Texte : Morgan Couturier – Champion du monde, porteur du maillot jaune à deux reprises, Julian Alaphilippe était de passage à Lyon, dans le cadre d’un événement organisé par son équipe, la Tudor Pro Cycling Team. L’occasion pour lui d’évoquer son intégration dans l’équipe suisse et de dévoiler ses ambitions pour le Tour de France, au cours duquel il partagera la vedette avec le Lyonnais Paul Seixas.
Lyon People : C’est votre deuxième année chez Tudor. Comment vous sentez-vous dans l’équipe ?
Julian Alaphilippe : Je suis pleinement intégré, je me sens très très bien. Bizarrement, même avant de rejoindre l’équipe, je sentais que ça allait me plaire, parce que je connaissais quand même déjà quelques personnes du staff et quelques coureurs. Et pour moi, d’avoir vu l’équipe arriver dans le peloton, d’avoir bien échangé avec Raphaël Meyer (CEO), Avec le fondateur Fabian Cancellara, Ricardo Scheidecker (Head of Sports) et toutes les personnes du management, a fait que j’ai vraiment ressenti leur motivation et leur ambition d’emmener l’équipe le plus loin possible.
Vous étiez dans une équipe bien rodée, qui est reconnue dans le peloton. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet de rejoindre une équipe en construction ?
C’était un tournant de ma carrière. Je sentais que j’avais besoin d’un petit peu de changement, de m’orienter sur quelque chose de frais, de nouveau. Je voulais prendre part à ce projet, me sentir important pour eux et partager mon expérience vis-à-vis des jeunes, tout en gardant mon rôle de leader, de coureur important pour les courses. C’est quelque chose qui m’a séduit. Alors ça s’est fait naturellement. C’est une équipe jeune, mais avec pas mal d’espoir. Je savais où je mettais les pieds. Et là, je pouvais allier des responsabilités en tant que leader avec le partage de mon expérience pour la jeune génération. C’est vraiment quelque chose qui m’a plu, et qui m’a donné de l’importance.
Présenté comme cela, ce n’était pas vraiment un pari ?
Non. Pour moi, c’était la continuité ou plutôt un nouveau tournant dans ma carrière qui m’a donné un regain de fraîcheur.
« Oser, c’est le slogan de Tudor, mais c’est aussi notre manière de rouler et de représenter la marque »
L’équipe court au plus haut niveau que depuis 2023 mais parvient déjà à performer. Comment expliquer ce développement rapide ? Comment le ressentez-vous de l’intérieur ?
Je pense que le niveau général du peloton international est de plus en plus relevé, donc c’est difficile. Mais la grande force de l’équipe Tudor, c’est que c’est une équipe qui a investi énormément sur la structure de l’équipe, sur les fondations, sur le staff et qui a été très bien aidée par les sponsors. Tout cela a créé une base solide. Ensuite, ils ont investi sur du renfort, des coureurs d’expérience. Et d’année en année, ils ont franchi des caps qui font que l’équipe a toujours évolué dans le bon sens. J’aime ce mélange d’ambition et d’humilité et les valeurs que l’’on essaie de transmettre sur le vélo, pour l’équipe mais aussi pour la marque Tudor. C’est un bon mix. Je pense que les gens le voient de l’extérieur ! Ils voient que l’on est une équipe carrée qui ne roule pas des mécaniques, mais qui a de l’ambition. Ce n’est pas juste un sponsor et un beau maillot, c’est tout une histoire humaine qu’il y a derrière.
Vous êtes désormais un coureur aguerri. Comment aider l’équipe à se développer ?
C’est quelque chose de très naturel. Déjà dans mon ancienne équipe, j’étais un coureur qui aimait rassembler, réunir. Aujourd’hui, être dans une équipe où la plupart des coureurs sont jeunes et ont encore beaucoup à apprendre, ça met encore plus en avant ce côté-là de ma mission. Et cela, ça me plaît.
D’ailleurs, Tudor a un slogan « Born to dare » qui ressemble bien à votre façon de courir…
J’ai l’impression que c’est le slogan de ma carrière. Attaquer, passer à l’offensive, ça a toujours été un peu ma façon de courir. Même tout jeune, quand j’avais une vingtaine d’années, partir chez Quick-Step à l’époque, alors que j’allais être le seul Français exilé, c’était un défi. C’était moins fréquent à ce moment-là. Aujourd’hui, on se rend compte qu’oser, c’est notre manière de rouler, de représenter la marque et de courir. C’est plaisant. Je me suis tout de suite vu enfiler ce slogan-là.
