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Par Jacques Boucaud

 

L’ancien maire de Lyon Raymond Barre avait été baptisé « meilleur économiste de France » par Valéry Giscard d’Estaing, et voilà que le titre reviendrait aujourd’hui à un autre Lyonnais, Pierre Alain-Muet.

 

C’est du moins l’avis de Martine Aubry qui, à la Rochelle, devant nous, a tenu à flatter ainsi le député lyonnais, un de ses soutiens à la primaire socialiste des 9 et 16 octobre. Il faut dire que Pierre-Alain Muet aurait pu tout aussi bien apporter sa voix à François Hollande. « Si j’ai choisi Martine, c’est parce que j’ai travaillé sur la partie économique du programme du PS à la présidentielle à un moment où elle en était la première secrétaire ». A quoi ça tient… « Et puis elle a du caractère, celui qu’il faut pour d’abord battre Sarkozy , ensuite faire face à la crise » ajoute le député. Mais Pierre-Alain Muet, un coquet dégingandé au cheveu teint couleur ébène, a aussi beaucoup travaillé avec François Hollande. Et auparavant à Matignon avec Lionel Jospin. Il était l’un des auteurs de son programme économique, avec notamment Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry. Puis, localement, avec Gérard Collomb dont il fut adjoint dans le premier mandat (2001-2008). « Je ne suis pas fana des primaires. Moi, j’aime travailler avec tout le monde » dit-il. Ses modèles en politique ont pour nom Delors et Jospin. « Ils constituent ma famille intellectuelle ». Et les héritiers de cette famille sont justement Aubry et Hollande. De quoi devenir schizophrène.

 

Muet est né en 45 à la Croix-Rousse. Quelques années de brillantes études plus tard, il enchaîne les jobs les plus pointus : à l’INSEE où il élaborera notamment le premier modèle économétrique de prévision français, DMS, qui servira pendant plus de 15 ans à l’élaboration des Plans ; puis au centre de recherche en économie dépendant du Commissariat au Plan, à la direction du département "économétrie" de l’Observatoire français des conjonctures économiques. Il enseigne aussi, à l’Institut d’Études Politiques de Paris, à l’École Polytechnique, et dans des Universités étrangères, Lausanne et Montréal notamment. Bref, Muet est une tronche. Et un bosseur : pas moins de 1600 interventions à l’Assemblée nationale en un peu plus de quatre ans. Dès qu’il s’agit de parler économie, c’est à lui que fait appel le groupe socialiste au Palais Bourbon. « J’adore ça, c’est une mission excitante » reconnaît le parlementaire. On a presque envie de lui donner le surnom d’un de ses mentors en politique, Lionel Jospin : l’austère qui se marre. Ce parcours peut lui laisser espérer un secrétariat d’Etat au budget si la gauche emportait les élections législatives. Mais Muet reste prudent : « J’aurais pu l’être si Jospin avait gagné la présidentielle en 2002. Et l’on connaît la suite… ». Muet au gouvernement ? Sa suppléante entrerait alors à l’Assemblée Nationale. Il s’agit de Nathalie Perrin Gilbert, maire du 1er arrondissement, farouche opposante de gauche au maire de Lyon. Collomb, lui n’est pas austère. Mais ça ne le fait pas marrer. Au vote interne des militants début décembre, il envisagerait lui mettre dans les pattes son adjoint Hubert Julien-Laferrière.