Par Marco Polisson

Exclusif. Agitation inhabituelle ce dimanche 6 mars 2021 sur les bords de Saône, au nord de Lyon. Un ballet de véhicules de gendarmerie a dérangé les riverains une partie de l’après-midi. Après Rillieux, la Duchère et Bron, la paisible commune de Collonges au Mont d’Or aurait-elle à son tour basculé dans la guérilla urbaine ?

Il est 13h ce dimanche quand les riverains de l’auberge Paul Bocuse sont intrigués par le manège d’un véhicule de gendarmerie en patrouille. Après plusieurs passages, son équipage freine puis stationne devant le restaurant « La Bastide » (photo ci-dessous). Est-ce le signalement d’un voisin ou la présence d’une vingtaine de véhicules (certains de belle facture Mercedes, Ferrari, Bentley, Porsche…) garés devant l’entrée qui ont alerté les pandores ? Il est encore trop tôt pour le dire.

Toujours est-il que les militaires décident d’investiguer et de pénétrer dans le restaurant avant d’en repartir 20 minutes plus tard. A priori, RAS.

Mais ce contrôle d’apparence banale ne va pas en rester là. Il est environ 16h quand les deux gendarmes reviennent avec… du renfort ! Pas moins de 6 véhicules et une quinzaine de militaires en uniforme encerclent le restaurant. Deux véhicules se placent sous les fenêtres de Monsieur Paul. Un de leurs collègues fait de même à l’extrémité du quai de la plage. La souricière est en place, personne ne peut s’échapper, comme on peut le constater sur les photos que nous avons reçues à la rédaction.

Les gendarmes investissent les lieux. Un quart d’heure plus tard, des personnes commencent à sortir du restaurant connu des Lyonnais jusqu’en 2018 sous le nom « Comme en Provence » et repris depuis avec succès par Fabien Chalard et Julien Géliot qui l’ont rebaptisé La Bastide. Selon nos sources, les gendarmes seraient revenus pour contrôler et verbaliser les restaurateurs ainsi que la trentaine de personnes présentes dans la salle de restaurant.

Une fête d’anniversaire privée et non un clandé !

Contactés par Lyon People, les deux professionnels qui possèdent une dizaine d’établissements (dont le célèbre Léon de Lyon avec pour associé Laurent Gerra ) confirment la descente de police mais n’en reviennent toujours pas. « Nous avons convié des amis pour fêter l’anniversaire de Julien et d’une autre amie, ce dimanche. Il s’agissait d’une fête privée dans un lieu privé (l’appartement du premier étage) et non d’un restaurant clandestin ! » nous assure Fabien Chalard.

Les deux amis affirment avoir pris soin d’avertir la gendarmerie de Fontaine sur Saône dès lundi dernier et celle-ci leur aurait donné son accord « sous réserve de respecter le couvre-feu de 18h ». Dans ces conditions, on peut se poser la question d’un dysfonctionnement au sein de la brigade de Fontaine qu’on a sentie plutôt gênée lors de notre contact téléphonique par rapport à cette affaire.

« Nos invités étaient garés devant le resto, à la vue de tous. Si on voulait faire un clandé, on s’y serait pris différemment ! De plus La Bastide est fermée depuis octobre et ne fait même pas de vente à emporter. » assure Julien. Le restaurateur espère que l’affaire en restera là. « Les gendarmes ont prié nos invités de sortir et ne les ont pas verbalisés. Ils nous ont dit que c’était plus raisonnable d’arrêter la fête. » conclut-il.

Le mystère demeure quant aux raisons d’un tel déploiement de forces de l’ordre

Alors même que les banlieues lyonnaises ont été le théâtre de scènes de guérillas urbaines durant tout le week-end avec des violences contre les policiers et des incendies de voitures à Bron, La Duchère et Rillieux-La-Pape, pourquoi avoir sorti l’artillerie lourde contre La Bastide ?

Ne serait-il pas préférable de redéployer policiers et gendarmes dans les banlieues chaudes pour contrer la racaille et les trafiquants de drogue qui gangrènent ces quartiers plutôt que de chercher des poux dans la tête des restaurateurs sous le coup d’une mortifère cessation d’activité depuis 5 mois déjà ?