Par Marco Polisson

La chaine télé qui a pris, fin 2018, la succession de TLM sur le canal 30 de la TNT vient de publier de nouveaux chiffres d’audience dithyrambiques et s’auto-proclame désormais « première chaine info locale de la région lyonnaise ». Un succès en trompe-l’œil qui ne peut dissimuler un échec commercial et relationnel patent qui a coûté sa place à son patron. Décryptage.

Un départ qui en dit long. Deux ans après sa nomination à la tête de BFM Régions (l’entité qui gère les antennes locales de la chaine d’information continue BFM Paris, Lille, Lyon…), son directeur Emmanuel Roye (ci-dessous) a fait ses valises précipitamment le 27 novembre 2020. Il a été remplacé depuis par Philippe Benayoun, tout droit venu de SFR/Altice, maison mère de BFM.

Son éviction surprise a été révélée par nos confrères d’Our(s), le média des professionnels de la communication en Rhône-Alpes qui précise qu’Emmanuel Roye « ferait les frais d’une vaste réorganisation en interne et d’un plan d’économie du groupe NextRadioTV, repris en main par les équipes d’Altice/SFR propriété de Patrick Drahi. » assure l’auteur de l’article Jérémy Chauche.

L’échec économique de la chaine lyonnaise est sans doute la cause du départ d’Emmanuel Roye.

Même avec une calculatrice chinoise, comprenez-vous quelque chose aux chiffes communiqués ?

L’animateur Marc-Olivier Fogiel, nommé directeur général de BFM TV, a repris l’ensemble du pôle BFM constitué par BFM TV, BFM Business et BFM Régions. Selon nos confrères, il s’agirait donc d’un licenciement « économique »… Soit, mais celui-ci aurait-il eu lieu si la chaine lyonnaise était rentable ? Car si l’on s’en tient aux chiffres publiés, ils sonnent fort même si on ne comprend pas grand-chose à leur communication (ci-dessus).

Les téléspectateurs réguliers de BFM Lyon peuvent s’en rendre compte tous les jours : les plages horaires réservées à la publicité sont le plus souvent désertes ou occupées par des entreprises satellites de BFM comme l’opérateur téléphonique SFR ou les chaines RMC Découverte… Et les survols en drône de la ville de Lyon sont des bouche-trous récurrents, plaisants au début mais lassants à la longue, surtout quand les images datent de 2018 et qu’elles montrent le chantier du tramway T6…  toujours en construction.

Un seul annonceur sur l’antenne de BFM Lyon

Les téléspectateurs ont trop souvent le sentiment que BFM Lyon est la chaine de télévision de la municipalité écologiste – Capture d’écran BFM Lyon

En ce moment, à l’exception éphémère du Département de l’Isère, un unique annonceur occupe tout l’espace et comme il s’agit d’un spot de la Ville de Lyon qui tourne en boucle, cela procure le sentiment que BFM Lyon est la chaine de la mairie verte… ce qui n’est pas complètement faux sur le plan éditorial. Si l’on rajoute le fait que BFM assure la captation du conseil municipal de Lyon, on se rend vite compte que les écolos sont les principaux financeurs de BFM… Ce qui explique sans doute pourquoi leurs élus et le petit Grégory (Doucet) squattent son plateau et ses reportages.

La polémique concernant les 600 000 euros demandés par BFM à la Métropole de Lyon dirigée alors par le socialiste David Kimelfeld a également fait du tort, en termes d’image et de crédibilité, à la nouvelle chaine lyonnaise. D’autre part, ce financement public créait un vrai problème d’équité vis-à-vis des autres médias lyonnais. La récente polémique à propos du Petit Bulletin subventionné à hauteur de 100 000 euros par la Ville de Lyon écolo est du même acabit.

Inscrivez la mention « Grégory Doucet BFM Lyon » dans Google Images. Son mur … est éloquent.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Lyon People n’a pas signé de partenariat avec BFM Lyon en 2019, alors que notre magazine a été le premier à annoncer et à saluer l’arrivée en terres lyonnaises de la chaine d’info alors même que le flirt engagé par Patrick Drahi avec les propriétaires de TLM Laurent Constantin et le millionnaire Jacques Gaillard n’en était qu’aux préliminaires…

Alors pourquoi les annonceurs privés ne se bousculent-ils pas sur BFM Lyon ?

