Par Eva Bourgin

Reconnu pour ses fresques murales, Don Mateo perfectionne sa palette depuis vingt ans, au gré de ses évolutions. L’ex-Croix-Roussien vient d’installer son atelier sur la commune de Couzon-au-Mont-D’Or.

Laisser une trace harmonieuse de son passage, telle est la devise du peintre Don Mateo, dont les toiles urbaines enrichissent le patrimoine lyonnais. Là est la passion de l’artiste, bercé par le dessin depuis tout petit. « Savoir dessiner, c’est simplement avoir envie de dessiner », esquisse-t-il à ce sujet, en souvenir de ses premiers cahiers écoliers griffonnés de petites ébauches.

Depuis, le temps est passé, Don Mateo, de son vrai nom Mathieu Gruet, a grandi, autant que son art, aujourd’hui exposé dans un nouveau cocon de 30 m², en plein cœur de Couzon-au-Mont-D’Or. À peine installé, voilà l’odeur des peintures déjà présente, comme pour mieux murmurer à l’oreille du Lyonnais de poursuivre sa collection.

En attendant l’ouverture au public, ce rêveur se plaît à donner naissance à des portraits féminins, incarnations de la grâce et de ses pulsions poétiques, qu’il représente au fil de traits noirs ou colorés. D’apparence simplistes, ces derniers sont pourtant le fruit d’une réflexion longue et rigoureuse. « Le plus difficile, c’est d’avoir l’idée concrète dans sa tête, cela peut prendre des jours, voire des semaines. Mais, une fois trouvée, je peux commencer à peindre », assure ce dernier.

Une bulle bientôt percée à jour par les Couzonnais

 Le Lyonnais n’a pas attendu de trouver l’inspiration, ni de changer d’horizon pour plonger le public dans son univers si particulier. Au cœur de son ancien fief, campé à la Croix-Rousse, Don Mateo exposait déjà ses œuvres dans son atelier. « Je présentais certaines de mes créations, et certains m’appelaient pour m’en acheter.

 

L’art, c’est ça, c’est aussi un échange avec les gens », précise l’artiste, désormais installé dans un ancien salon de coiffure de la rue de la République. Depuis, vitrine éclairée, ce créateur illumine la ville de ses œuvres, colorant peu à peu sa bulle, à la vue des habitants.

Les yeux rivés sur ses toiles, ce professeur… d’arts plastiques, y retrouve un peu de l’adrénaline passée, ressentie jadis, lorsque l’artiste utilisait « sauvagement » ses pochoirs sur les murs de la capitale des Gaules. Il n’empêche, éveiller son art, c’est savoir le laisser évoluer au fil du temps…

L’utilisation des pochoirs devenue statique, celle-ci aura donc laissé place au papier découpé et une mise en abîme dans ses portraits, avant que ceux-ci ne découlent d’un plus conventionnel coup de pinceau. Accidentel, mais juste.

 L’art de se dépasser pour créer sans limite

 « Je cherchais vraiment de la liberté, un lâcher-prise où mon geste n’était pas limité », décrit-il. Une satisfaction qu’il retrouva ainsi dans l’exécution de ses fameux portraits féminins, presque abstraits, mais diablement séduisants. « L’exaltation de la peinture réussite, c’est ce qui fait qu’on se lève tous les matins. C’est tellement puissant. C’est incroyable. Quand je réussis une peinture, pendant deux jours, c’est un pur bonheur », ajoute le peintre, sourire aux lèvres.

À l’heure où l’individualisme prime sur la société, l’art devient alors un outil de partage avec le monde, en témoigne cette dernière fresque colorée, accomplie dans un lieu d’accueil pour les femmes migrantes du côté de Villeurbanne. Donner du sens à son art, prendre le temps de la réflexion, voilà tout le sens de sa passion. Avec pour ultime plaisir, « l’âme du pinceau qui caresse la toile »…

> Plus d’informations sur son site internet : www.donmateo.fr