La colère du chef Christophe Marguin. « On nous prend vraiment pour des imbéciles ! »

9 novembre, 2020 | GASTRONOMIE | 1 commentaire

Par Morgan Couturier

Contraint et forcé, comme tous ses confrères restaurateurs, de ranger ses ustensiles de travail le temps du confinement, le président des Toques Blanches Lyonnaises craint le pire pour sa profession, au point de plancher sur un sujet prohibé jusqu’alors : celui des licenciements.

Il a suffi d’une phrase, d’une interrogation formulée par Olivier Véran pour que Christophe Marguin émette son quolibet préféré, débutant étrangement par la même lettre que crise. « Que se serait-il passé si nous n’avions pas fermé les bars et les restaurants dans les Métropoles où le virus circulait le plus ? », a questionné le ministre de la Santé, lors de son intervention télévisée du jeudi 5 novembre.

La réplique du président des Toques Blanches fut rapide et cinglante, à la hauteur du désespoir de sa profession : « c’est n’importe quoi. C’est vraiment un naze ce mec, il est vraiment dangereux. Nous, on ne peut pas faire plus, on a fait tout ce qu’on nous a demandé. On prend toujours l’exemple des grandes surfaces, mais qu’on ne nous dise pas que le virus circule moins dans les hypermarchés que dans les restaurants », peste le gastronome.

Une requête simple, travailler au moins le midi du lundi au vendredi

La réalité est pourtant aussi triste qu’elle n’y paraît et invite inexorablement à contester la politique du gouvernement, censée protéger l’économie autant que possible, en dépit de la nécessité de lutter contre la propagation du virus. Mis hors du jeu du jour au lendemain, sans même avoir été prévenus, les restaurateurs se sentent ainsi lésés, avec pour seule compagnie, les marchandises récupérées la veille du confinement.

« On nous prend vraiment pour des imbéciles ! C’est inadmissible qu’on nous ait fermés du jour au lendemain. Maintenant, ce qui est perdu, est perdu, et la tendance n’est vraiment pas bonne », poursuit le chef établi au 11 avenue de Grande-Bretagne, dans le sixième arrondissement. Néanmoins, comme tout bon cuisinier qui se respecte, Christophe Marguin a appris à gérer la pression.

A tête reposée, et ce, malgré quelques éreintantes séances à la Métropole de Lyon, ce dernier a donc pris le temps d’imaginer une nouvelle recette, une formule magique vouée à sauver ce qui peut encore être sauvé.

« Je pense qu’aussi bien les commerçants que les restaurants, ceux qui respectent les protocoles qu’on a demandés, on devrait les laisser ouverts du lundi au vendredi midi, puis instaurer un couvre-feu complet le soir et un confinement le week-end, mais au moins, tu as cinq jours où tu rentres un peu d’argent », suggère-t-il, s’appuyant sur les maigres résultats de la vente à emporter, largement pénalisée par la généralisation du télétravail.

« S’il faut licencier, on licenciera, on n’aura plus le choix »

« Il y a moins de personnes dans les bureaux, du coup, les restaurants travaillent moins. Les prix sont plus bas, mais si tu veux garder la même qualité, à un moment, c’est compliqué. Soit tu fais des plats de moins bonne qualité, soit… », tu licencies, un terme jadis tabou en gastronomie, mais qui tend aujourd’hui à prendre de l’ampleur, devant la triste réalité du terrain.

« Nous, on demande à travailler, on veut préserver nos emplois. Seulement, là, tout le monde commence à penser aux licenciements et s’il faut licencier, on licenciera. On n’aura plus le choix », regrette le président des Toques Blanches. Une prise de position rare de la part de l’association, discrète jusqu’à présent sur ce sujet. Il n’empêche, le ras-le-bol arrivant à ébullition, les restaurateurs ont décidé de manifester ce lundi à 9h devant la préfecture.

« On n’est pas là pour critiquer, on est là pour faire notre métier. Si on commence à manifester, c’est vraiment qu’on se fait du souci. Après, on ne va pas manifester pour faire les marionnettes, mais je pense qu’on va y arriver », dévoile Christophe Marguin, car aussi vite et fort qu’il faut freiner le virus, il faut trouver une solution à la problématique des restaurateurs.

En attendant, le chef du Président, peut toujours s’appuyer sur une autre formulation bien sentie de son ministre de la Santé préféré : « la situation est tendue, mais nous devons tenir » !

 

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/marco" target="_self">Marco Polisson</a>

Marco Polisson

Rédacteur en chef
Co-fondateur du magazine.
En charge de la rédaction et responsable des partenariats.
Délégué à la protection des données RGPD

1 Commentaire

  1. pol

    Les grandes surfaces et les petits producteurs sont indispensables pour nourrir la population.On peut se passer des restaurant pendant quelque temps.

    Réponse

Trackbacks/Pingbacks

  1. Christophe Marguin : " Nous, on demande à travailler, on veut préserver nos emplois. Seulement, là, tout le monde commence à penser aux licenciements " - Food & Sens - […]  À Lyon, comme dans toute la France, les restaurateurs sont très inquiets, le deuxième confinement sanitaire si il dure…

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