Gastronomie. Maison Reynon, acteur de la gastronomie française depuis 1937

14 février, 2026 | Actualités Gastronomiques | 0 commentaires

Texte : Philippe Lecoq – Les clients viennent ici car l’ancienneté de la maison est synonyme de qualité et de régularité… Ses chefs travaillent chaque jour durement pour perpétuer cette tradition et grande histoire familiale.

Michel, Claudius, Georges et son frère Michel, Laurent, et puis Rémi… Cinq générations de pères en fils, sans oublier leurs épouses et mères ; ensemble ils ont installé depuis 1937 le nom de Reynon en frontispice de la tradition et de l’excellence Lyonnaise. Avec comme toujours ici : humilité et discrétion, travail et rigueur, savoir-faire et savoir-être. Une saga familiale. Une histoire d’amour, oui il en faut, de passion et de labeur.

Au 13 de la rue des Archers (Lyon 2) – chiffre banni par certains mais s’étant toujours révélé chanceux pour la famille Reynon – deux noms renommés de l’époque occupaient cette adresse, tout d’abord la Boulangerie Viennoise au nom enchanteur de Grosnichon puis celui de famille réputée dans le monde de la gastronomie Lyonnaise de « veuve Joseph Moyne ». Cela suite à de long travaux de rénovation, avant que l’impétueux Claudius Reynon s’empare des lieux pour ouvrir son magasin le 3 octobre 1937.

La boutique de Michel et Jeanne Reynon, rue de Saint-Cyr à Vaise en 1923

Depuis donc bientôt 90 ans, la devanture du célèbre magasin de charcutiers et traiteurs, peut bien se refaire une beauté, c’est dans les dédales de cuisine et laboratoires sans cesse agrandis situés derrière et sous le magasin que le beau et le bon se conjuguent depuis des décennies. Sans bruit, avec juste cette incroyable détermination à bien faire ce que l’on sait faire, à inventer parfois, innover souvent, mais surtout à transmettre. Transmettre ce « geste métier » durement acquis auprès d’une ascendance pas toujours tendre mais bienveillante, transmettre les clés d’une passion familiale dévorante, satisfaisante, bienfaisante…

Aucun des Reynon n’a failli. Aucun d’eux n’a été happé par un autre métier.

Aucun n’a renâclé malgré les vicissitudes d’un quotidien pas toujours rose, où ténacité et persévérance sont les synonymes de rigueur et régularité. Rare, forcément… « À mes parents qui m’ont élevé, peut-être avec fermeté, mais surement et toujours avec amour, qui m’ont habitué à accepter sans répugnance les contraintes du travail et de l’effort, et m’ont aidé en toutes circonstances ». Ce sont les premiers mots de Claudius Reynon, 2e du nom, Meilleur Ouvrier de France en 1952, et créateur de l’adresse de la Rue des Archers, dans l’avant-propos de son livre « Le Fils du Charcutier » paru en 1984 à compte d’auteur. Tout est dit ou presque. « À mon père en particulier, qui m’a appris l’amour de l’ouvrage bien fait et m’a inculqué les règles de propreté, de célérité et d’économie nécessaires pour réussir dans le métier ».

Mariage de Claudius Reynon et Emma Butin, le 12 juillet 1939

Assis derrière son bureau de souvenirs, à l’étage de la boutique, son fils Georges Reynon – plus de 60 ans de métier et bientôt 80 ans mais toujours présent dès 5h30 du matin – ne cache pas son émotion en relisant ces lignes. Ses yeux s’enrhument un peu, comme il advient aux enfants élevés sans ménagement mais avec beaucoup d’amour par les taiseux si fiers qu’ils ne parviennent plus à le dire… Les mots de son père à son père, son grand-père donc, il pourrait les écrire pour son propre compte.

« J’ai beaucoup de respect pour mon père » énonce Georges, « il n’était pas facile, un peu gueulard c’est vrai, mais il était très doué et puis c’était un homme droit ». Et vous Georges ? « Je n’ai pas à me juger, mais je me reconnais en ces lignes. Je suis très exigeant avec les fournisseurs et le personnel, mais encore plus avec moi-même. Je suis dans mon rôle, sachant qu’il y a des moments avec les jeunes où il faut monter un peu la voix. Par contre, j’essaye d’être juste et je sais me conduire le moment venu, voilà… c’est ma politique ».

