Par Marco Polisson

Ce serait un signal remarqué et un symbole fort si Christelle Guyot et Marie-Hélène Mathieu étaient élues dimanche soir, à l’occasion du second tour des élections municipales. Avec une belle dynamique entre les deux communes à la clé.

Si le résultat ne fait guère de doute à Saint Didier au Mont d’Or tant l’avance de Marie-Hélène Mathieu est conséquente, autant le suspense est de mise à Saint Cyr. Mais l’annonce du retrait du 3eme candidat en lice Gérard Frappier est de nature à inquiéter Patrick Guillot, le dauphin (malgré lui) du maire sortant Marc Grivel (42,33% des suffrages au premier tour).

Candidat à l’insu de son plein gré

Il faut remonter un an en arrière pour comprendre pourquoi Patrick Guillot n’a pas été élu dès le premier tour et le psychodrame qui se joue depuis à Saint-Cyr au Mont d’Or où le consensus est normalement la règle. Quand, en mai 2019, Marc Grivel décide enfin de s’occuper de sa succession, il réunit autour de lui ses adjoints et conseillers Sabine Chauvin (Petite enfance et éducation), Gérard Frappier (transports et énergie), Véronique Zwick (affaires sociales) et Patrick Guillot (économie locale).

Devant ce petit comité, Patrick Guillot déclare ne pas avoir les épaules assez solides pour tenir la mairie de Saint-Cyr.

Et Marc Grivel d’acter avec ses adjoints que Gérard Frappier, cadre retraité de l’EDF (photo ci-dessus) conduira la liste de la majorité sortante. Avant de se raviser dès le lendemain alors que son conseiller délégué aux transports s’est envolé au Pérou pour les vacances. Pendant cet intermède sud-américain, le maire sortant parvient à convaincre Véronique Zwick de conduire la liste.

Pourquoi Marc Grivel a-t-il changé de monture ? « Il s’est rendu compte qu’il parviendrait sans doute plus facilement à influencer Véronique que moi ! » analyse Gérard Frappier, connu pour sa rigueur et son intégrité. « Quand je prends un dossier en main, je ne le lâche pas ! Rien à voir avec les coups fourrés du maire sortant ! » Dégoutté, Gérard Frappier décide de monter sa propre liste en juillet 2019.

Nouvelle volte-face d’un maire aux abois

Dans la majorité municipale, la volte-face de Marc Grivel a laissé des traces. La campagne peine à démarrer car tout le monde se rend compte que « laisser la mairie à Véronique Zwick aurait été une catastrophe. » En décembre 2019, alors que les critiques pleuvent sur la nouvelle bibliothèque construite en lieu et place du poumon vert du centre village (photo ci-dessous), Marc Grivel se déjuge une nouvelle fois en destituant Véronique Zwick et en adoubant… Patrick Guillot ! Ce dernier se sentant à nouveau en pleine confiance.

« Je n’ai plus aucun respect envers Marc Grivel. Il a trahi et n’a pas de parole » souligne aujourd’hui Gérard Frappier, en analysant rétrospectivement pour Lyon People, la campagne du premier tour. C’est peu dire qu’elle n’a pas été un long fleuve tranquille :« J’ai eu droit à tous les ragots sur ma personne. Tout était bon pour me salir ! » Cela suffit-il à expliquer son petit score au soir du premier tour ?

Il détient la clé du second tour

Sur quel candidat les 224 électeurs de Gérard Frappier (11,97%) vont ils se reporter ? L’ingénieur SupAéro de formation ne souhaite pas donner de consignes de vote par respect pour ses colistiers mais souhaite ardemment « voir les choses changer et faire émerger une équipe nouvelle ». Fin de citation.

Nul besoin d’un décodeur pour lire entre les lignes, c’est bien Christelle Guyot qui coche toutes les cases. Les deux listes réunies pèsent 44,57%. Mais addition n’est pas raison : certains de ses électeurs choisiront sans doute de se reporter sur la liste de la majorité sortante et sur la liste divers gauche de Jacqueline Mantelin-Ruiz qui se maintient, après avoir rassemblé 13,09% au premier tour (soit un élu ou deux en espérance de vie).

Les trois candidats encore en lice – Photos DR

Guyot contre Guillot

C’est donc sur la mobilisation de l’électorat abstentionniste du premier tour que Christelle Guyot compte pour l’emporter. Face à la dérive idéologique et opportuniste du maire sortant (lire encadré ci-dessous), elle a pour elle d’être restée fidèle à ses convictions de femme de droite alors que Marc Grivel louvoie depuis 2014 pour conserver ses indemnités de premier vice-président à la Métropole et sa voiture avec chauffeur. Bien malin celui qui peut citer une seule de ses réalisations métropolitaines en 6 ans de mandat !

« En 2014 il vote Gérard Collomb plutôt que François-Noël Buffet pour la présidence, puis après s’être fait banané pour n’avoir écouté que lui-même, il trompe de nouveau ses électeurs et devient l’allié de David Kimelfeld (socialiste). Il essaye de nous faire croire qu’il a lâché sa commune mais il est toujours sur la liste tapie dans l’ombre… Au cas où ! » cingle la jeune femme sur son compte Facebook.

Des pratiques d’un ancien monde que l’électorat saint-cyrôt aura sans doute à cœur de sanctionner en tournant définitivement la page dimanche.


POUR MEMOIRE
Marc Grivel
Le dindon de la farce (bis) ?
Elu sur une liste de droite en 2014, Marc Grivel et le groupe des maires DVD Synergies n’ont pas tardé à rallier l’encore socialiste Gérard Collomb pour obtenir des postes de vice-président avec chauffeur au Grand Lyon. Une « collaboration » qui n’a pas manqué de faire réagir leurs électeurs. Pour les remercier, lui et ses compères, Gérard Collomb n’a pas trouvé mieux que de les faire disparaitre de la future assemblée métropolitaine en instituant un scrutin au suffrage universel direct.

Désormais, les maires des petites communes ne siègeront plus automatiquement à la Métropole qui décidera donc de l’avenir de leur commune… sans eux !

Marc Grivel a eu beau taper du pied, rien n’y a fait. Il s’est retrouvé le dindon de la farce électorale à laquelle il avait participé ! En représailles, il a décidé de soutenir le dissident David Kimelfeld qui l’a propulsé tête de liste aux élections métropolitaines sur la circo du Val de Saône. Ira-t-il jusqu’à pactiser avec les Verts ? A Saint-Cyr, il a décidé de créer son propre hologramme en la personne de son ancien adjoint, PatrickGuillot. De façon à garder la main sur sa commune.