Par Kevin du Coup-Voilà

Au printemps, un an après l’installation des écolos dans la grande maison (celle qui donne place de la Comédie, la bien nommée), nous avons reçu la première couche du périodique municipal nouvelle formule. Au début de l’été, nous avons reçu la deuxième. C’est la même que la première. En plus épais. Quant au nouveau nom, je ne vous dis que ça…

On en cauchemardait, le petit… Doucet l’a fait : le périodique de la troisième Ville de France porte désormais le nom d’une brochure de tourisme corrézienne pour randonneurs. Laissez-moi quelques lignes avant d’en parler, je suis encore « sous le choc », comme on fait dire aux auditeurs à propos de n’importe quoi.

J’avoue que je ne me suis pas précipité sur mon clavier pour en disserter. C’est normal, le canard est trimestriel. J’ai donc passé l’été avec lui. A la longue, on roupille. Maintenant, je me secoue. Les people attendent mon papier. Je n’ai pas le droit de les décevoir.

  Très jolie…

Disons-le tout de suite : la mise en page est…, comment dire ? Très jolie. C’est ça : très jolie (comme le dirait Albert Dupontel alias le soldat Maillard). C’est du Pamplemousse (du nom de l’agence) pur jus : de la finesse, de la clarté malgré des textes un peu denses (parfois très denses), des p’tits kikis verdoyants dans les hauts de page et sur les lettrines, une certaine rigueur mais avec des bisous : tous les sujets photographiés ont l’air gentil. Pas seulement souriant. Gentil.

En somme, le canard se présente comme s’il craignait qu’on ait un gros chagrin en subissant à longueur de pages toutes ses leçons écolos. Alors il nous fait comprendre qu’il nous aime beaucoup, beaucoup, beaucoup grâce à tous les gens gentils qui nous regardent les regarder. Comme si on regardait passer des trains…

A propos de photos, les gones de la Rédaction, il faudra quand même vous décider à les légender ! Et ne me dites pas qu’on s’y réfère dans les textes. Je le sais. Ce n’est pas un argument. Vous savez très bien qu’en premier niveau de lecture, on regarde les titres et les légendes des photos. Celles-ci sont une entrée supplémentaire vers les contenus. Et vous vous en privez. Ce n’est pas malin. Et pour le lecteur (assidu que je suis), c’est très casse… pied.

Évidemment, le contenu est militant. On l’a bien cherché. Il n’y avait qu’à pas voter pour eux.

La santé et l’alimentation, qui ne sont pas tout à fait de compétence municipale, font l’objet d’un dossier de huit pages. Pas malhabile, d’ailleurs. Sans trop se raccrocher aux branches, l’émetteur retombe sur ses pattes en arguant de la cohérence de son programme avec l’urgence climatique. C’est d’autant plus malin qu’on ne peut pas le lui reprocher. Toutefois, personnellement, ça me dérange. Vous me direz : si je ne suis pas content, je n’ai qu’à regarder ailleurs, payer mes impôts locaux et la fermer. Trop aimable.

Ici, on cause français…

Mais on est surtout là pour parler de la forme, de la langue, de la novlangue et de son variant, la nov-vertlangue, n’est-ce pas… Avouez que c’est ce que vous attendez ! Rassurez-vous, il y en a pour tout le monde et pas seulement dans la rubrique des arrondissements, ces arrondissements que nous aimons tant…

Un constat global : l’écriture inclusive perd du terrain. Il y a bien quelques poches d’insistance dans les arrondissements – manifestement plus disciplinés que ceux-là mêmes qui imposent la doctrine – mais on sent que le meilleur des traitements de cette épidémie, la lassitude, est de plus en plus inoculé. Espoir…

Dès le sommaire, on nous fait comprendre que dans le nouveau périodique municipal, on cause français à donf : « Pour les enfants mais pas que« . Oui, on a bien raison de les initier dès le plus jeune âge aux règles de la syntaxe. D’autant qu’elles sont faites pour durer : page 20, on peut lire « Pour les seniors mais pas que« . Page 17, on nous apprend que « plusieurs projets ont déjà abouti ou le seront prochainement » ; ah bon !, autrement sinon, y a du neuf ou si c’est pour demain prévu pour ? Page 21 surgit la rubrique « Le regard habitant« , un peu comme chez Bricolo-Gentleman, « le rayon bois ». Page 31, on souhaite « que les gens fassent ensemble » ; fassent quoi ? Je n’ose y penser. Mais je le sens…

Page 31 toujours : « Nous allons inciter nos habitants à aller voir aussi ce qui se fera là-bas. Cela participe de l’ouverture du quartier« . Alors là, on tient un truc hyper-tendance qui consiste à confondre « participer de », qui veut dire « provenir de », et « participer à », qui signifie « contribuer à ». Et plus largement, à se gargariser d’une expression sans en connaître le sens. En l’espèce, il est évident que « inciter nos habitants à aller voir… » contribue à l’ouverture du quartier » et non en « provient ». Vous me direz : ça n’empêche pas les vaches de brouter. C’est vrai. Mais les vaches, elles, n’ont aucune prétention journalistique. Ni pédagogique. Moi non plus, d’ailleurs, malgré les apparences…

On enchaîne avec les bouts de phrases qui ne veulent rien dire et les contre-sens qui seraient comiques s’ils n’étaient révélateurs d’indigence culturelle. Exemples. Page 48, « La Ville de Lyon s’engage avec force dans cette reconquête du temps libre » ; heu… ? Page 46, « Lyon se fait fort de posséder des institutions et des événements de renommée nationale et internationale » ; ah voui ? Mais l’ennui, si j’ose dire, est que Lyon les possède déjà. Car « se faire fort » signifie « se porter garant qu’une chose sera faite ». « Le.la rédacteur.trice » confond avec « être fort de », qui signifie « tirer sa force de ». C’est ce qu »‘il.elle » voulait dire ?… C’est bien le problème : « il.elle » voulait mais « il.elle » a pâ pu. Ou pâ su.

