Texte : Fanny Suteau – Fondée en 2019, l’association Allegria accompagne partout en France, mais aussi en Belgique et en Suisse, des personnes survivantes de violences sexuelles. Son objectif : rendre visibles les conséquences à long terme et proposer un accompagnement sur mesure.
Ce que l’on ne voit pas, souvent, dure le plus longtemps. Après les violences, quand tout semble « terminé », commence une autre réalité, plus silencieuse, plus diffuse. Celle que l’association Allegria tente de nommer, comprendre, et surtout accompagner.
« Le cercle de la violence continue même après »
À l’origine d’Allegria, un constat. Et une histoire. « Je suis une ancienne personne victime… et je me suis rendu compte qu’il n’y avait rien après », confie sa fondatrice, Raphaëlle Girardot.
L’association accompagne aujourd’hui des survivants et survivantes sur tout le territoire à travers un parcours d’un an, via une quinzaine de groupes actifs, divisés en petits groupes de 5 à 6 personnes, soit près de 80 à 90 personnes suivies simultanément, encadrées par une équipe pluridisciplinaire. « Le premier besoin, c’est de parler sans avoir besoin d’expliquer », souligne la fondatrice.

L’association s’est rendue à l’exposition de la photographe Zoé Chambert à la galerie d’art No Bad Day (Lyon 2) en juin 2025
« Les violences ne s’arrêtent pas quand elles cessent. Elles continuent dans le corps, dans la vie, dans le travail. Le cercle de la violence continue même après », explique-t-elle. Fatigue chronique, culpabilité persistante, difficultés professionnelles ou familiales… les séquelles sont nombreuses, souvent invisibles, et encore peu comprises.
Un accompagnement sur un an pour « se remettre en lien »
Chaque mois, les participants se retrouvent en visio pour des séances mêlant échanges, ateliers et interventions de professionnels (avocats, thérapeutes, spécialistes…). Une approche globale qui reconnecte le corps, le psychique et l’émotionnel.
Parmi les moments les plus marquants : un exercice face au miroir. « Pour la première fois, elles se regardent vraiment », explique la fondatrice. Un face-à-face souvent bouleversant, révélateur d’une image de soi abîmée, fragmentée. « C’est d’une puissance folle », glisse-t-elle.
« On ne guérit pas des violences. Mais on peut apprendre à poser le sac à dos », résume-t-elle. L’objectif : permettre à chacun de retrouver une forme d’équilibre, à son rythme. Accessible (50€ par an), le dispositif se veut inclusif, sans barrière financière. Une philosophie assumée, portée par une équipe d’une quinzaine de bénévoles engagés.

La présidente Raphaëlle Girardot, la trésorière et une bénévole accompagnatrice le week-end dernier lors d’un tournage, afin de réaliser une vidéo promotionnelle de l’association
Comprendre pour mieux agir : un think tank inédit
Au-delà de l’accompagnement, Allegria veut faire bouger les lignes. Son bureau d’étude, devenu think tank, ambitionne de documenter l’« après-violence » à grande échelle. En lien avec plusieurs chercheurs et avec le soutien de Université catholique de Lille, l’association lance une étude nationale pour analyser les impacts humains, sociaux et économiques des violences sur le long terme.
« L’idée, c’est de produire des données, puis des solutions concrètes », explique la fondatrice. Travail, famille, santé… tous les aspects du quotidien seront passés au crible, avant un plaidoyer auprès des institutions.
Car derrière les chiffres, il y a surtout une urgence humaine. « Les personnes victimes ne sont pas seules », insiste Raphaëlle Girardot. « Ce qu’elles vivent, des milliers d’autres le vivent aussi. Les violences ne doivent pas être un tabou : c’est aussi fréquent qu’un rhume à l’automne et qu’une allergie au printemps. Nous sommes toutes et tous concernés, de près ou de loin », conclut cette dernière. Et parfois, commencer par l’entendre, c’est déjà beaucoup.

Raphaëlle Girardot est fière de l’œuvre du grapheur Biron, offert à l’association, qu’il a réalisée en juin 2025















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