Par Goupil Lettré

Quand la communication municipale lyonnaise supplée à l’action, on peut espérer – au moins – qu’elle soit de qualité. Eh bien même pas… A commencer par la langue. Bien sûr, on ne peut contester à cette communication les vertus hilarantes du comique qui s’ignore. Mais est-ce bien son rôle ? Et n’y a-t-il pas un risque de contagion ? Décodage immédiat, dans ce chapitre 3, des vœux perchés des maires d’arrondissement de Lyon.

Allez. Assez broyé du vert. Essayons d’aborder 2021 avec un peu d’optimisme (et un mois de retard) : allons nous ré-imprégner des vœux bienveillants de nos élu.e.s les plus proches. Il était temps car ces vœux pourraient être retirés des sites des arrondissements. Heureusement que je suis là ! Quand je songe aux Lyonnais.e.s qui auraient pu passer à côté : qu’ils se rassurent, j’avais pris des notes.

1er arrondissement

Maire du 1er arrondissement, Yasmine Bouagga nous souhaite, entre autres, « des imaginaires déconfinés ». Stop ! Voilà que ça recommence ! Cas typique (et, je le crains, cas contact) du variant nov-vertlangue ! Moi qui espérais oublier tout ça… J’y reviendrai plus loin dans cet article, laissez-moi le temps d’absorber le choc. D’autant plus que d’autres chocs suivent en rafale…

Ainsi, pour nous faire comprendre l’importance que revêt l’implantation du premier verger urbain dans l’arrondissement, l’adjointe à l’environnement, Laurence Hugues, nous explique que l’événement est symbolique de « la ville comestible« . Cas typique du variant. L’expression ne veut rien dire. A tout le moins est-elle impropre. Car au pied de la lettre, elle fait peur. Je nous imagine aux hors d’œuvre attaquant à pleines dents les bordures de trottoir, puis nous abreuvant dans le Rhône pour faire glisser tout ça…

2ème arrondissement
Dans le 2e, édito vite fait, très court (ça, c’est un bon point) mais sans doute peu passionnant car je n’ai aucun souvenir de son contenu, faute de notes (j’ai été négligent) si ce n’est à propos de la signature : « Pierre Oliver, le Maire du 2e arrondissement« . Eh bien non. Cette formulation peut constituer le début d’une narration, exemple : « Pierre Oliver, le Maire du 2e arrondissement, joggait joyeusement sur les berges d’Ainay quand tout à coup….« . Pour une signature, on s’en tiendra à : « Pierre Oliver, Maire du 2e arrondissement« . Afin de bien comprendre, imaginez que le docteur François Pignon signe : « François Pignon, le médecin« … C’est tout aussi inepte.

3ème arrondissement

Dans le 3e, c’est un vrai sketch qui m’attendait. Et en vidéo, petit veinard ! Mme la Maire, Véronique Dubois-Betrand, nous présente ses vœux ; les adjointes et adjoints se succèdent et nous présentent leurs vœux. Arrive le tour de Nicolas Planchon, adjoint à l’économie sociale et solidaire. Fini de rigoler. Droit dans ses bottes et dans nos yeux, Planchon (qui n’est pas sans nous rappeler un homme de théâtre) déclare : « …transformer les consommateurs particuliers en acteurs du bien public, comptez sur notre volonté pleine plutôt que sur des vœux pieux« . Et vlan !, maintenant, mes cher.e.s collègues, vous savez ce que j’en fais de vos vœux… L’histoire ne précise pas si l’un.e des cher.e.s collègues a tenté de s’interposer : « mais enfin, Nicolas, tu ne peux pas dire ça, pas comme ça…« .

Attendez, ce n’est pas fini. Voici que surgit Margot Sanchez, adjointe aux mobilités, qui affirme sans prévenir : « avec sa gare TGV, le 3e arrondissement est un accélérateur de déplacements » ; à ce niveau de profondeur de pensée sur les rails, je suis – si j’ose dire – sans voie. A mon avis, on augure d’un futur traité – Les pensées de Margot – qui aura tôt fait de reléguer Blaise Pascal aux bas-fonds des ralentisseurs de pensée. Puis, Mme la Maire reprend la parole. Il le fallait pour remettre un peu de pertinence et trouver les mots justes ; bien lui en prend : « en 2020, nous avons posé la première pierre du verger urbain au parc Kaplan« . On ne se refait pas. Même écolo, un.e élu.e se veut toujours bâtisseur. Tout de même, le service Espaces verts de la Ville de Lyon n’a pas plus tôt fini son boulot qu’on lui met une pierre dans le jardin… Comme aurait dit Michel Audiard, « je ne critique pas le côté farce mais question fair-play, il y aurait à dire« …

Complètement secoués

4ème arrondissement

Dans le 4e, on peut dire que Rémi Zinck (vous savez, le nouveau maire qui est en train de réinventer la Croix-Rousse) a la reconnaissance tenace. Le 12 février encore (je ne suis pas retourné.e sur le site depuis lors parce qu’à la longue, je fatigue…), il me remerciait toujours, en tant qu’électrice-teur, d’avoir voté pour lui. A quoi je lui réponds volontiers : je vous en prie, c’est tout… naturel. A quoi il enchérit en s’engageant à être « le maire de tous les Croix-roussien.ne.s« . On ne va pas lui donner tort puisque, pour tout dire, c’est la loi.
> Les vœux en slam du maire Rémi Zinck sont à voir ici. Bonne séance… de rigolade

5ème arrondissement

A la mairie du 5e (en ligne), Mme la Maire Nadine Georgel nous souhaite « des fêtes de fin d’année sereines et chaleureuses« . Pas encore de vœux. Ce sera pour mars, sans faute(s).

