Par Goupil Lettré

Quand la communication municipale lyonnaise supplée à l’action, on peut espérer – au moins – qu’elle soit de qualité. Avec la première parution du périodique institutionnel nouvelle formule, il faut se rendre à l’évidence. Notre chronique « au scanner », très suivie à l’Hôtel de Ville, commence à porter ses fruits…

Soyons justes. Cette nouvelle formule du périodique municipal lyonnais, provisoirement encore dénommé Lyon Citoyen…, c’est plutôt du bon boulot. Quand on laisse faire les professionnels, comme dirait ma belle-mère qui ne manque pas de bon sens, ça se connaît ! L’objet est de format « news mag » resserré – 21 / 27,3 sur 44 pages – le meilleur choix technique pour une utilisation optimale de la laize papier (à première vue, 80 gr maxi). Au chapitre Économie de la production, c’est bien, les gones ; le contribuable vous remercie.

On coupe partout mais on laisse toute la longueur…

Côté maquette, rien de bien ébouriffant. Mais ça se tient. L’agence Pamplemousse – ça ne s’invente pas – a répondu comme elle a pu, mais non sans recherche de cohérence, à un cahier des charges qui devait, quant à lui, en être fichtrement dépourvu : assurer une transition en douceur avec l’ancienne formule afin de ne pas dérouter le lecteur (qui, à mon avis, s’en t…), prendre en compte la périodicité – trimestrielle – qui condamne le support, dès sa naissance, à n’exister quasiment pas.

Comme disait la patronne du salon « I love you coiffure – new creacheune »,  » on coupe partout mais on laisse toute la longueur ». Il en résulte une mise en page qui oscille, selon les rubriques, entre les codes « news mag » rescapés du vieux Lyon-Citoyen et une plaquette d’office de tourisme à destination des randonneurs.

Côté rubriques, c’est à se demander si le canard n’a pas failli s’appeler C’est Lyon. Cinq d’entre elles commencent par « C’est » : « C’est la saison », « C’est essentiel », « C’est fait », « C’est mon arrondissement », « C’est en bulles », ce qui fleure la déclinaison à plein nez… Pas bien grave. Ils pourront les recycler si jamais le nom « Lyon, c’est vous » est retenu (ce qui n’est pas exclu).

Dans leur contenu, ces rubriques veulent innover et servir la cause. Normal. Entre autres : des conseils de plantation ; une recette de cuisine – avec de la viande ! –  basse température qui ne donne pas vraiment faim ; le point de vue des enfants sur le thème du dossier – les fleuves -, forcément un peu bidonnée mais synthèse oblige… ; une rubrique sur ce qu’on a fait, une autre sur ce qu’on va faire…

Gérard Collomb n’a jamais aménagé les berges des fleuves ; ça se saurait !

Le dossier, parlons-en. Six pages plutôt bien construites sur le Rhône et la Saône. En les parcourant, on s’étonne de ne pas voir une seule photo des berges reconquises et aménagées il y a quelques années… ; jusqu’à ce qu’on lise « retrouver les berges c’est également une des ambitions de la requalification de l’ancienne A7… » Donc, on va les retrouver.

Ceux qui pensaient que les berges lyonnaises (et bien au-delà) des fleuves avaient été aménagées sous Collomb devraient se faire soigner. Moi-même, je vais consulter. Les berges de nos fleuves sont un cloaque envahi de bagnoles. Personne, aucun piéton, aucun cycliste ne s’y promène aux beaux jours. La mauvaise foi poussée à cet extrême, c’est encore plus débile que déloyal.

On n’échappe pas à une BD (les jeunes ne « lisent » que ça…), annexe pédagogique du dossier, exercice difficile dont se tirent plutôt bien le dessinateur Benjamin Reiss (ils n’ont pas pris le plus mauvais) et la scénariste, par ailleurs photographe, Muriel Chaulet. Cela dit, inutile, à mon avis, d’émailler les propos des enfants de « Ben », « T’as raison », « Waouh ! », « Mouais »… Il y a ce qui se dit. Ce qui s’écrit. Et ce qui est écrit pour être dit : cela s’appelle un dialogue. Et dialoguiste est un métier.

En français dans les textes !

Je lis, je relis, je vais, je viens de page en page et brusquement, c’est la sidération : pour l’essentiel, les textes sont écrits en français ! Peu ou très peu de novlangue (point de « du coup » ou de « parce que voilà« , sauf rares exceptions, utilisation d’adjectifs autres que « compliqué » ou « incroyable »), quasiment pas de nov-vertlangue (vous savez : cela consiste à inventer un mot incompréhensible quand il en existe un, simple et clair, pour dire la même chose).

Et surtout, l’équipe rédactionnelle passe à travers les mailles de l’écriture inclusive. Par d’habiles périphrases et autres contournements. Chapeau ! Mais ne le répétez pas. Ces plumitifs résistants de l’ombre risquent de se faire souffler dans les bronches…

Arrive la rubrique des arrondissements. Et là, on se dit : ça va, on n’a pas tout à fait fini de se tenir les côtes. C’est que dans leurs pages, les élus de proximité ont la plume sur le cou. Et ça fait la différence. Excepté le 2e et le 6e, évidemment, tous pratiquent l’écriture inclusive. Moi qui commence à m’y connaître, je peux maintenant vous dire qu’il y a deux courants.

