Les pros de l’immobilier à Lyon. Lætitia Protière : « Très jeune, j’ai compris que je devais avancer seule »

15 mai, 2026 | Actualités économiques, Actualités People Lyonnais | 0 commentaires

Propos recueillis par Alexandra Carraz-Ceselli – Chaque mois, Alexandra Carraz-Ceselli, fondatrice de L’Équipe des Lyonnes – un réseau de plus de 3.700 membres qui œuvre à faire émerger les voix féminines dans le débat public – met en lumière une personnalité inspirante dans son podcast « Le Café des Lyonnes ».

Ce mois-ci, rencontre avec Laetitia Protière, la pétillante et sensible directrice de la communication et du marketing de Sixième Sens Immobilier, qui porte une trajectoire aussi singulière qu’inspirante : celle d’une femme autodidacte qui s’est construite “pas à pas”, à force de travail, de ténacité et de rencontres décisives.

Elle nous livre un parcours de progression continue, souvent traversé par le doute, mais jamais empêché. Très engagée dans la vie citoyenne et associative, elle agit dans des univers variés avec une même conviction : l’engagement est une façon d’être, une manière de rendre, de créer du lien et de se sentir utile. Un récit puissant sur la confiance en soi, l’ascension sociale, la valeur du travail et la place des femmes dans l’espace public.

ACC : Êtes-vous une femme engagée ? Et que signifie pour vous l’engagement ?
LP : Oui, je suis une femme engagée à 100%. Quand je fais les choses, je les fais à fond. Je dirais que mon premier engagement a été envers moi-même. Très jeune, je me suis rendu compte que j’allais devoir avancer seule, me construire, m’émanciper. Ensuite, mon engagement s’est tourné vers les autres : j’ai été engagée en politique, mandataire financier, puis élue sur ma commune, en charge de la petite enfance et de l’enfance. Aujourd’hui, je suis secrétaire générale du club de foot Lyon-La Duchère, j’ai la charge du conseil des enfants, et je suis aussi engagée dans la réserve citoyenne du gouverneur militaire de Lyon pour contribuer à créer du lien entre l’armée de terre et la société civile.

Pour vous, l’engagement est-il séparé de la sphère professionnelle, ou est-ce un tout ?
Je pense que l’engagement, c’est une façon d’être. J’ai conscience de la chance que j’ai aujourd’hui. Pour moi, l’engagement, c’est donner de son temps, de son énergie, et aussi de son expérience professionnelle. C’est une façon de dire merci.

Qu’est-ce que cet engagement vous apporte, personnellement ?
Un accomplissement personnel et une façon d’exister. C’est aussi une manière de se dire qu’on a réussi, de se lancer des challenges, de se prouver qu’on est capable. J’ai passé ma vie à douter. Mais le doute ne m’empêche pas de faire : c’est même une façon d’avancer. J’aide les autres et, en même temps, je m’aide moi-même.

Quand vous étiez petite fille, que vouliez-vous faire plus tard ?
Je n’ai pas forcément eu le temps de me projeter. Je n’avais pas de rêve d’enfant. C’était plutôt “cauchemar et compagnie”. Mais avec une certitude : ce qui ne tue pas rend plus fort. J’ai tiré une grande force de mon enfance, même si je n’avais pas de rêve précis.

« J’ai construit mon parcours pas à pas, avec une recette très simple : 80% de travail, 10% de rencontres et 10% de chance ».

Quel a été votre parcours d’études et votre démarrage professionnel ?
C’est une question qui m’a longtemps gênée et qui ne me dérange plus aujourd’hui.
J’ai raté mon brevet. Ensuite j’ai fait un BEP communication, puis un bac pro par correspondance, sans aller au bout. J’ai donc un niveau d’études “quasi inexistant”. Je suis autodidacte, et j’ai construit mon parcours pas à pas, avec une recette très simple : 80% de travail, 10% de rencontres et 10% de chance.

Qu’est-ce qui vous a permis d’évoluer ?
D’abord, des personnes qui m’ont tendu la main : ma sœur, notamment, m’a énormément aidée. Et ensuite, une certitude : en travaillant beaucoup plus et beaucoup mieux que les autres, je pouvais évoluer. Je m’entraînais, j’apprenais, j’allais chercher du travail auprès des autres services, je me formais. Je voulais devenir incontournable.

Quelles ont été les étapes-clé de votre parcours ?
Un moment très important, c’est mon arrivée à la Région (à l’époque Rhône-Alpes). J’ai découvert l’institution, le monde politique, le cabinet. Je suis arrivée sur un poste d’assistante au service invitations. Et c’est assez drôle : à l’entretien, j’avais dit que je ne voulais pas être fonctionnaire, que je pensais que les fonctionnaires ne travaillaient pas beaucoup… et j’ai été prise. J’ai découvert un monde passionnant : des personnes remarquables, avec un sens du devoir très fort. J’y suis restée six ans, puis j’ai basculé en Préfecture.

Vous êtes ensuite passée par le protocole : qu’est-ce que cela vous a appris ?
La rigueur, l’excellence, le sens du détail. En protocole, on n’a pas le droit à l’erreur. C’était stressant : il faut parer à toutes les éventualités, réfléchir très vite, faire de grandes choses avec très peu de moyens financiers. J’y ai vécu des moments incroyables : j’ai participé aux obsèques de Paul Bocuse, j’ai rencontré deux présidents de la République… Ce sont des expériences qui marquent.

À chaque changement de poste, vous ne vous êtes jamais demandé : “est-ce que je vais être capable” ?
Si, tout le temps. J’ai toujours douté. Mon plus grand supporter, c’est mon mari. Il me pousse encore aujourd’hui et me dit que je n’ai pas atteint mon plafond de verre. J’essaie de relativiser : si je rate, je travaillerai dessus, j’en tirerai des leçons et ça me fera avancer. Le risque est finalement minime… sauf pour ceux qui me font confiance, et c’est ce qui me pèse le plus.

Selon vous, les femmes sont-elles assez visibles et présentes dans le débat public en France ?
Non, pas suffisamment. Je pense qu’on se demande trop souvent si on a “la bonne place”. Il faut oser parler, oser s’exprimer, oser exister. Mais on n’ose pas prendre cette place-là. Et c’est difficile de s’imposer. On n’a pas été éduquée pour ça.

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui se sentent coincées dans un poste “par défaut” ?
Il faut oser. Il faut relativiser les risques : finalement, quels sont-ils vraiment ? Quand on m’a dit : “Pourquoi quitter la sécurité de la fonction publique ?”, je répondais : parce que je sais que même si j’échoue, je ferai autre chose. Donc : oser, se faire confiance, relativiser les risques.

Si vous aviez une baguette magique, que feriez-vous pour que les femmes soient plus visibles dans l’espace public ?
D’abord, je mettrais en place des cours d’estime de soi, des cours de confiance en soi, pas seulement pour les filles, mais en alliance avec les garçons. Ensuite, je développerais dans les entreprises des duos de mentorat mixtes : un homme et une femme, pour apprendre à se connaître et aider chacun à trouver sa place avec l’autre.

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