Propos recueillis par Morgan Couturier

C’est endeuillé par le décès de nombreux proches, dont l’ancien rugbyman Christophe Pras, que Jean Burdy a vécu cette complexe période de confinement, partagé par l’idée de ressasser ses innombrables souvenirs vécus au sein du groupe Pernod et la nécessité de se plonger dans une nouvelle ère, dessinée au gré de conseils en communication. Pour Lyon People, il accepte de revenir en détail sur ce nouveau chapitre de sa vie.

Comment vivez-vous cette crise à titre personnel ?
Je suis à Lyon ! J’ai la chance d’avoir une maison de famille dans le Forez, mais j’ai pris la décision de ne pas me confiner là-haut. C’est un vieux village et je n’ai voulu prendre le risque de peut-être amener le virus sur place. Je ne saurais jamais si j’ai sauvé des vies mais j’ai préféré rester à Lyon.

Dans quelles conditions étiez-vous confiné ?
Mon appartement est génial, c’est un ancien couvent du XVIIe, sauf que je n’ai ni balcon, ni terrasse. Ça commençait à devenir très angoissant. Heureusement, un jour, une amie journaliste m’a appelé pour prendre de mes nouvelles et m’a proposé d’emménager dans un de ses appartements, à Confluence, avec une terrasse, dans un immeuble ultra moderne.

Avant de vous cloitrer, vous avez cédé au chant du départ chez Pernod. Quel a été le déclic ?
J’ai mis quatre mois à prendre cette décision ! La fusion et le plan de départ volontaire qui a été mis en place par Pernod et Ricard nous a été annoncé début octobre. On a eu les tenants et les aboutissants des conditions à Noël. Et moi, j’ai pris la décision le matin de mes 50 ans, le 17 janvier. Je faisais le yo-yo en permanence entre les avantages à rester dans ce groupe extraordinaire et les inconvénients de rentrer dans une autre ère qui pouvait peut-être me décevoir.

« Sans ce plan de rapprochement, je serais resté chez Pernod jusqu’à ma retraite ! »

Peut-on parler d’une crise de la cinquantaine ?
(Rires) Non, c’est un hasard de vie de la cinquantaine ! S’il n’y avait pas eu ce plan de rapprochement et ce besoin de départs volontaires, je ne me serais jamais posé la question et je pense que je serais resté chez Pernod jusqu’à ma retraite. J’ai échangé avec des amis qui ont vécu ça. Ceux qui sont restés m’ont dit que ce n’était plus pareil. J’ai souvent entendu qu’ils regrettaient, alors que chez ceux qui ont pris le petit chèque de départ, aucun n’a exprimé de regret, même ceux qui avaient un affectif pour leur entreprise aussi fort que le mien, parce que j’étais très attaché. Pernod, c’était ma vie !

Vous est-il arrivé de remettre en question votre décision ?
J’ai pris ma décision, je l’ai annoncée, ça a été accepté. J’ai donné ma lettre recommandée le soir du lancement du Ceder’s aux assistantes du bureau pour qu’elles l’envoient à la DRH. C’était le jeudi, et le vendredi, on a appris que l’on rentrait en confinement. Du coup, le recommandé n’est pas parti.

Officiellement, votre demande de départ n’est donc pas actée ?
Oui et non (rires). J’ai fait un petit mail au DHR pour dire que mon courrier était censé être parti le vendredi et que les assistantes n’étant plus au bureau, peut-être que ça n’avait pas été fait.

Avez-vous eu le temps de boucler vos cartons ?
Non, non ! J’avais prévu de rester jusqu’au 17 avril et la dernière semaine, de faire mes cartons, parce que dans mon bureau, j’ai accumulé des tonnes de souvenirs. Vider mon bureau, ça va bien m’occuper. Puis, moi, je suis quelqu’un qui aimais jouer avec l’histoire des marques, donc dans ma réserve, j’ai accumulé plein de trucs. Sauf que là, avec le rapprochement avec Ricard, ils vont avoir besoin de place pour faire rentrer de nouvelles marques. J’avais donc promis à Alain (Potiron, ndlr), mon directeur, que j’allais le débarrasser de toutes mes breliques qui ne sont plus d’actualité. Je ferais ça pendant mes vacances (rires) !


« Pendant les dix jours de rétractation, j’ai beaucoup réfléchi »

Après 25 ans de carrière au sein de la même société, peut-on tourner la page facilement ?
Ce fut très compliqué de prendre la décision, mais à partir du moment où je l’ai prise, bizarrement ce ne fut pas très compliqué de tourner la page. J’essaye, malgré ce contexte, de ne garder que les bons souvenirs. Je suis assez surpris là-dessus, même si pendant les dix jours de rétractation, bien-sûr que j’ai beaucoup réfléchi. Mais non !