Les inclusifs canal historique, ou inclusifs intégristes, qui n’hésitent pas à écrire « des habitant.e.s », « les élu.e.s », « nous sommes attaché.e.s », « citoyen.n.e.s »… ; ce sont Yasmine Bouagga (1er), Rémi Zinck (4e), Nadine Georgel (5e), Olivier Berzane (8e) et Anne Braibant (9e) ; tous nos compliments !

Deuxième courant, les Inclusifs modérés, dont on sent qu’ils ont un peu honte mais qui veulent bien faire un effort par esprit de corps ; ils se résignent à écrire « aux habitantes et aux habitants », « toutes et tous », « fortes et forts »… ; ce sont Véronique Dubois-Bertrand (3e) et Fanny Dubot (7e) ; tous nos encouragements ! Mais faites attention à vous : vous êtes à la limite de la dissidence.

Sur les contenus – pour faire court – Rémi Zinck (4e) nous dit en substance que sa réinvention de la Croix-Rousse avance bien et Yasmine Bouagga (1er), que le printemps sera « vibrant dans la nature et dans la démocratie« , ce qui n’est pas rien. Véronique Dubois-Bertand (3e) nous révèle que « la concertation sur l’extension de l’esplanade Mandela se poursuivra jusqu’à l’automne« , il faut bien ça, et Fanny Dubot se demande « Quel 7e pour aujourd’hui et demain ?« , va savoir…

Citoyen, rappelez-moi vot’Lyon ?!

Maintenant, avouez que vous attendiez dans la fièvre de savoir comment s’intitulerait ce nouveau périodique municipal. Désolé, on ne sait pas encore. Pour la raison qu’on nous demande, à nous le peuple, de choisir (sur lyon.fr). Comme si on n’avait que ça à faire. Enfin choisir…, parmi quatre noms déjà cloués. Affligeant de démagogie, d’absence de créativité et de conviction.

Car quand on prétend en avoir, des convictions, trouver le nom de son média porte-parole doit aller de soi. Relever de l’évidence. Pas de « j’aime, j’aime pas… ». Dans le cas présent s’impose, à mon avis, une stratégie de la rupture. Moyennant quoi, ce sera : Lyon Citoyen (pour changer) ou Lyon Citoyenne (on les voit venir) ou Lyon c’est vous (franchement stupide) ou Au fil de Lyon (ça, c’est ce qu’on appelle en com le repoussoir).

Eh bien vous allez rire (!) : pour moi, l’accroche la moins débile me paraît être Lyon Citoyenne.

Non par féminisme mais par respect de la grammaire. Lyon dénomme une ville donc Lyon est du féminin. « Ils.elles » devraient être « content.e.s » à l’Hôtel de Ville ! Mais à vrai dire, aucun de ces noms n’est pertinent. S’est-on demandé : quel est l’axe (= que veut-on exprimer ?) ? Quelle identification veut-on véhiculer à travers le nom du média ? J’observe que tous les maires veulent absolument que le nom de leur ville figure dans celui de leur canard. Comme si les Lyonnais ne savaient pas que leur ville s’appelle Lyon.

Le périodique municipal est l’expression d’une institution, la Ville, et parle d’un « territoire » (urbain), la ville. La nouvelle équipe – écologiste alliée à l’extrême gauche – peut légitimement prétendre qu’elle a conquis la Ville. Et qu’elle a de la ville une conception qui lui est propre. C’est cela que doit inclure et affirmer le nom de la publication institutionnelle : son identité, son champ d’action, sa spécificité.

Implicitement : « la ville telle que nous la concevons » et « telle que nous sommes les seuls à pouvoir le revendiquer« . Voilà pourquoi je dénommerais mon nouveau périodique LA VILLE (comme il y a Le Monde, toutes proportions et prétentions gardées), en lettres capitales et pleine largeur, avec quelque part à la Une, le logo officiel de la Ville de Lyon. C’est cadeau. Mais ils ne le prendront jamais. Sauf peut-être si l’idée vient d’eux ; je suis prêt à le jurer si ça peut rendre service….

Allez, en progrès mais on va continuer d’être « attentif.ve.s ». La prochaine fois, on plume un ou deux canards d’arrondissement.

La Pastèque d’honneur Lyon People        

Éminemment symbolique des écolos alliés à l’extrême-gauche – vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur -, la pastèque matérialise avec éclat l’hommage que, désormais, Lyon People veut rendre à « l’intervenant.e le.la plus innovant.e » dans le champ fécond de la nov-vertlangue municipale.

Aujourd’hui, la Pastèque d’honneur est attribuée à Nadine Georgel, maire du 5e arrondissement, qui, dans l’édition Printemps 2021 de Lyon Citoyen p 35, écrit sans hésiter : « Face à la crise démocratique, nous accordons de nouveaux droits aux citoyen.n.e.s, droit de pétition, référendums d’initiative citoyenne…« . Alors là, il faut vraiment avoir de l’estomac. D’où la pastèque.

1 – Ces droits ne sont pas nouveaux.
2 – Non, Madame, une maire d’arrondissement n’accorde pas de droits ; elle ne fait pas la loi, elle l’applique. En tant qu’élue (locale) de la République, vous devriez le savoir. Et ne pas attendre que ce soit Lyon People qui vous rappelle les limites de vos prérogatives. En même temps, comme dit l’autre, ne dramatisons pas : vous nous avez bien fait rire. Et ça n’a pas de prix.

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