camel En mars, le Bloc vient d'ouvrir et Camel a encore le sourire – Photo © Fabrice Schiff

 

Par Marc Polisson

 

Il avait ouvert en grandes pompes le 13 mars dernier. Trois mois après, la discothèque de Camel Boutarfa a déjà fermé ses portes. Retour avec son créateur sur l'une des plus grosses déceptions de la nuit lyonnaise 2009. Et dire que Lyon rêve de rivaliser avec Barcelone… En foot comme en night, c'est pas gagné !

 

On en entendait parler depuis plusieurs mois et on l'attendait comme le messie. Rue des Rancy, la gestion quotidienne de sa discothèque s'est transformée en chemin de croix pour Camel. Crucifié par les autorités administratives, le trublion des nuits lyonnaises regarde, atterré, son dernier rêve partir en fumée. Il affiche habituellement un sourire à toute épreuve. Mais aujourd'hui, il est tendu et stressé comme à ses débuts. « Oui, le Bloc est fermé tant que je ne dispose pas de l'autorisation d'ouverture tardive ! » confirme l'entrepreneur, attablé au Koodeta. Avec une permission d'ouvrir jusqu'à 3h seulement, Le Bloc était en état de survie. Impossible de faire fonctionner une telle machine sans l'autorisation des 5h. En investissant 1 200 000 euros dans cette aventure, Camel a posé ses couilles sur le billot. Toute de métal et d'acier revêtue, sa boite – directement reliée au Koodeta par un passage secret – s'inspirait des plus beaux établissements berlinois et employait plus d'une vingtaine de personnes. Le créateur de l'Actuel et du Factory signait là son retour en force avec ce concept très pointu, truffé de caméras ehrmanniennes et de gadgets extravagants. Podium vibreur, passerelles, treuils, cage ascenseur… tout avait  été conçu pour envoyer les noctambules au 7ème ciel !

 

Les nouvelles directives préfectorales ont sonné le glas de ce modèle. « Le fonctionnaire du commissariat du 3/6 en charge des débits de boisson ne s'est même pas donné la peine de se déplacer ! » assure Camel, dégouté. « Il m'a dit que la ville souhaitait faire de ce secteur un quartier calme. » « Faites jouer vos relations ! » aurait-il conclu*. Notre oiseau de nuit n'a pas reçu plus de soutien de la part de la mairie du 3ème. « J'ai bien rencontré Arnaud Benhamou, le maire de nuit de l'arrondissement, mais c'est un gamin qui n'a pas de pouvoir ! » Interrogé par Lyon People, ce dernier assure avoir donné un avis favorable pour l'autorisation des 5h : « Mais ce n'est qu'un avis consultatif. La préfecture en a décidé autrement. Je le regrette car je soutiens la nuit lyonnaise. » Au-delà des nuisances sonores, craintes majeures des élus bonnets de nuit, son concept est-il remis en cause ? «  Mon produit dérange, c'est sûr ! C'est trop avant-gardiste et trop novateur pour Lyon ! J'aurais du faire ça dans une ville à dimension européenne ! » Résultat des courses, trois mois après son ouverture, le club est fermé jusqu'à nouvel ordre. Après tout, dans le contexte de crise que nous connaissons, on n'est plus à 25 chômeurs près ! Camel songe à transformer l'endroit en rétro-club. Un couple de Maubeuge – Marcel et Gertrude – aurait déjà visité la boite, qui pourrait leur être confiée en location-gérance (comme le Koodeta). Au menu, thé glacé et accordéon tous les après-midi. Le charme des bals musette, sans les watts mais avec Yvette Horner. Les places de stationnement situées devant la concession BMW 6ème Avenue, boulevard Vivier Merle, devraient être aménagées pour accueillir des cars. « Avec la proximité de la Part Dieu, nos anciens pourront même venir à pied depuis la gare. »

 

Avant d'en arriver à cette extrémité et de rendre les clés, Camel règle ses comptes avec la ville qui l'a fait roi. Fini le bon vieux temps de l'Actuel et du Factory : « En 30 ans, au lieu de progresser, la nuit lyonnaise s'est rétrécie. Lyon est une ville de blaireaux, poussiéreuse et ringarde ! Les nouvelles directives signifient que nous Lyonnais, n'aurions pas le droit de sortir après 3h du matin ! » s'enflamme Camel qui dénonce le double langage des autorités. Quand Gérard Collomb souhaite faire de Lyon une ville internationale, le préfet rêve de mettre tout le monde au pas. Un état de fait déjà dénoncé en leur temps par Thierry Lahon et Pierre Chambon, les patrons de l'à KGB – harcelé par la SACVL – et du Claks (qui a fait l'objet d'une fermeture administrative), ainsi que par Marc Chabert et Jean-Paul Donjon, les nouveaux propriétaires de l'Etoile, également en guerre avec la mairie du 3ème, mais sauvés par la préfecture ! Début 2008, tous ces patrons de boites de nuit nous déclaraient soutenir la candidature de Gérard Collomb à la mairie de Lyon. Force est de constater qu'un an après, l'ambiance a bien changé !

 

* Nous avons téléphoné à l'inspecteur en charge du dossier au commissariat du 3/6. Sur un air de U2, il nous a déclaré textuellement : « Je n'ai rien à vous dire. Rien à ajouter. Je ne vois pas pourquoi vous m'appelez et je ne veux pas justifier ma décision. Ça ne vous regarde pas ! »