Ce n’est pas pour Georges un acte de contrition. Selon lui le métier n’est pas dans les gènes

On ne nait pas charcutier et traiteur parce que son père, son grand-père l’étaient. Il faut donc apprendre. « Moi j’ai voulu y arriver, c’est tout » confesse-t-il. « Je dis aux jeunes qu’à leur âge je n’étais pas forcément meilleur. On acquiert les gestes et les ficelles du métier à force de vouloir et de découvrir au fil des « moments à vivre » sur le tas sans parfois savoir les décrire en paroles. Regarder et appliquer les bases structurelles du métier avant d’innover et puis faire et refaire ses gammes par la suite ». « Je ne supporte pas la médiocrité et encore moins le mauvais travail en aucune circonstance ; cela me fait souffrir au plus profond de moi-même et je le fais savoir… »

L’emblème de Claudius Reynon

Ce ne sont pas Laurent, fils de Georges et aujourd’hui président de la société ou Rémi, fils de Laurent, qui diront le contraire, même si les mœurs ont changé. « C’est mon frère Michel, excellent cuisinier, ancien du restaurant Point, triplement étoilé à Vienne aujourd’hui à la retraite, qui a formé Laurent, devenu lui aussi très bon cuisinier et surtout excellent saucier ». Quant à Rémi, il a toujours aimé fureter dans la boutique et s’investir dans les laboratoires. À 8 ans, il venait nous aider le mercredi, et même s’il avait une passion pour la magie, il a choisi le métier. Plus tard, il a fini 2e du concours « Jeunes Espoirs et Chefs charcutier-traiteur » en 2019.

File d’attente devant la boutique pour le 8 décembre 1950

La fierté du clan est celle que Georges voue à Michel son grand-père, venu du Dauphiné (Saint Bonnet de Mure) à la demande de son propre père, agriculteur et cantonnier à la fois. Il envoyait ses garçons travailler l’hiver dans les métiers de bouche à l’âge de 13 ans. « Ainsi Michel, mon grand-père a atterri à la Croix-Rousse, puis chez « Monsieur Bonnard », maison déjà célèbre en son temps où, d’apprenti il deviendra chef, non sans avoir passé la bague au doigt à une certaine Jeanne Girier, d’origine Ardéchoise vendeuse tout près chez Voisin, magasin qui existe toujours actuellement.

Avec Michel, le premier charcutier de la saga (oui son petit-fils s’appelle aussi Michel, le frère de Georges) ils ont connu les souffrances de deux guerres mondiales et ont tenu malgré tout plusieurs boutiques à Lyon (entre Vaise, cours Lafayette ou rue du Dauphiné) avant de venir aider avec leur fille Emilienne, leur belle-fille Emma, elle-même fille de boulanger rue des Marronniers pendant les 13 mois où son époux Claudius était retenu en captivité pendant la seconde guerre mondiale. Ainsi, depuis 1937, en quatre générations, la très grande majorité des articles proposés à la vente sont élaborés ici, saucissons, cervelas, pâtés, terrines diverses et autres préparations culinaires de grande qualité.

Au fil des années et des opportunités, les Reynon ont poussé les murs

Dans les sous-sols, ils ont créé des labos, des chambres froides (10 au total), 1 séchoir et autres dépendances nécessaires à l’activité. « Nous avons grignoté un peu tout ce que nous pouvions autour de nous ». Ce qui leur permet de toujours fabriquer sur place. Ce n’est pas toujours l’idéal, reconnait Georges, mais cela leur confère malgré tout d’autres avantages. « Celui tout d’abord de contrôler plus facilement nos fabrications. D’autre part, nos clients se mettent en appétit, en aiguisant leurs sens : de la vue, de l’odorat et parfois même de l’ouïe…

Depuis 1937, de père en fils et de mère en fille, le bouche à oreille draine une clientèle aussi fidèle que la famille peut l’être. Les centaines de lettres reçues l’attestent, soulignant l’accueil incomparable en boutique et la régularité constante des produits. C’est dans le livre d’or, signé par les plus grands troubadours ou VIP des époques successives que les descendants de Claudius Reynon, toujours sous le même nom, puisent leur énergie à poursuivre l’œuvre accomplie depuis bientôt 90 ans.

« Sans jamais les appeler, nous avons reçu la plupart des grandes chaînes de télévision pour nous filmer au travail. Le grand chef Français Daniel Boulud de New York, nous a même envoyé la chaîne CNN en décembre 2013 pour une diffusion aux Etats-Unis en avril 2014. Je dis souvent à nos clients et à mon personnel qu’il n’est pas absolument nécessaire de devenir champion du monde un jour de ci ou de ça mais ce qu’il faut, c’est de s’inscrire nettement au-dessus de la moyenne et surtout de façon régulière en linéaire dans le temps ». La fidélité de leurs clients, qui une fois Lyon quittée, continuent de passer commande par téléphone ou internet, est leur meilleure récompense qui perdure depuis des lustres.

