Par Morgan Couturier

Agent immobilier, ce quadragénaire lyonnais se plaît à entretenir la tradition du mâchon, ce repas matinal qu’il tend à aménager sous différentes entités. À commencer par le plus grand mâchon du monde.

On ne refera pas l’histoire, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Parce qu’aux premières lueurs du jour, les corps semblent prêts à soulever des montagnes. À soulever fourchettes et couteaux aussi, lorsque la fringale du matin invite à se sustenter et à faire le plein d’énergies. En terres lyonnaises, une telle pratique ne date pas d’hier. Elle prend même forme sous une appellation bien établie : le mâchon, ce repas autrefois popularisé par nos canuts. Depuis, la tradition s’est tissée au fil des décennies. « Le mâchon représente un état d’esprit », assure Maxime Caminale, conquis très tôt par la gourmandise d’un tel banquet. Par un savoir-vivre et un savoir-être qu’il ne peut aujourd’hui se détacher.

Mais qu’importe le grade, le membre de la confrérie des Francs-Mâchons se retrouve surtout dans ce plaisir simple de communier sous une même table, « sans distinction sociale ». « Une belle école de tolérance », que ce professionnel de l’immobilier se plaît à cultiver, entre Rhône et Saône ou ailleurs, à l’instar de Sainte-Foy-lès-Lyon, où ce fin gourmet sût initier le fameux « Mâchon Fidésien », association créée en 2016, sous les effluves du réputé ris de veau aux morilles du Café de la Poste.

Le plus grand mâchon, un événement caritatif organisé au profit de l’association Résurgence Transépathe

« Je suis un peu gourmand, c’est vrai. Mais j’ai toujours aimé la convivialité de ce moment. À Lyon, on a un savoir-faire que personne ne nous enlèvera, pas même les mangeurs de quinoa », glisse cet amoureux de la bonne cuisine, que son entité partage autour de deux cents personnes. Voire plus encore, quand, au printemps, sa passion du mâchon se réplique par millier, à l’occasion du plus grand mâchon du monde sous le chapiteau du LOU Rugby.

Un festin hors norme composé à quatre têtes, avec la complicité de Yannis Rousseau, Claude Barbet et du regretté Lionel Barrière (ci-dessus). « On lui rendra toujours hommage, parce qu’avec lui, on a voulu organiser ce que l’on sait faire à grande échelle. Sur le département, on draine plusieurs milliers de personnes, alors dès la première édition, en 2018, on a vite été complet. Il y eut une super ambiance. Les gens ont fait la fête, tout le monde était content », se remémore Maxime Caminale.

Ralenti par la pandémie, après avoir attiré près de 1000 personnes, puis 1500 en 2019, le Lyonnais se dit donc prêt à retrouver la saveur de ces banquets préférés et à « refédérer tout le monde ». « Avec le Mâchon Fidésien, on compte faire un mâchon d’automne à 300 personnes », assure-t-il. Une première mise en bouche, avant le retour des grandes hostilités, du plus grand mâchon comme du plus grand claqueret (préparé par le fromager Benoit Charron, ndlr) jamais organisés, que l’intéressé espère redéployer au printemps prochain, dans les coursives du stade Gerland.

« C’est un vrai travail d’équipe, parce qu’une telle organisation réclame beaucoup d’efforts, beaucoup de bénévoles et une belle synergie ! », révèle-t-il. Un tel dénouement ainsi décrit, ne peut dès lors, motiver qu’à reprendre ces festivités, à l’aube d’une époque où même les jeunes générations se prennent d’amour pour cette pratique ancestrale et ô combien fédératrice. « Ils veulent retrouver cette authenticité, ce lien intergénérationnel qu’insuffle l’événement. Sur place, ils peuvent se retrouver simplement et profiter de bons produits », conclut le spécialiste, dans un décorum vendu tel un bon bien immobilier. Car oui, Maxime Caminale veut s’installer. À table de préférence. Pour un mâchon : le plus tôt est souvent le mieux !