Les humeurs de Jean Etevenaux, historien*

On sait que les écologistes ne se sentent pas dépourvus face à leurs nouvelles responsabilités, les idées ne leur ayant jamais manqué, mais cela ne leur évite pas quelques déphasages.

Ils s’aperçoivent notamment que prêcher la décroissance et afficher comme priorité un recentrage sur le local ne correspond pas vraiment aux dynamiques animant les villes qui, comme Lyon, ont su définir des horizons non seulement régionaux, mais nationaux et surtout internationaux. Aussi ont-ils tenu à montrer dans leurs premières déclarations leur souci de se montrer réalistes et à affirmer leur volonté de travailler avec tous pour le bien commun.

Malheureusement, ils restent empêtrés dans le vocabulaire du pire politiquement correct tout en reprenant les vœux pieux que n’importe que parti politique, de l’ancien ou du nouveau monde, sert à un moment ou un autre. Ainsi, dans la capitale des Gaules, ils ont défini leur objectif de « rendre la démocratie plus inclusive et plus vivante : réintéresser tou.te.s les Lyonnaises et les Lyonnais à la politique locale non seulement en se mettant à leur écoute, en les rapprochant de la décision (à travers des instances consultatives), mais également en leur donnant le pouvoir d’agir, en valorisant des pratiques citoyennes qui ne se résument pas au vote ».

Ce vocabulaire que ne renierait d’ailleurs pas Emmanuel Macron leur fait promettre « une démocratie d’initiative partagée entre une pluralité d’acteurs (démocratie contributive) » avec « un budget participatif […] : 10 millions d’euros par an seront entre les mains des Lyonnaises et des Lyonnais qui pourront proposer, voter des projets et prendre part à la mise en œuvre de certains d’entre eux ». Avis, donc, aux contribuables.

Pratiquant l’écriture inclusive et n’évitant pas les fautes de français, le nouveau maire de Lyon a eu recours, dès son intronisation, à la novlangue avec des mots comme « ségréguer », « éco-conditionnalité », « transversalité », « horizontalité », « paramètre secondaire » ou « déterminant central ».

Il a même terminé sur une fausse citation de Saint-Exupéry : « Nous n’héritons pas de la terre, nous l’empruntons à nos enfants ! » — d’ailleurs attribuée aussi au commandant Cousteau, à Hemingway ou à Senghor. Voilà ce qui arrive quand on veut jouer au Lyonnais…

 

* Auteur des « Grandes heures de Lyon », aux Éditions Perrin, 2019