6ème arrondissement
Dans le 6e, le maire, Pascal Blache, nous invite à « prendre soins de nous et de nos proches » ; classique et de bon goût, un brin familial sans être familier, bref, très Brotteaux. Le tout, en parfaite ignorance de l’écriture inclusive et ça, on a beau dire, ça repose.

7ème arrondissement

On en arrive au 7e et là, tout bascule ! Le pire est arrivé. Mme la Maire a beau nous ménager : « semons les liens de demain » (il me faudra quand même un tuto jardinier pour m’expliquer quelle semence et quelle technique…), elle enchaîne sans transition : « la crise de la covid nous a profondément secouée… », au point d’accorder le participe passé employé après l’auxiliaire « avoir » avec le sujet.


A moins que Fanny Dubot utilise le « nous » papal, auquel cas, le « e » peut s’expliquer. Mais il manque un « s ». Je suggère : « la crise de la covid, ça a été une sacrée secousse ; et ce n’est pas fini. Mais heureusement, nous semons les liens de demain« . N’hésitez pas à me demander quand vous avez une hésitation. Encore faut-il hésiter, bien sûr…

8ème arrondissement

Le maire du 8e, lui, n’hésite pas. Dans son édito, Olivier Berzane nous souhaite de « bonnes vacances d’été ». Moi, je dis, il a raison de s’y prendre en février, cet homme-là. D’ici là, nous serons peut-être tous vaccinés, le covid sera vaincu, nous passerons enfin de bonnes vacances… d’été. Et ce sera un peu grâce à lui.

9ème arrondissement

Dans le 9e, enfin, la maire, Anne Brabant, nous demande « d’interroger nos déplacements« . Ce que j’ai fait immédiatement, tu penses. Et même de façon musclée, à la limite de la violence policière. Je n’ai eu que des bribes de réponses embarrassées. Alors que je le rudoyais un peu, un déplacement m’a dit dans un râle : « si tu veux savoir si tes moyens de transport sont adaptés à tes déplacements, dis-le clairement, au lieu de cette formule absconse, complètement… déplacée« . Le bon sens, en somme…

Mon imaginaire était confiné et je ne le savais pas

Et puis soudain ! après avoir enfilé toutes ces perles, le remord m’étreint : « tu n’as pas honte, petit.e péteux.s.e ?, c’est un peu facile d’extraire des phrases de leur contexte et de prétendre ridiculiser leurs auteurs… Pour qui te prends-tu ? Pour Monsieur. Madame Je sais tout, pour le.la correcteur.trice universel.le ? Un peu d’humilité, s’il te plaît, essaie d’aller au fond des choses, essaie de comprendre avant de prétendre défendre la langue commune dont, soit dit en passant, on n’a rien à f…« . Mea culpa.

Aussi, reviens-je en arrière pour réécouter, l’esprit ouvert et bienveillant, les vœux de Mme la Maire du 1er arrondissement, Yasmine Bouagga. J’avais bien entendu. Elle me souhaite, entre autres, « des imaginaires déconfinés« . Alors je me dis : tu as promis, fais un effort, sois ouvert, concentre-toi. Concentration haute fréquence poussée au maximum, je constate :
1) Que le président de la République et le Premier ministre sont très méchants avec moi parce qu’ils m’interdisent, sous prétexte qu’il y a une pandémie mortelle, de faire des choses que je voudrais faire. Quand j’étais petit, j’étais déjà comme ça ; je disais : il pleut, c’est pas juste.
2) Qu’à partir de là, surtout en période de quasi-confinement, il me reste une chose qui n’appartient qu’à moi (je veux dire : à chacun.e de nous) : le rêve, l’imagination, l’imaginaire comme on doit dire désormais. Toutes choses dont je ne savais pas qu’elles étaient confinées, sinon, tu penses, j’aurais immédiatement cessé de rêver et d’imaginer, discipliné.e que je suis. Reste une question qui me taraude : pourquoi la Maire du 1er me souhaite-elle (ainsi qu’à chacune et à chacun de nous) « des imaginaires déconfinés » ? Peut-être parce qu’elle-même a confiné son imaginaire, croyant se conformer aux directives sanitaires les plus strictes ? C’est sûrement ça. Car il faut vraiment manquer d’imagination pour formuler un vœu pareil. Voilà, j’ai essayé d’analyser, de cesser de me focaliser sur la première impression, souvent source d’incompréhension. En retour, on souhaiterait que celles et ceux qui s’adressent à nous…, comment dire ? Réfléchissent avant de parler. Quelle belle marque de respect ce serait !

Allez, en progrès mais on va continuer d’être attentif.ve.s. La prochaine fois, revue générale des magazines des arrondissements à moins que le nouveau périodique municipal ne fasse sa première apparition dans ma boîte aux lettres ; dans les milieux autorisés, on en murmure grand bien. Mais tôt ou tard, les magazines d’arrondissement y passeront aussi.