Par Morgan Couturier

Alors que le métro B est attendu sur la place Anatole France d’ici 2023, l’exécutif écologiste de la Métropole entend végétaliser ce site consacré au marché local. Un projet largement contesté par les commerçants d’Oullins, lesquels redoutent l’abandon d’une vraie « place de vie ». Un nouvel épisode de la série #Lyon écolo.

À forcer de le répéter, l’idée s’est ancrée comme l’une des grandes problématiques de l’humanité. Ou d’Oullins, à plus petite échelle. Qu’importe, choisir est donc bien renoncer, que l’on évoque le passé ou le changement. Dans le cas d’Oullins, la guerre des choix offrira donc son lot de perdants, en l’occurrence les forces vives de la ville.

La place Anatole France en travaux

Une défaite que refusent les commerçants, dont la volonté première est de sauver « l’historique » place Anatole France, autrement baptisée « place du marché », actuellement en chantier. Après « concertation », la sentence devrait tomber le 30 mai prochain : l’emplacement pourrait disparaitre au profit d’un « poumon vert » imaginé par la Métropole de Lyon et son président, l’écologiste Bruno Bernard.

Des commerçants verts de rage

« Il y a déjà six ou sept parcs dans Oullins. On a même le Jardin sans fin, un parcours de promenade qui permet de relier tous les parcs », regrette ainsi Maxime Balouzat, président de l’association des commerçants et artisans de la ville, dont la crainte est de voir disparaître l’un des lieux de vie emblématique de la ville.

Le scénario B permettrait le maintien du marché

Une décision non sans conséquence pour ces derniers, qui verraient leurs activités asphyxiées au profit d’une « prairie », dixit la Métropole. Une « ambiance nature », qui paraît peu propice à une résurrection du marché ou des animations, si ce n’est le maintien des terrasses déjà existantes. Les habitants d’Oullins sont invités à se prononcer sur internet avec le choix d’une prairie (scénario A) ou du maintien du marché (scénario B).

 Un marché au rabais

« Il n’y aura plus aucune place de vie à Oullins si cette place disparaît. Il faut reconnecter les commerçants avec la ville. Bien sûr, personne ne veut une place bétonnée. Mais là, la Métropole oppose le béton à la végétalisation. Ils vont dire que les habitants ont opté pour ça en votant pour le scénario A. Toujours est-il que si on avait décrit les deux scénarios de la même manière, les votes auraient été différents », regrette Maxime Balouzat, attristé de voir scénario B totalement occulté (voir ci-dessus) et auteur d’une pétition en ce sens.

Depuis son déplacement, le marché est en berne

De fait, si le marché place Anatole France semble voué à disparaître, son déplacement – déjà effectif, sur le parking de l’hôtel de Ville, aurait vocation à s’éterniser. « Le marché nous libérait un parking, alors que 50% des clients viennent de l’extérieur d’Oullins. Aujourd’hui, il y a moins de forains. Le marché a perdu en qualité », soutient le commerçant, soutenu par Marc Degrange, vice-président de la CCI.

Une décadence contestée par la maire, Clotilde Pouzergue, dont le positionnement sur le sujet fut longtemps attendu. « Aujourd’hui, les choses sont beaucoup plus rangées. Pour la rotation, c’est moins gênant. On a travaillé de façon provisoire, mais si on laisse le marché sur le parking de l’Hôtel de Ville, il faudra envisager quelque chose de plus qualitatif et plus jalonné », avance l’édile, consciente que dans un tel débat, la décision ne plaira pas à tout le monde.

Le Métro B, une contrainte à prendre en compte

Une évidence que l’élue locale espère pourtant minorer, au moyen d’une « solution mixte ». « On en est toujours au stade de l’esquisse. Alors ce n’est pas forcément tout l’un ou tout l’autre. On peut avoir besoin d’un espace suffisamment grand pour installer un manège, une scène de concert ou un marché de Noël », dévoile-t-elle dans des propos qui offrent une bulle d’espoir.

Reste qu’à l’heure du coup de sifflet final, les commerçants devront s’accommoder quoi qu’il en coûte, du prolongement prochain du Métro B, censé s’arrêter sous la place Anatole France d’ici 2023. « Avec les contraintes du métro, ce ne serait plus le marché qu’on a connu pendant une dizaine d’années. Il serait beaucoup plus petit. Presque un tiers de la place sera occupée par la trémie du métro, à laquelle il faudra ajouter deux énormes sorties. Il y a donc des contraintes très fortes. Puis il faut penser à la circulation des gens », souligne l’édile LR, embarquée – tout comme son collègue de Francheville avec le téléphérique – dans un périlleux exercice de collaboration avec la secte verte.

Diviser les maires de droite pour mieux régner, ça ne mange pas de pain. Les écologistes s’en frottent d’avance les mains, à moins que les Oullinois prennent leur destin en main en votant avant dimanche pour le scénario B, retenu par les commerçants.

> Pour participer à la concertation, rendez-vous, jusqu’au dimanche 30 mai 2021, sur les sites www.oullins.fr ou sur jeparticipe.grandlyon.com