Par Goupil Lettré

Quand la communication municipale lyonnaise supplée à l’action, on peut espérer – au moins – qu’elle soit de qualité. Eh bien même pas… A commencer par la langue. Bien sûr, on ne peut contester à cette communication les vertus hilarantes du comique qui s’ignore. Mais est-ce bien son rôle ? Décodage immédiat dans ce chapitre 2.

Il y a quelques semaines, je découvre en ligne sur lyon.fr la brochure « Lyon, vos nouveaux élus, leurs fonctions, leurs projets ». Tiens ?, me dis-je, y aurait-il eu de nouvelles élections en novembre dernier ? On m’apprend que non. La nouvelle équipe prend son temps. C’est tout. Ressentant la légère frustration du feuilletage en ligne, je me dis : vivement que je reçoive la version papier dans ma boîte aux lettres ! Quelques jours passent. Rien.

Pas grave, me redis-je, je trouverai la brochure dans quelques stations de métro puisque ces trois dernières années, le « municipal news mag » dénommé, je crois, Lyon-Citoyen, était aussi « subway dispo ». Soit dit en passant, le procédé avait de quoi agacer le contribuable lyonnais à l’idée de financer la diffusion d’un média municipal sur une zone de chalandise métropolitaine. Et le voyageur métropolitain (venu de Caluire, Saint-Priest, Vénissieux…, si, si, il y en a dans le métro) de se voir proposer un média qui ne lui est pas destiné. Bon. Fini, tout ça. N’empêche qu’à l’époque, le très regretté Coluche aurait pu dire : « voilà une gestion des fonds publics qu’elle est bonne ! « . Et moi d’ajouter : et attaquable devant le Tribunal administratif…

Le prix s’oublie…

Or donc, je parviens à me procurer la brochure en vrai. Je commence toujours par la fin. Et que vois-je à l’avant-dernière page ? Tirage : 302 702 exemplaires. Bigre ! Pour 220 000 boîtes aux lettres… Quitte à paraître mesquin et près de mes sous, je m’efforce de reconstituer à la louche le budget de la publication. Sans charger la mule. Quarante pages quadri format news-mag à 300 000 exemplaires (arrondissons), maquette, montage, impression, diffusion, c’est de l’ordre de quarante mille euros. Non comptés – bon prince – la rédaction et les photos, sans doute réalisées en interne par des salarié.e.s de la Ville de Lyon (sauf peut-être un extra que je soupçonne de n’être pas bénévole) à qui la seule chose qu’on puisse reprocher (mais est-ce leur faute ?) est que pendant qu’ils font cela, ils ne font pas autre chose. Cela dit, trois rédacteur.e (ou trice ?).s et deux photographe.e (ne lésinons pas sur les « e »).s pendant – disons – une dizaine de jours à temps plein, ce n’est pas tout à fait gratuit. Conscient de mon devoir vis à vis du contribuable lyonnais que je suis et pour lequel j’éprouve une certaine compassion, je me mets à dévorer mes « Nouveaux élus, leurs fonctions, leurs projets ». Et j’avoue que je ne parviens pas à m’en rassasier.

En somme, je les ai payés cher mais j’en ai pour mon argent.

Couverture de fond vert où se dessine au trait blanc la façade principale de l’Hôtel de Ville, très légèrement arborée à sa base…, on appréciera, à travers cette fiction futuriste à peine dévoilée, la subtilité de l’allusion à la couleur politique de qui gouverne désormais dans la grande maison (pour un peu, je l’appellerais volontiers le Petit livre vert…). Puis double page pour l’édito du maire, normal. On peut y lire en tête de colonne : « 22 août 1973, naissance de Grégory Doucet à Paris » ; un peu comme « 25 décembre année zéro, naissance de Jésus de Nazareth à Bethléem. » Et l’on a l’impression sidérante que de ce jour, la terre a cessé d’être plate. Passons. Le maire, ou sa plume, s’exprime avec clarté. Son discours est construit. Il pratique une dialectique de la démonstration. Cela dit – à l’impossible nul n’étant tenu – il ne peut se dispenser de quelques concessions aux clichés de la novlangue. Il paraît que « Lyon… a su se réinventer à chaque époque » (et Lyon qui ne s’en doutait pas…), et qu’il faut « agir sur le temps court et le temps long« . Alors là, on met le doigt sur du très lourd.