Merci à nos déclencheurs d’hilarité

Et puis il y a les trucs « trop rigolos » dont on aime à se gausser, n’est-il pas… Dans le 3e, Mme la Maire, Véronique Dubois-Bertrand, nous annonce que le square qui relie la rue Abbé-Boisard au cours Gambetta (tiens, « Gambetta », ça pourrait faire un joli nom pour une artère piétonne !) que ce square, donc, « planté de nouveaux arbres et d’une haie champêtre« , a trouvé son nouveau nom : ce sera le square Suzanne Buisson. Eh bien moi, je dis : prenez-en de la graine !

Dans le 3e, toujours, grosse réunion sur le devenir de la place Gabriel-Péri. Il paraît qu’on y éprouve un sentiment de difficultés. L’article renvoie au compte-rendu sur lyon.fr. On y lit que ça a bardé, que les riverains n’en peuvent plus, qu’ils ont fait 300 propositions classées en 14 catégories (ça, c’est captivant pour le lecteur, pas vrai ?) et que « une fois exclues les irréalisables » (on sent qu’il y a du discernement et de l’autorité, là-dessous…) « on passe au vote« . Et l’on retient le projet « Une place tranquille et propre« . On a bien fait de rameuter un millier de personnes pendant trois heures. Moi, la dernière fois que j’ai traversé la place (vite), je l’ai trouvée peu sûre et sale. Et je me suis dit : « ce qu’il faudrait, c’est que la place soit tranquille et propre ». D’avance, pile poil dans le mille ! Mais on ne me demande jamais mon avis…

Dans le 4e, le maire qui voulait « réinventer la Croix-Rousse » ne lâche pas l’affaire : maintenant, il veut « transformer tout l’arrondissement« . Comme dirait notre regretté Coluche : jusqu’où s’arrêtera-t-il, ce Rémi Zinck ?

Et puis nous avons Olivier Berzane, le maire du 8e, que nous félicitons de se maintenir dans le Top 5 des déclencheurs d’hilarité. « Nous sommes en ordre de marche pour mettre en œuvre nos projets en concertation avec les habitants du 8e« . Alors je lui dis : « en avant ! » ; si l’on en croit son propos, cela va faire un an qu’il est au garde à vous, cet homme-là…

Au fil de la pantalonnade

Maintenant, bien que je traîne les pieds, j’admets qu’il faut bien en venir au nom du magazine. Comme je l’ai dit en commençant, le périodique de la troisième Ville de France porte désormais le nom d’une brochure de tourisme corrézienne pour randonneurs. Page 45 du corps du délit, on a l’honnêteté de détailler le vote des « Lyonnais.e.s » qui a abouti à cette trouvaille. Pendant 3 semaines en ligne (sur lyon.fr), 3 776 participants.

Sur 3 propositions plus ou moins ineptes, c’est Au fil de Lyon « qui s’est imposé avec 1 559 suffrages (41,29 %)« . 1 559 suffrages pour un media diffusé à 280 000 exemplaires. Autant dire : rien. De cette consultation qui n’en est pas une, la Ville de Lyon sort ridicule, grotesque, à côté de la plaque. On n’en blâmera pas les votants : on leur a demandé s’ils préféraient vanille – fraise, chocolat – citron ou pistache – caramel. Le résultat est à la hauteur.

Ce nom ne véhicule rien, n’affirme rien, n’annonce rien, ne représente rien ni personne. Le néant. Tout le contraire d’un nom de média. Déterminer ce nom ne dépend pas du goût de quelques internautes, quelle que soit leur bonne volonté. Ce doit être l’objet d’une réflexion stratégique. C’est donc l’affaire de professionnels.

Il s’agit d’exprimer en très peu de mots une intention, une caractéristique (une seule), un « positionnement » (comme on dit en pub), si possible un ton, bref à se demander : s’il n’y avait qu’un seul message à passer, quel serait-il ? Si l’on se pose ces bonnes questions, on trouve la bonne réponse. Ce sera peut-être pour le prochain mandat.

La pastèque d’honneur LyonPeople

Doublé gagnant !

Aujourd’hui, la Pastèque d’honneur récompense deux lauréats : le maire de Lyon, pour avoir imposé à son rédacteur en chef de retenir 3 dénominations ineptes de son magazine institutionnel et de les soumettre à l’avis des internautes ; le rédacteur en chef du dit magazine pour n’avoir pas dissuadé son patron de se lancer dans cette pantalonnade, comme aurait dû le lui dicter son devoir de conseil. Tous nos compliments.

Je crois savoir qu’il existe au service Communication de la Ville de Lyon des professionnels. Que le maire de Lyon leur fasse confiance ! Qu’il les laisse faire et ne se mêle pas, y compris et peut-être surtout via sa « cheffe » de cabinet, de ce qu’il ne connaît pas (dans ce domaine, notamment).

Qu’il prenne la dimension de sa fonction qui n’est pas celle d’un animateur de MJC, ces animateurs auxquels, par ailleurs, je voue estime et respect. Chacun son rôle.