Georges, “le Gardien du temple”

Toujours directeur, le gestionnaire, le  communiquant de la société (plus de 60 ans de métier, un record) ne se résout pas à quitter le navire. Ce dernier, même s’il a confié l’essentiel des fabrications à sa talentueuse descendance, revêt tous les jours sa tenue de travail non pas pour la parade ni la figuration mais pour garder la main affectueuse sur certaines spécialités qui de tradition font partie de son domaine réservé.

Laurent, désormais président, « le talentueux cuisinier », entouré de son équipe formée à son idée

« J’ai eu deux maîtres d’apprentissage, mon père et mon oncle. J’ai été quand même bien entouré. Je me suis aussi un peu formé ailleurs et puis un peu tout seul notamment dans les livres gastronomiques. Appartenir à cette saga familiale est une fierté avant tout. Nos parents ont travaillé avant nous dans cette maison, ils lui ont donné une belle image, on se doit de la faire perdurer, voire de la développer. Cependant, nous sommes dans une période compliquée, notre métier est très impacté par un problème de main d’œuvre souvent mal formée qu’il nous faut reprendre à la base. L’autre souci actuel est hélas celui de l’accessibilité de la Presqu’île tombée dans un véritable confinement avec ce plan de circulation insensé mais aussi celui de la ville de Lyon tout entière que déplore notre clientèle très extérieure ». Avant tout développement, affirme Laurent « il faut être prudent et bien réfléchir à ce que nous faisons »

Rémi, “l’intrépide”, le dernier héritier à l’esprit novateur d’ascendance pâtissière

Sa candidature au concours MOF ? Il y pense… « À 6 ans, je disais déjà que je voulais être charcutier-traiteur. Quand on est petit, on passe dans la cuisine et les laboratoires avant d’aller à l’école ; on dit bonjour à tout le monde et voir tout ce personnel à la manœuvre ça donne envie de s’investir… Il y a de la magie dans notre métier (Rémi a pendant longtemps suivi des cours de magie, ndlr). Oui, on surprend les clients car certaines recettes peuvent être magiques. J’ai réalisé un cocktail l’autre jour pour des amis ; ils ont tous été émerveillés par nos produits. C’est un peu de la magie… Ma patte, c’est de chercher un panel de clients un peu plus large, peut-être un peu plus jeune, via les réseaux sociaux, essayer de trouver comment s’améliorer et de coller à l’air du temps sans renier à la tradition. Cela est mon domaine et je m’en charge ».

Les femmes de la saga

« Nos épouses ont bien évidemment beaucoup contribué à la renommée de la maison : Jeanne, épouse de Michel (le 1er de la dynastie), maîtresse-femme, Emma, discrète et respectée, épouse de Claudius, et ma femme Suzanne, qui poursuit sans relâche ses efforts sur tous les fronts et à tous les instants ». Elle remplit en toute discrétion le rôle de confidente auprès de ses clients comme le faisait sa belle-mère Emma, à qui elle voue toujours une grande affection. C’est la face cachée des Reynon avec cette chaleur humaine remarquée dans ce monde compliqué que nous vivons. « On se sent bien chez vous ! » ce que clament nos clients qui souvent retrouvent des amis et connaissances diverses assorties parfois d’éclats de rire qui résonnent jusqu’au bureau du demi-étage.

Cinq vendeuses, toutes bilingues, évoluent dans le magasin assistées d’une caissière aux multiples fonctions. Elles sont toutes fortement appréciées de la clientèle. Ce sont elles qui créent cette chaleur, cette bonne humeur, ce service impeccable et souriant. L’ensemble contribue fortement à la réputation de la maison. Chez nous insiste Georges, la qualité de l’accueil est essentielle.

La clientèle, il y a plusieurs générations qui viennent de la Presqu’île, de la périphérie et bien au-delà parce que les enfants s’en vont parfois mais restent fidèles. « Nous avons des clients de Saint-Etienne, de Grenoble, d’Annecy, de Suisse, de Belgique et également, parfois de l’étranger plus lointain, les États-Unis surtout. Nous expédions beaucoup de nos produits par Chronofresh, sans interruption de la chaine du froid. Nous disposons bien sûr d’un service de livraisons le plus souvent en sous-traitance. Nos clients viennent chez nous car notre ancienneté est synonyme de qualité et de régularité. L’accueil est primordial avec tous les petits services et attentions complémentaires. En plus d’une clientèle assidue de proximité mais aussi beaucoup de professions libérales, le Théâtre des Célestins, tout proche, nous a octroyé depuis longtemps des habitués
et artistes du monde du spectacle ».