Temps long : la grosse commission

Lourd mais cohérent. A la double page suivante, on apprend que Chloë Vidal (ci-dessus), adjointe, entre autre, à la « Redevabilité », va créer une commission extra-municipale du temps long. L’ennui est que le temps long (ou court) n’existe pas. Le temps se mesure (de la nanoseconde à l’année lumière), il se découpe en tranches mais il ne s’étire ni ne se rétracte ; le temps n’est pas un élastique entre les mains du « chef de l’aérodrome de Katmandou » (voir Tintin au Tibet) dont le capitaine Haddock s’attend, avec raison, à ce qu’il lui claque à la figure…. Or dans son CV, Chloë Vidal explique qu’elle est chercheuse spécialisée en « prospective ». Donc elle connaît ce terme dont le sens est « qui concerne l’évolution future, le long terme…« . Pour ignorant qu’il soit, je suis sûr – parce que j’en suis – que le peuple serait prêt à entendre ce terme – « prospective » – pour peu qu’on lui explique.

Vous me direz que Voltaire, qui ne passe pas pour un droitiste nauséabond, prescrivait aux gouvernants que : « le peuple n’a pas besoin d’être instruit ; il suffit qu’il soit guidé« .

Certes. Mais lui donner en pâture du « temps long » au prétexte que « prospective » ne parviendra pas jusqu’à son petit cerveau est insupportable de mépris. Trop de prétendue bienveillance vire à son contraire… Petite pause. Pour s’aérer un peu, on feuillète la brochure dans sa globalité. Soyons justes : c’est du bon boulot. Les élus sont présentés non dans l’ordre du tableau électif mais par binômes et même trinômes afin d’exprimer, j’imagine, l’interaction et la cohérence des délégations, une double page par compétence, des textes calibrés au rasoir…, quand on veut on peut bien. Mais c’est toujours par la langue, trop souvent approximative et euphémique, usant de terme « réinventés » alors qu’il en existe un, sans doute trop simple, trop clair et trop peuple pour désigner la même chose…, c’est toujours par la langue, disais-je, que le locuteur finit – après tout, moi j’ai le droit de m’exprimer comme je veux car je ne le fais pas au nom d’un service public – par vous les briser grave.

Sans anesthésie

Ainsi l’on apprend page 4 que le rôle des conseils de quartiers va être renforcé « afin qu’ils deviennent des lieux de projets citoyens… ». Un conseil de quartier n’est pas un lieu mais une instance ; c’est la salle où il se réunit qui est un lieu. Je sais bien que certains députés disent – et pire : le croient – que l’Assemblée nationale est un lieu de débat démocratique, lieu qu’ils confondent avec le palais Bourbon. Alors en effet, au point où l’on en est…

Double page suivante, photo (de gauche à droite) de Sylvain Godinot et Audrey Henocque. L’inclusivité (et poum !, j’invente des mots, moi aussi) ne s’applique pas aux images ; le monsieur peut passer avant la dame. Suffit de le savoir. Autrefois, on appelait ça de la muflerie. Mais c’était des décennies « en arrière« , comme on dit en novlangue. Puis, avec le sourire, l’adjoint à la transition écologique nous annonce sans anesthésie qu’il n’y aura pas de transition : « Ce mandat est le dernier pour agir en faveur du climat« . Donc après 2026, il sera inutile de continuer d’agir. Là, on va me tirer par la manche : « Arrête un peu de chipoter, on comprend ce qu’il veut dire« . Mais moi aussi je comprends ce qu’il « veut » dire. Alors pourquoi ne pas le dire clairement ? C’est tout le problème de la novlangue, dont les racines plongent dans les abysses des chaînes d’info continue low cost et dans le coaching pré-interview des footballeurs professionnels. D’ailleurs, ça ne traîne pas : dès la page 7, on nous renvoie à la page 14 pour en savoir plus sur le « budget genré« . Genré, participe passé de genrer, n’existe pas pour la raison que le verbe genrer n’existe pas non plus. Sauf peut-être sur Wiktionnaire qui est sans doute la référence en novlangue mais pas encore en français. Et le Robert 2020 ? Je ne veux même pas vérifier, craignant le pire…

Lecteur, au secours !

