Par Morgan Couturier

Intronisée chevalier de l’Ordre National du Mérite, le 21 février 2022, la journaliste Odile Mattei trouve là, la consécration de quarante années passées à sublimer une profession devenue passion. En témoignent ses nombreuses amitiés, édifiées sur l’autel de la cuisine, son sujet de toujours.

Il a fallu attendre de la voir décorée de son insigne de chevalier de l’Ordre national du Mérite, pour la voir fendre l’armure, pour voir glisser dans ses mirettes d’ordinaire scintillantes, quelques larmes apparentes. Mais que ses amis se rassurent, même après 40 ans de journalisme, dont 20 pour la seule émission « Goûtez-voir », Odile Mattei ne connaît toujours pas la recette du malheur. Peut-être ne l’apprendra-t-elle jamais.

Et c’est là, sûrement, tout le mal que lui ont souhaité les invités de cette journée hors du temps, où l’ex-journaliste de France 3, put goûter à tout : la reconnaissance de l’Etat, les félicitations de ses amis et la douceur d’une haute distinction. Une reconnaissance méritée pour « ce canon à la tête bien faite », dixit son parrain, le chef Christian Têtedoie, que téléspectateurs, gastronomes et autres interviewés apprirent à aimer. Sans forcer. Par le plaisir d’échanger avec cet amour de sympathie, que ses origines corses, grecques ou italiennes ne viennent que très rarement perturber. Gastronomie oblige, le torchon lui-même, s’est résolu à ne jamais brûler. Marc Veyrat peut en témoigner.

« C’est plus simple de faire parler des autres que de parler de moi »

Car l’essentiel fut toujours ailleurs, dans cette délectation de la cuisine, de la mise en avant des régions, de leurs valeurs et de leurs habitants. Un maître-mot encore conservé aujourd’hui, alors qu’il lui reste tant à écrire et tant de défis à relever. « Faire un résumé de la vie d’Odile mérite d’être attentif au moindre mot », suggéra l’hôte du moment, chargé de lui remettre son insigne.

Fut-elle autrefois moins consciencieuse sur l’itinéraire à adopter sur ses trajets, la pétillante rédactrice prit toutefois un malin plaisir à écumer les restaurants, à accomplir « quatorze fois le tour de la terre » pour rencontrer « près de 26 000 personnes ». Pour les valoriser. Et s’abreuver de connaissances. « Les chefs, vous m’avez émerveillée, énervée, bouleversée et tant appris », avoua-t-elle, devant un parterre de constellations, composées de Georges Blanc, son parrain Guillaume Gomez, le Bocuse d’Or 2021, Davy Tissot, Joseph Viola, Pierre Orsi, René Meilleur ou  l’équipage du groupe Bocuse. Des étoiles qu’elle s’est toujours attachée à faire briller. Avec ses mots. Sa gentillesse et une formule : « vive les plaisirs de la table » !

Restaurant Christian Têtedoie
Lundi 21 février 2022