que l’édile a longtemps été réfractaire à la multiplication des caméras de vidéo-protection. À l’approche des élections, ce dernier a fait marche arrière au point de s’attirer les foutres de ses soutiens LFI, mais pendant plus de cinq ans, le sujet a longtemps été rangé dans les tréfonds de son bureau. « Il n’y a pas eu de déploiement de caméras de surveillance à la hauteur des attentes », complète Pierre Oliver. Sur ce point, le maire LR se souvient instantanément de l’épisode Laurent Wauquiez.

Le lendemain des émeutes de Nahel, Pierre Oliver, maire de Lyon 2, et Laurent Wauquiez au chevet des commerçants de la rue de la Charité.

En mars 2022, la Région AURA s’était dit prête à verser un million d’euros au maire de Lyon pour participer au déploiement de caméras de surveillance. Rejet total de Grégory Doucet qui préférait investir ailleurs cet argent. Sa cible ? Des chasubles pour les encadrants d’événements, des talkies-walkies pour les organisateurs et des « toilettes publiques inclusives ».

« J’ai d’abord cru à une blague. Quand on aborde le sujet de la sécurité et qu’on nous parle de toilettes inclusives, c’est qu’on n’a rien compris au problème et à ce que vivent les Lyonnais », dira l’ex-président de la Région. Dans la même veine, l’extinction de l’éclairage public en soirée, par idéologie, n’aura pas aidé à renforcer le sentiment de sécurité. La pratique s’est certes étendue à diverses communes du département voire de la région, cette mesure est pour le moins contestée par les administrés. À plus forte raison dans un contexte d’agressions de plus en plus récurrentes. « La lumière, c’est la conquête des temps modernes », se moque-t-on du côté de l’opposition.

Le contexte national ne peut justifier à lui seul un tel taux de violence

Alors en attendant le verdict des urnes, les traditionnels vœux de début d’année ont été l’occasion pour Grégory Doucet de tenter l’impossible : sauver les meubles. « À Lyon, nous faisons le choix de ne jamais opposer les principes de sécurité et de tranquillité publique. La tranquillité publique exige une approche globale et équilibrée, qui articule prévention, protection et réponse ferme lorsque la loi est transgressée », a-t-il prononcé dans les salons de l’Hôtel de Ville, dans ce que certains ont appelé « un discours d’adieu ».

« Ils ont été aux abonnés absents tout au long de leur mandat. Notre ambition est de remettre de la sécurité dans la rue », critique-t-on du côté de « Grand Cœur Lyonnais ». Le mouvement créé par Jean-Michel Aulas énonce en conséquence un objectif de 1 200 caméras de surveillance et 500 policiers municipaux à l’horizon 2032. L’union des droites UDR RN promet de son côté 5 000 caméras et 1 000 agents de l’ordre.

Plutôt que d’investir dans la vidéoprotection, les écologistes ont acheté deux voitures radars LAPI pour matraquer les automobilistes

Quoi qu’il en soit, en ces temps de campagne, les chiffres sont souvent de précieux arguments, à manipuler avec précaution. Jean-Michel Aulas s’y est essayé pour souligner l’augmentation de la violence sur ce sextennat. Malheureusement, à vouloir trop gonfler ces résultats, l’ancien président de l’OL s’est légèrement emmêlé les pinceaux. Toujours est-il que sur la question des vols violents sans arme, les faits constatés ont effectivement augmenté, passant de 1 776 cas en 2023 à 1 907 cas en 2024 selon les chiffres de la SSMSI (Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure).

La police recensait néanmoins 1 938 faits en 2020, avec un pic à 2 400 cas traités en 2022. Même constat du côté des violences physiques. Leur nombre avait explosé en 2022 (2 783 cas contre 2 256 en 2020, ndlr), mais les données révèlent depuis, un léger fléchissement (2 336 faits constatés en 2024). Rien de très glorifiant toutefois, alors que les familles touchées diront que les victimes sont encore trop nombreuses. Moins grave mais tout aussi crispant, le sujet des dégradations de voitures et des vols à la roulotte revient inlassablement sur la table.

De nombreux militants écolos ont pris goût à la crevaison des SUV qu’ils estiment polluants bien que de plus en plus électriques ou hybrides. Plus encore, la création de plus en plus fréquente de groupes Facebook et WhatsApp liés aux véhicules vandalisés est un énième indicateur du ras-le-bol général. Sur la question, le SSMSI enregistre 4 390 infractions de ce type en 2024. Elles étaient au nombre de 5 334 en 2023 et de… 5 057 en 2020.

Autant d’éléments réunis qui font dire aux Lyonnais que la sécurité fut une thématique largement oubliée, rangée derrière d’autres priorités telles que l’aménagement de la voirie, le déploiement des « autoroutes à vélo » ou l’installation de mobiliers urbains. À en croire les sondages et les commentaires visibles sur les réseaux sociaux, les Lyonnais n’en ont cure. « La liberté, c’est la sécurité ». Alors pour vivre heureux, il faut vivre en sécurité.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/morgan" target="_self">Morgan Couturier</a>

Morgan Couturier

Le journaliste de Lyon People, c’est bien lui ! En quête de scoops, toute info est la bienvenue !

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