Page 8, j’avoue avoir une petite interrogation sur le fond. « Côté TCL, de nouvelles lignes de tram, notamment sur les berges du Rhône, vont accompagner le développement…« . Ai-je bien lu ? C’est Collomb qui va être content, lui qui a mis quatre ans à supprimer les parkings et reconquérir les rivages du fleuve au profit des piétons et des « modes doux » (on utilisait déjà l’expression en ces temps arriérés mais on dissociait « transports en commun » de « modes doux »). Vérification faite sur les sites de Sytral et des TCL, pas trace d’un projet pareil. Mais j’ai des doutes et pour tout dire : j’ai peur. Je suis, évidemment, un fervent partisan du tram. Mais pas là. Or peut-il y avoir erreur sur la formulation « nouvelles lignes de tram, notamment sur les berges du Rhône » ? Toujours l’approximation ? A ce point-là ? Ô lecteur, si tu sais quelque chose, réponds-moi ! Comme dirait le vieux fou : « lecteur, au secours !« .

Approximation toujours. Dans ce domaine, le Petit livre vert est inépuisable. Page 12, l’adjointe à l’éducation Stéphanie Léger nous dit que « Dès la rentrée de septembre, 12 écoles ont vu leurs abords piétonnisés, l’occasion pour eux de se réapproprier cet espace public« . Comme on va peut-être l’enseigner dans ces écoles, ce n’est pas une occasion (par essence éphémère donc provisoire) mais une opportunité. De plus, un abord ne se réapproprie rien. Bien sûr que j’ai sorti la phrase de son contexte ! Mais formulée correctement, une phrase doit fonctionner y compris hors contexte. L’en sortir est même un test de relecture. Encore faut-il relire. Eh bien, en relisant le paragraphe, on déniche l’expression « des besoins de nos enfants » trois lignes plus haut. Dans l’esprit du locuteur, ce sont donc les enfants qui ont « l’occasion de se rapproprier cet espace public« . Dans son esprit seulement. Car syntaxiquement, ça ne tient pas.

A la même page, Tristan Debray ajoute : « rendre la ville aux enfants, c’est la rendre à tous les habitants et habitantes« . Bel effort d’écriture inclusive mais, cher Tristan, vous n’avez pas encore bien assimilé le concept. Comprenez-moi : je ne vous gronde pas, je veux juste vous accompagner avec bienveillance dans votre parcours de construction rédactionnel et inclusif, comme dit la novlangue en toute simplicité. Avec votre « tous » en tête, c’est encore le masculin qui l’emporte. Et ça, c’est très mal. Soit l’on écrit « tous les habitants et toutes les habitantes« , soit mieux « toutes les habitantes et tous les habitants » soit encore le top : « tous.t.e.s les habitant.e.s« . C’est très bien d’avoir essayé, cher Tristan. Mais vous pouvez mieux faire.

Page 14, comme promis, Florence Delaunay (ci-contre) souhaite nous éclairer sur ce qu’est un « budget genré« . Compte tenu de ce que j’ai expliqué plus haut, ne me faites pas dire « un budget qui n’existe pas« , ce serait petit. Or donc : « La collectivité va désormais s’interroger sur l’impact de chaque investissement sur les inégalités femmes – hommes« . Et concrètement ? Un exemple, peut-être ? Cela nous éclairerait… Non ? Ah bon. Eh bien moi, pas comprendre. Mais ce n’est que moi. Et je suis conscient de mon étroitesse d’esprit. Donc pas grave. Tout le monde a compris sauf moi.

Maire de nuit

Au chapitre de la sécurité, Mohamed Chihi se propose de « répondre aux nuisances sonores…« . Moi, quand on me parlait mal, maman me disait : « ne réponds pas« . Là encore, on comprend ce que « veut » dire l’adjoint. Mais pourquoi n’être pas clair et précis ? Pourquoi ne pas dire : «  pour enrayer, lutter contre, mettre un terme à… » voire  « dissuader, prévenir…  » ? Mystère. Mais l’adjoint à « Une ville sûre pour toutes et tous » a d’autres projets. « Mettre en place un conseil lyonnais de la nuit où le maire de nuit de chaque arrondissement coordonnera les actions contre les nuisances« . Aux temps reculés de la municipalité précédente, quand la terre était encore plate, il me semble qu’il existait jour et nuit, week-ends, vacances et jours fériés un adjoint d’astreinte. Ah mais !, ça y est, j’ai compris : ce n’était qu’un.e adjoint.e., pas un.e maire.e… Tout est à réinventer, tout se réinvente… D’après son CV, l’adjoint a, je le cite « le goût du savoir« . Alors ça va, on est rassuré. Il saura bientôt.