Quel est votre plus beau souvenir ?
J’ai bossé sur la question, mais je n’y arrive pas ! En fait, mon meilleur souvenir chez Pernod, c’est que quasiment tous les jours, je me levais avec la banane, parce que je savais que j’allais passer une journée qui allait me plaire. J’ai appliqué la devise de mon papy, « fais un travail qui te plaît, et tu n’auras pas l’impression de travailler ». C’est ça mon meilleur souvenir. Chaque semaine, j’avais la chance de rencontrer des personnes extraordinaires, connues ou pas connues !

« Ma première idée fut de réaliser un rêve de gamin, monter un bar-restaurant »

Vous avez pris la décision de vous tourner vers le conseil en communication. Est-ce le fruit d’une profonde réflexion ou d’un choix par défaut ?
(Il réfléchit). En fait, quand je me suis posé la question de partir ou non, ma première idée fut de réaliser un vieux rêve de gamin, qui aurait été de monter un bar restaurant, puis très vite, je me suis souvenu de toutes les difficultés que rencontrent mes amis qui font ce métier là, qui sont des experts et qui pourtant galèrent.

Ça vous a fait reculer ?
J’ai pris peur et j’ai assez vite refermé cette idée. Pourtant, j’avais noté plein d’idées dans un carnet. J’avais trouvé le nom, deux associés, mais d’un coup je les ai rappelés et je leur ai dit : « vous vous rendez compte de la complexité de ce métier ? » Alors j’ai abandonné, je n’ai pas eu le courage (rires).

Ce projet de restaurant oublié, vous vous êtes tourné vers la communication ?
J’ai fait un bilan personnel et je me suis dit qu’après avoir travaillé dans un groupe, j’ai envie de trouver quelque chose que je puisse faire tout seul. À force de réfléchir, je me suis dit, ce que je peux faire de mieux, c’est ce que je faisais pour Pernod. C’est ça que j’aime faire en fait ! J’aimais les marques que je défendais, donc j’ai décidé de continuer dans un univers que j’aime, qui est l’art de vivre.

Votre image demeure associée à la vente d’alcools, souhaitez-vous conserver un lien avec ce milieu ?
Oui, avec tout ce qui est vins, spiritueux, produits du terroir, tout ce que j’aime. Mais je ne m’interdis rien, il faudrait être fou pour s’interdire quelque chose par les temps qui courent. En tout cas, j’ai envie de m’orienter dans cette direction.

« La communication, c’est savoir s’adapter »

Quels services comptez-vous proposer ?
C’est tellement vaste ! Depuis 15 ans, lorsque l’on me demandait quel était mon métier, moi l’homme de communication, je n’arrivais jamais à expliquer ce que je faisais, parce que la communication, c’est tellement varié. J’ai essayé de le résumer dans un mail. J’ai résumé ce que je pense pouvoir faire et mettre à la disposition des entrepreneurs de la région. Ça peut notamment être du conseil digital. On voit bien l’importance du digital en ces temps confinés. On est dans une société où on a l’impression de le maitriser, alors que très rapidement, on peut être perdu.

La politique nécessite également des conseils en communication. À l’avenir, êtes-vous ouvert à cette idée ?
J’ai des amis qui sont en politique, et à chaque fois, je leur tire mon chapeau. Etre en politique, c’est accepter que plus de la moitié des gens te détestent. Et moi, je ne suis pas fait pour ça ! La communication de crise, ce n’est pas ma spécialité. Mais ce que j’ai appris, c’est que la communication, c’est savoir s’adapter. Elle doit être très personnalisée. Il n’y a pas une communication.

Votre réseau est important. Malgré la crise, le téléphone commence-t-il à sonner ?
Ça ne fait que quelques jours que les gens savent ce que je souhaite faire, et je reçois déjà pas mal de coups de téléphone. Je suis en retard. Je n’arrive pas à répondre à tout le monde. Ces journées confinées passent à une vitesse folle (rires).

Quels seraient vos conseils com pour les entreprises qui sont dans l’obligation d’affronter cette crise totalement inédite ?
C’est simple, mais c’est d’en parler ! Les bonnes idées de communication, elles viennent de l’échange. J’ai du temps libre, et je mets ce temps libre à la disposition de mes amis et de mon réseau, de ces entrepreneurs qui ont juste envie d’en parler. Mon honoraire spécial Covid-19, est de zéro euro. Ces personnes-là sont inquiètes, il y a toujours des démarches administratives, des reports de charges, ils se posent plein de questions. Mais il n’y a pas vraiment de clé, parce que selon le domaine dans lequel tu travailles, tu ne vas pas faire la même chose.


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Interview parue dans le magazine Lyon People de mai 2020