Dans un autre domaine de fournitures, la maison Malleval, rue Emile Zola, véritable institution Lyonnaise fait partie de leur clientèle régulière avec des repas assortis de dégustations de haut niveau organisés dans leurs spectaculaires caves. « Nous avons aussi des clients prestigieux comme celui depuis une dizaine d’années, le ô combien célèbre restaurant Paul Bocuse ce que Georges appelle « le Lieu Saint » notamment pour leur fameux Pot au feu et parfois aussi pour l’Abbaye de Collonges. Mais aussi à l’occasion, le Palais de l’Élysée depuis que le chef des cuisines, Fabrice Desvignes est venu travailler chez nous pour préparer son Bocuse d’or qu’il a remporté en 1998. » À ce jour, rien ne part en ces lieux sans que ces marchandises passent par les mains de Georges. « Ma femme Suzanne se doit aussi de faire préparer des sandwichs que réclame Jean-Michel Aulas dont les bureaux sont à deux pas d’ici ».

Côté traiteur extérieur, Georges continue à organiser et contrôler les réceptions sur mesure de haute tenue confiées par la fidèle clientèle de la maison. Cela dans la limite des capacités logistiques de l’entreprise car, précise Georges, « les grosses galères ne rentrent pas dans notre champ d’action ». « Notre métier a donc beaucoup évolué, souligne-t-il, il est certainement et de loin le plus complet des métiers de bouche. Ce qui le rend à la fois si attrayant mais si compliqué.

Toutes saisons confondues, plus de mille fabrications « maison » en diverses déclinaisons ont été recensées à ce jour

Des fabrications de tradition parmi tant d’autres. « Nous proposons d’anciennes recettes de la maison dont certaines de ma grand-mère Jeanne, excellente cuisinière comme « le gâteau de foie blond de volaille » et les fameux « œufs à la neige » présents chaque fin de semaine tout au long de l’année. Ce sont vraiment ses recettes qu’on applique car elles ne réclament aucune retouche. Par ailleurs avec les jeunes générations, d’autres recettes, des plus simples au plus prestigieuses, sans doute plus allégées ont aussi vu le jour ».

En fait, chez Reynon, il y a régulièrement une nouvelle spécialité à découvrir, soit sur internet tous les jours ou mieux encore sur place en fin de semaine : nouvelle création ou ancienne recette ressortie, parfois ajustée au goût du jour selon la tendance actuelle et aussi un rayon de pâtisserie sucrée.

Et puis comment ne pas parler de “L’Oreiller de la belle Aurore”, emblème de la Maison.

Ce prestigieux pâté selon l’inspiration d’époque de Brillat Savarin auquel Claudius Reynon s’est attelé dans les années 1950. Il n’y a pas que du gibier dans la recette mais aussi de la volaille de Bresse, du canard Mulard, du ris de veau, du foie gras et bien sur des truffes noires du sud de la France comme s’il en pleuvait.

« Dès le début, mon père a connu vrai succès, l’année suivante, il en a fait deux puis trois… Plus tard avec mon frère Michel, nous avons repris les bases de cette spécialité en créant une véritable recette certes extrapolée mais élaborée avec précision. Ce pâté d’anthologie d’une grande saveur présente une coupe marbrée exceptionnelle. Certains clients nous font part de leur ressenti : « Désormais imité mais jamais égalé ». Il est présenté à la vente chaque année à partir du 28 décembre donc pour le nouvel an et pendant quatre semaines. Notre record jamais battu depuis 2018, ce sont 34 oreillers de 32 kilos chacun, cela représente donc plus d’une tonne. Nous expédions aussi ce pâté en tranches partout en France et dans les pays limitrophes d’Europe pour notre clientèle éloignée ».

« Chez vous, affirme notre fidèle clientèle, il n’y a que du vrai, du beau, du bon au juste prix ».

« Chers clients, merci, merci mille fois pour vos appréciations et compliments élogieux. À nous de continuer à les mériter en persévérant sur cette voie ». 


Oreiller de la Belle Aurore

L’ampleur du succès de ce prestigieux pâté revêt désormais un aspect légendaire de la gastronomie française. Le président Joël Mauvigney de la Confédération Nationale des Charcutiers et Traiteurs organisait le mercredi 5 novembre 2025 à Paris le premier concours (selon une sélection de 15 participants) intitulé “Championnat de France de l’Oreiller de la Belle Aurore”. Évidemment, les héritiers de Claudius Reynon, hors concours, étaient réclamés au jury. À ce titre, c’est Laurent Reynon qui assura cette honorifique fonction.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/philippe" target="_self">Philippe Lecoq</a>

Philippe Lecoq

Journaliste économique et politique
Sa longue expérience de journaliste lui octroie une légitimité naturelle. La ville de Lyon  n’a pas de secret pour lui, alors Philippe Lecoq prend un malin plaisir à nous en conter les meilleurs récits, aussi bien au rayon économique que politique.

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