Aux antipodes, reconnaissons que Madame l’adjointe à la culture (page 18) s’exprime bien (j’ai l’air de juger, comme ça, mais je ne fais qu’exprimer une impression personnelle, je ne me permettrais pas…). Qui plus est : en français. Et de plus, Nathalie Perrin-Gilbert milite pour « une culture émancipatrice« . Belle opportunité de nous émanciper de l’omniprésence de la novlangue, y compris dans les supports municipaux. Ce serait une belle forme de solidarité culturelle que de nous sensibiliser, par exemple lors de petites séances de formation gratuites dans les bibliothèques et autres établissements socioculturels, aux dangers de la langue des réseaux sociaux, des médias d’information continue, des footballeurs en interview, des doctrinaires de toutes les couleurs qui se croient autorisés à s’affranchir de la langue commune. Ce sont les enseignants qui apprécieraient d’avoir ainsi un petit coup de main, de se dire que leur effort d’une journée ne va pas être anéanti en quelques minutes après la sortie de l’école… On peut rêver…

Tiens : « échanger« , le verbe devenu favoris des politiques pour dire « dialoguer« , « parler à » ou « avec » (peut-être un trop peuple) et surtout « avoir un échange« … On apprend à l’école qu' »échanger » est un verbe transitif, c’est-à-dire qui appelle un complément d’objet, donc ne peut être employé seul (comme parler) ; exemples : « échanger une veste contre un pantalon » ; « échanger des propos« … Une fois sorti de l’école, on lit dans le Petit livre vert de la Ville de Lyon (page 20) que « les rencontres avec les acteurs sociaux… ont permis d’échanger sur leur vie quotidienne…« . Alors l’élève dit : « mais je croyais que... » ; et nous, les adultes : « mon grand, l’école, c’est école ; la vraie vie, c’est la vraie vie« . « Ah bon ; oui mais c’est une brochure de la Ville de Lyon, quand même » ? Oui mais bon. « Ah bon« .

Mention spéciale

Pour en revenir à l’écriture inclusive – encore ? -, eh bien oui, désolé, elle n’est pas encore bien assimilée par toutes et tous. Page 23, Alexandre Chevalier écrit « les seniors doivent continuer à participer à la vie de la société et à la vie commune comme n’importe quelle Lyonnaise ou Lyonnais« . Là, cher Alexandre, non seulement la formulation est gravement bancale mais c’est le féminin qui l’emporte. C’est moins grave que si c’est le masculin mais cela montre néanmoins la fragilité de la doctrine. Sur ce sujet délicat, je vous renvoie à mes remarques antérieures qui pourront peut-être vous aider à vous y retrouver…

Mention spéciale pour Céline de Laurens. La double page (26 et 27) de l’adjointe à la santé est un modèle de clarté, de précision et de cohérence. Peut-être est-elle bien secondée. Pas une seule concession à la novlangue. Sans doute parce que ce qu’elle a à dire est important. Et qu’elle le dit avec conviction mais sans emphase. Seul bémol : « notre rapport au vivant« . Et oui, il y a longtemps qu’on l’a oublié : on ne dit pas le rapport « à » mais le rapport « avec ». On confond avec l’expression « par rapport à« . Mais la faute est dans une citation du maire… Céline de Laurens n’y est pour rien. Bien des adjoint.e.s devraient s’inspirer du discours de leur collègue en charge de la santé. Ce serait un bon début de thérapie pour leurs insuffisances lexicales et grammaticales.

Puisque je joue à mettre des notes, je décerne un A (mais pas A+) à Bertrand Maes pour avoir écrit, comme je l’ai recommandé, que la conférence des maires d’arrondissement sera « une nouvelle instance« . Et non « un nouveau lieu« . C’est bien, Bertrand. Mais voilà que l’adjoint à l’administration générale, lui aussi, se prend les pieds dans le tapis de l’écriture inclusive. Il écrit « les Lyonnaises et les Lyonnais » puis, un peu plus loin « les habitants et habitantes » ; là, c’est le masculin qui l’emporte. Et comme je l’ai déjà dit et redit, c’est très mal. Voilà pourquoi je ne lui administre qu’un A et non un A+.

Arrondissements : il faut ré-in-ven-ter !

On passe ensuite (pour ne pas dire : enfin !) aux pages dévolues aux maires d’arrondissement. Comme ce sont de petit.e.s maires par rapport au grand, ils ont chacun.e. un petit espace. Un quart de page. C’est normal quand on n’a pas grand chose à dire à l’instar de Yasmine Bouagga (ci-dessus).


Et suffisant, parfois, pour faire sursauter le lecteur… Ainsi Pierre Oliver, nouveau maire (LR) du 2e se montre-t-il très-très beau joueur (pour un LR minoritaire) : « la nouvelle équipe municipale, élue le 28 juin dernier, s’applique déjà à mener à bien une mission prioritaire pour le 2e arrondissement…« . Mais est-ce vraiment ce qu’il a voulu dire ?

