Par Justin Calixte

Bernard Gouttenoire est un des rares survivants d’une époque pas si lointaine où les critiques d’art faisaient florès à Lyon. En exposant ses dessins, il nous livre une part d’intimité inédite.

Il faut dire qu’en ces temps-là, la presse lyonnaise comptait de nombreux titres : L’Echo liberté, Le Progrès, La Dernière heure lyonnaise, La République, ou encore le Journal Rhône-Alpes. À cela, s’ajoutaient quelques magazines culturels hebdomadaires ou mensuels comme le regretté Résonances de Régis Neyret, le Lyon Poche avec Jean-Alain Fontlupt ou encore La Vie lyonnaise.

Dans chacun de ces titres, chaque critique d’art rivalisait d’érudition et de néologismes souvent abscons mais toujours passionnés pour proposer des chroniques savantes et souvent enthousiasmantes : Ah ! René Deroudille, chantre de l’art abstrait ! Ah ! Le précieux Jean-Jacques Lerrant ! Non seulement ces critiques œuvraient dans leur propre journal mais on les retrouvait, chaque samedi sur France 3, à l’heure du café, pour parler arts plastiques et nous faire découvrir ce que les multiples galeries présentaient régulièrement.

Il y avait en effet à l’époque, une flopée de vraies galeries : la galerie Folklore de Marcel Michaud, L’Œil écoute, la galerie Saint-Georges, la galerie Verrierre, Le Lutrin (seul rescapé) et combien d’autres que j’oublie. Ces derniers temps, Le Soleil sur la place et la galerie de la Charité viennent de rendre l’âme. Combien en reste-t-il aujourd’hui, dignes de ce nom ? Trois ? Quatre ? Pas beaucoup plus !

A poil, le critique !

Pour en revenir à Bernard Gouttenoire, le voilà qui passe de l’autre côté du miroir puisqu’il a décidé de présenter une centaine de dessins et ainsi de s’exposer à la critique. Comme disait l’autre : la critique est facile mais l’Art est difficile. C’est encore plus vrai pour le dessin. N’est pas Ingres, Caran d’Ache, Daumier ou même Rick Cursat, qui veut. Le dessin n’est pas seulement, comme on le croit trop souvent, affaire de don. La maîtrise de cette technique résulte d’un enseignement rigoureux, d’un travail opiniâtre et d’une pratique permanente.

Bernard Gouttenoire, autodidacte de la mine de plomb, douanier Rousseau du criterium HB, n’a évidemment pas cette prétention. Ses dessins appliqués et maladroits à la fois mais à la sincérité évidente révèlent une naïveté touchante et lui permettent de se remémorer toutes les personnalités du monde culturel qu’il a rencontrées et aimées au cours de ces 50 dernières années.

Cette somme de croquis jusque-là jamais vus, nous invite surtout à découvrir la face cachée et l’intimité d’un homme qui a fait de l’amitié et de la fidélité les piliers de sa vie.

Du 14 février au 7 mars 2020 de 15h à 19h, et le matin sur rdv
Galerie Alain Dettinger
4, place Gailleton – Lyon 2