Il y a deux ans, BFM Lyon inaugurait en grandes pompes ses nouveaux locaux du cours Charlemagne (Lyon Confluence) et dévoilait au public ses nouveaux programmes et visages après le rachat de la chaine TLM. Ce qui nous a tout de suite frappé, c’est l’absence de figures « tutélaires » de la presse lyonnaise dans le nouveau casting.

Philippe Rejany (à droite). Sa connaissance du milieu lyonnais aurait été un plus pour BFM Lyon

Le choix d’un rédacteur en chef parisien (en l’occurrence Bertrand Riotord, venu du service photo du Figaro) aux dépens de Philippe Rejany (ci-dessus), depuis 20 ans journaliste à NRJ Lyon et France 3 Rhône-Alpes), évincé en short list, est la première erreur de casting majeure d’Emmanuel Roye. Contraint de repartir de zéro, 20 ans après avoir quitté Lyon, le nouveau rédac chef  – pourtant très pro – doit se contenter de suivre l’actualité lyonnaise (en pigeant la presse écrite) au lieu de la créer…

Seconde erreur de casting : exceptée la journaliste Leila Kessi (ex TLM), l’équipe rédactionnelle est composée uniquement de jeunes reporters et de stagiaires, ce qui a renforcé l’impression d’une chaîne low-cost… surtout quand ils sont en tee-shirt sur le plateau. Or, les annonceurs lyonnais prêts à débourser 7000 euros pour une campagne d’une semaine (sans compter la fabrication du film) ne mangent pas de ce pain-là.

Faire du 100% jeunisme n’apporte aucun crédit quand on fait de l’info.

Sa rivale et concurrente France 3 Rhône-Alpes dirigé par Isabelle Staes depuis le retrait d’André Faucon l’a bien compris. Certes elle met à l’antenne de nouveaux visages comme Lise Riger (oups!) venue de BFM (photo ci-dessous), mais celle-ci est accompagnée en plateau de figures familières et rassurantes comme Olivier Michel, Paul Satis et Alain Faurite. Dommage que l’élégance vestimentaire de ces derniers ne soit pas imposée à ses reporters sur le terrain… qu’on pourrait aisément confondre avec ceux de BFM Lyon.

La chaine d’info continue est, comme sa consœur du service public, fréquemment polluée par des grèves à répétition « d’une certaine catégorie de personnel », selon la formule consacrée (On ne sait jamais laquelle, mdr). Mais celle que vient de traverser France 3 a certainement fait les affaires de BFM Lyon.

Sur le plan de ses programmes, on s’infuse encore trop de publirédactionnels issus de la grille de TLM.

Au rayon nouveauté, la chaine a choisi d’intervenir en direct sur les deux segments les plus suivis, le matin et le soir. Et c’est réussi. Le présentateur de la matinale, Léo Chapuis (ci-dessus) a pris possession de son fauteuil avec assurance. Son élégance et sa mise tranchent avec la tenue souvent négligée de ses invités, à qui il faudrait imposer un dress code minimum…

Car le contraste entre le plateau parisien de BFM et le plateau lyonnais est nettement au désavantage du second

Même topo pour Élodie Poyade (ci-dessus), sa consœur de « Bonsoir Lyon » que notre jury de journalistes de la presse lyonnaise a choisi d’intégrer dans le classement Top 50 des femmes d’influence en 2020. Là encore, on la sent à son affaire, percutante et motivée. Mais la trop souvent médiocre qualité de ses invités et les reportages low cost qui constituent le menu de son journal discréditent son travail.

Pascal Auclair, rédacteur en chef de Ma Santé (à gauche) est en passe de devenir le Michel Cymes lyonnais

La nouvelle chaine a mis du temps à comprendre qu’il fallait qu’elle s’appuie sur des figures médiatiques lyonnaises reconnues pour épauler ses jeunes présentateurs. C’est ainsi qu’Edouard Jay dribble désormais Élodie le lundi dans « 100% sport », alors que le très smart Pascal Auclair (Santé RA) consulte le jeudi au rayon sanitaire (Crozet) et que Marie Rigaud (Printemps de Pérouges) pétille à la case culture du mercredi.

Quant à la case politique délaissée par Antoine Comte (Ex Tribune de Lyon) depuis son départ pour la chaîne Public Sénat, elle est désormais occupée par Lionel Favrot (Mag de Lyon). Certes notre confrère connait parfaitement son sujet, mais il manque à ses côtés un sniper apte à cibler les turpitudes des routards de la politique lyonnaise, venus en mode promo. L’émission manque singulièrement de punch et nous parait bien endormie… à l’image de la chaine, finalement.

A quand le réveil ?