Pour être tout à fait au point, la maire du 3e, Véronique Dubois-Bertrand, devra rejoindre, elle aussi, le groupe appelé à suivre une petite formation accélérée en écriture inclusive ; on lit successivement sous sa plume : « … avec toutes et tous » et « aux cotés des habitants et des habitantes« . Alors je le re-redis : que le féminin l’emporte, ce n’est pas grave ; mais que ce soit le masculin, c’est très mal.

Rémi Zinck, quant à lui, veut « réinventer la Croix-Rousse » ; rien que ça !

Ce qu’il y a de plus grotesque, de plus insupportable dans la pratique de la novlangue, c’est de mettre certains termes à toutes les sauces ; pendant que le nouveau maire du 4e réinvente la Croix-Rousse, Cyril Lignac réinvente le chou à la crème et José Bové, les toilettes sèches. Et c’est ainsi que chacun banalise donc dévalorise son action. Dommage pour un élu.

A quelques encablures, nous trouvons le 7e arrondissement qui, lui « a vocation à devenir l’arrondissement du quart d’heure« , selon sa nouvelle maire, Fanny Dubot. Est-ce parce qu’elle ne dispose que d’un quart de page pour s’exprimer ? Aucun rapport puisque ses collègues sont à la même portion congrue. Est-ce parce que ce « territoire » ne lui plaît pas et qu’elle ne compte pas y rester plus longtemps ? Non plus puisqu’elle y siège encore. Alors quoi ? Alors voici : « tout le monde doit pouvoir accéder à des services de qualité près de chez lui« . Qui ça, « lui » ? Maurice ? Dédé ? Et elle ? Excusez Madame la Maire, elle a voulu dire « soi« . En effet, « tout le monde » équivaut à « on« , pronom personnel indéfini à qui ne peut correspondre qu’un autre pronom personnel indéfini (fait pour ça) : « soi« .

Donc, en français : « tout le monde doit pouvoir accéder à des services de qualité près de chez soi« .

Plus précisément, et comme promis : à un quart d’heure. Chiche ! Moi, je serais l’adjoint à la Redevabilité, je dirais à ma collègue du 7e de modérer ses promesses, sauf à se voir demander des comptes dans quelques mois ! Et à la maire du 9e de les clarifier : Anne Braibant (ci-dessous) prévoit en effet de créer dans son arrondissement un « tiers-lieu » ; ne me demandez ce que c’est, je suis trop novice en novlangue. En tout cas, ce qui ne fait aucun doute dans l’esprit de Madame la Maire, c’est que ce « tiers-lieu » est nécessaire. Et puis c’est tout. On ne va pas se mettre à ergoter, ce n’est vraiment pas mon genre…

Faire société ?

Le bout du tunnel étant maintenant presqu’atteint, le Petit livre vert va s’achever par quelques informations pratiques après une ultime étape obligatoire, celle de la libre expression des groupes politiques du Conseil municipal. Globalement, chacun s’est bien appliqué. Certains, plus que d’autres. Ainsi, le président du groupe « Pour Lyon », Yann Cucherat (LREM) estime « primordial de ranimer le désir de vivre ensemble afin de faire société« . On pourrait aussi bien dire « primordial de ranimer le désir de faire société afin de vivre ensemble« . D’autres combinaisons sont possibles. Et ça marche toujours. Peu importe l’ordre des mots, l’important est de les caser.

Mais « faire société » ?! « Faire ses devoirs« , « faire un gâteau« , « faire ses besoins« , « faire son malin« , à la rigueur « faire débat » (puisqu’on admet « faire polémique« ) mais « faire société » ?

D’autres le disent ? C’est bien là le problème : ce que les uns disent, les autres se croient obligés de le répéter. Tel est le principe fondamental de l’expansion de la novlangue. Peut-être Monsieur Cucherat veut-il dire « vivre en société« , mais il est vrai que c’est d’un banal… Et pire encore, on comprend ce que cela veut dire.

Comme quoi, pas besoin d’être Vert pour parler la vert-lan…, pardon : la novlangue. Si chacun y met du sien – et les écrits du Petit livre vert le laissent espérer – à défaut de s’entendre sur les idées, nos élus vont s’entendre sur les mots. A défaut de « faire société« , leur langage est en train de « faire unité« .

Allez, en progrès. Mais on va continuer d’être attentif.ve.s