Texte : Philippe Lecoq – Heureux soient les Tassilunois – pas si simple à écrire sans faute d’orthographe – qui retrouvent pour la troisième fois consécutive les deux mêmes candidats aux élections municipales.
Car ils les connaissent bien leurs candidats, ils les croisent parfois, les ont déjà interpellés, sollicités, conseillés peut-être… et n’auront pas besoin d’aller fouiller dans les longues pages de leur programme avant de mettre un bulletin dans l’urne.
A ma gauche donc le maire sortant – euh… non pas « à gauche », nous sommes à Tassin, Ouest Lyonnais – Pascal Charmot, 64 ans, qui finit son deuxième mandat et espère bien en ouvrir un troisième avec le soutien des équipes Aulas et Sarselli. Et contre lui, son challenger préféré, Julien Ranc, 36 ans, qui aimerait bien cette fois être calife à la place de Charmot, même s’il n’ignore pas les maximes : « jamais deux sans trois » ou encore « et un et deux et trois-zéro »…
Mais alors que Tassin a subi pendant 6 ans les oukases et les embouteillages écologistes, le profil 2026 de Julien Ranc (ci-contre) pourrait constituer un sérieux handicap. Ancien employé du Parti socialiste, il a opéré un recentrage pour se fondre dans la sociologie de Tassin. Mais la présence sur sa liste de Carole Nicolas, ancienne référente du lobby écolo « La Ville à vélo », association présidée par Fabien Bagnon, bras droit de Bruno Bernard – est rédhibitoire.
Heureux ou malheureux les Tassilunois, c’est selon, car s’ils connaissent trop bien leurs candidats, ils pourraient fuir les urnes les 15 et 22 mars prochains arguant que blanc-bonnet et bonnet-blanc n’ont pas besoin de leurs suffrages. Et de répéter le scrutin de 2020 avec plus de 60% d’abstention – oui, le contexte sanitaire n’était pas le même – et 239 voix d’écart seulement… en pleine vague verte.
A noter cette fois un troisième homme issu de l’écurie Charmot, Yohann Hachani, qui se présente avec une liste rassemblant des personnalités de gauche et de droite, qui pourrait jouer le rôle d’arbitre tout en restant in fine sur le banc de touche.
Les candidats sont donc les mêmes mais pas les listes
Car le mercato de 2025 a engendré nombre de transferts entre la famille Charmot et la famille Ranc, dont la première adjointe de l’époque Katia Péchard et le 9eme adjoint Marc-Antoine Montoya, qui ont rejoint le challenger pour des désaccords sur la gouvernance du maire en place.

Traduction : il est reproché à Pascal Charmot (ci-contre) son opposition aux écologistes de la Métropole de Lyon sur le projet de tramway TEOL, ainsi que son refus de se coucher devant l’État sur le logement social et certains projets de construction, dont ceux très décriés prévus sur la propriété Rieussec ou à la place des bureaux de l’APAVE.
« In fine, et c’est plutôt drôle, l’opposition de gauche reproche au maire de jouer pleinement son rôle de maire, à savoir défendre les intérêts des habitants contre les dogmes étatiques (la loi SRU qui impose partout 25% de logements sociaux) et écologistes (la chasse aux automobilistes institutionnalisée) » résume un observateur de la vie locale. La trahison paiera-t-elle ?
L’opposition au Tram Express de l’Ouest Lyonnais au cœur des débats
« Il faut changer cette méthode qui consiste à se fâcher avec tout le monde tout le temps et par principe » martèle Julien Ranc. « Car quand on se fâche avec l’État ou la Métropole, on n’est pas associé aux négociations. Et quand on n’est pas associé aux négociations, qu’on n’est plus autour de la table, on laisse les autres décider à notre place avec leurs propres objectifs ». Lui, Julien Ranc, il fera avec. Avec TEOL ou avec le métro, tout en soulignant à qui veut l’entendre que le projet de tram-train reste le meilleur, et le plus simple à mettre en œuvre.
« Il faut avoir une trajectoire, il faut avoir un cadre, il faut avoir une politique. Et puis l’assumer » répond Pascal Charmot, confirmant ses propos tenus sur cette même antenne. « Être maire ce n’est pas s’arranger avec n’importe qui pour au final faire n’importe quoi, c’est être dans une logique où on défend un projet, une vision à la fois de la métropole et de sa ville. Mon adversaire est prêt à s’arranger avec n’importe qui pourvu qu’il soit maire. En gros, il s’adapte à celui qui tient le manche, ce n’est pas avoir une politique pour sa ville ».
Appuyé par le tandem Aulas-Sarselli, Pascal Charmot plébiscite le projet de métro
Et s’époumone quand il entend Julien Ranc sur le logement social – Tassin a perdu sa compétence urbanisme faute de logements sociaux en nombre suffisants, « pour cause de zèle dans la mise en œuvre de la loi SRU » précise notre témoin. La préfecture veut imposer la construction de HLM sur la propriété Rieussec et sur le site APAVE, malgré l’opposition des riverains. Le gros de la bataille entre les deux candidats est bien là. Sur le positionnement du maire, sa gouvernance, bien plus que sur les programmes que nous vous invitons à consulter si le cœur vous en dit.

Les projets de construction forcée de HLM à Tassin (ici sur la propriété Rieussec) sont au cœur de la campagne.
Pascal Charmot et Julien Ranc n’ont juste pas la même façon d’aborder le job. Sans dénaturer leur pensée, le premier veut juste pouvoir dire « Non » haut et fort pour le bien de Tassin, un peu à la manière de Véronique Sarselli – sa tête de liste aux élections de la Métropole – qui a stoppé le projet de téléphérique des écolos, comme il l’a fait sur TEOL, alors que Julien Ranc veut pouvoir avancer en synergie avec tout le monde pour le bien de Tassin.
A noter ici que c’est Pascal Charmot qui a obtenu le soutien de ses amis de « Grand Cœur Lyonnais », l’union conduite par Véronique Sarselli et Jean-Michel Aulas. Julien Ranc a décidé de faire cavalier seul en rejoignant – pour les élections métropolitaines – les maires de Dardilly et Champagne au Mont d’Or ayant collaboré avec les écologistes durant ce mandat. Des soutiens politiques dont l’électeur se fera juge.


















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