L’avantage d’avoir ce sponsor, c’est qu’on a aussi des belles montres au poignet…
En tant que passionné de montres, courir pour une marque comme ça, c’est génial. Franchement, c’est un plaisir. J’ai pu m’approcher de très belles pièces. Avec l’équipe, on a reçu une montre, la Pelagos FXD Chrono, un modèle assez sportif qui passe partout et qui est magnifique. Mais en tant que passionné, tout de suite, j’ai voulu me faire plaisir sur un autre modèle que je porte au quotidien.
« Le Tour, c’est tellement un moment important dans l’année »
Votre préférée d’ailleurs, c’est laquelle ?
C’est le modèle Black Bay Chrono que j’ai là, tout de suite. Pour la petite histoire, c’est un modèle que mes coéquipiers de l’équipe de France m’ont offert après les JO de Paris. Ils ont fait deuxième et troisième. On était quatre dans l’équipe. On en a acheté quatre. C’est une belle petite histoire d’autant qu’à ce moment-là, ils ne savaient pas que j’allais aller chez Tudor…
Décidément tout ramène à Tudor
Cette histoire m’a montré à quel point Tudor était une marque que j’aimais même si j’ai vraiment appris à la connaître quand j’ai visité les infrastructures. J’ai été impressionné d’ailleurs. C’est vraiment une belle marque !
Revenons au cyclisme : vous verra-t-on sur le Tour en juillet prochain ?
Oui, bien sûr. Il y a beaucoup de travail qui m’attend, mais ça fait partie de mon job. Il y a encore un peu de temps. C’est tellement un moment important dans l’année. Personnellement, j’ai eu un début de saison difficile. Je me suis souvent senti épuisé et pas capable de faire ce que je pouvais faire. J’ai dû mettre un terme à ma campagne des classiques ardennaises. Alors j’ai essayé de recharger les batteries, d’en profiter pour voir un peu la famille et là, je pars pour trois semaines en altitude pour préparer le Tour et le Dauphiné.
En parlant du Tour de France, à Lyon on s’enflamme pour un certain Paul Seixas…
Oui, j’en ai entendu parler. Il est souvent dans les médias en ce moment (rires).
Quel est votre regard sur lui ?
C’est difficile. Je ne veux pas m’immiscer dans la tempête médiatique dans laquelle il est. Avec mon regard de grand frère, j’ai envie de le protéger. J’ai envie qu’il fasse attention. Mais d’un autre côté, il est tellement talentueux, il est tellement prêt. J’ai envie de dire qu’il ne craint rien. Pour moi, c’est la plus belle chose qui peut lui arriver d’aller au Tour. Déjà pour lui, personnellement mais aussi pour sa famille, pour ses proches, pour son équipe. Physiquement et psychologiquement, on voit qu’il a un gros potentiel. Il est prêt. Tout ce qu’il pourra prendre, il va le prendre. Personne ne l’engueulera si ça ne va pas. Tout le monde sait qu’il n’a que 19 ans et qu’il a une belle carrière devant lui.
Comment doit-il gérer la pression ?
Je pense qu’il faut aussi apprécier le fait de voir un jeune coureur français qui brille à ce niveau-là, déjà si jeune. Je pense que la France n’a pas vu ça depuis longtemps. Mais la pression, je pense qu’il est assez hermétique à ça. C’est une force pour lui. En revanche, je ne doute pas que le mois de juillet va être chouette pour lui parce que les supporters français ont trouvé un nouveau chouchou. Il va être énormément encouragé et il va prendre beaucoup de plaisir. En tout cas, je lui souhaite parce qu’il en est vraiment capable.
Au cours de votre carrière, de par vos résultats, vous avez connu ces grosses attentes du public. Quel conseil lui donneriez-vous pour vivre avec ?
Je lui dirais de profiter à fond et de faire ce qu’il a envie de faire ce qu’il sait très bien le faire. C’est quand même quelqu’un de très bien entouré. Ça aurait été dommage de se priver de ça quand on voit sa maturité et les qualités physiques qu’il a. Après le seul conseil que je peux lui donner, c’est juste de profiter.


















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