Texte : Marc Engelhard Les « révélations » de France 2 et de son émission Envoyé Spécial n’en sont pas pour Jérôme Moroge, maire de Pierre-Bénite depuis 2014. Depuis plusieurs années, l’édile avait déjà alerté les autorités politiques et sanitaires sans résultat.

En 2020, nos confrères de Libération avaient, en effet, déjà publié un article sur le sujet. Signé de la journaliste Aude Massiot, et intitulé « Perfluorés, un déni français », son papier assure que « les pouvoirs publics sont conscients du sujet depuis plus de dix ans », ce qui englobe les mandats de François Hollande et d’Emmanuel Macron – et que « deux points chauds anonymisés sont évoqués : dans le Rhône, à partir de la plateforme industrielle de la commune de Pierre-Bénite, où deux sites des entreprises Arkema France et Daikin Chemical relâchent des PFAS dans le fleuve ; et dans l’Oise, à l’aval de Villers-Saint-Paul, où un site industriel de l’américain Chemours utilise aussi ces substances. »

Selon la journaliste de Libération, la responsabilité de l’Etat – via la DREAL et l’ARS – est clairement engagée : « La DREAL est donc bien impliquée dans ces découvertes. Pourtant, surprise, elle botte en touche face à nos questions : « Je n’ai pas pu avoir confirmation d’une étude de pollution dans les eaux souterraines, nous a répondu notre interlocuteur. La DREAL n’a pas réalisé d’études sur la présence de PFAS dans l’eau ou les sols de Pierre-Bénite. Concernant les installations classées pour la protection de l’environnement, la réglementation actuelle ne prévoit pas le suivi de ces substances, ni dans les eaux souterraines ni dans les rejets. » Idem pour l’Agence Régionale de Santé.

Les services de la Métropole de Lyon connaissaient le danger mais n’ont pas réagi

Le reportage d’Envoyé spécial confirme donc les infos de Libération sur lesquelles le maire de Pierre-Bénite avait immédiatement rebondi. Dans un courrier adressé le 31 juillet 2020 au chef du service pilotage eau potable du Grand Lyon, et que nous avons pu consulter, Gaëtan Juillat, directeur de cabinet de Jérôme Moroge interroge la Métropole écologiste quant à la dangerosité des particules PFS : « Aussi, il semblerait que les perfluorés soient des substances non-inscrites dans le code de la Santé, pourriez-vous nous fournir de plus amples renseignements sur ces molécules émergentes et leur risque potentiel pour les populations ? » Courrier resté sans réponse.

A Pierre Bénite, et particulièrement à l’Auberge Savoyarde de Titi et Jacotte, où nous avons déjeuné aujourd’hui avec le maire, eau du robinet en carafe à l’appui (photo ci-dessus), le scandale sanitaire qui impacte depuis plusieurs jours l’image de la commune est bien évidemment dans toutes les têtes. En particulier dans celle du maire, bien décidé à faire face et tout autant inquiet pour les habitants des communes alentour que pour ses propres administrés. Réunis dans la Maison du Peuple, hier soir, ces derniers – au nombre de 150 – ont découvert avec lui le reportage consacré aux rejets de produits toxiques dans le Rhône.

Ils ont vite compris que les plus à plaindre, dans cette triste affaire, étaient les habitants de Givors et de Gigny qui boivent de l’eau potable directement pompée en aval du barrage, là où les usines Arkema et Daikin rejettent leurs perfluorés, « des composants chimiques aussi appelés polluants éternels présents dans les objets du quotidien mais surtout dans le sol, l’eau et l’air de Pierre-Bénite au sud de Lyon » dixit nos confrères de France 3. L’eau que boivent les Pierre-bénitains provient des nappes phréatiques de Rillieux La Pape, au Nord de Lyon.

« Je m’interroge sur l’inaction de la Métropole en la matière car d’autres commune pourraient être impactées »

Il n’empêche que le maire a appris, que suite à ces rejets, l’air et la terre de Pierre-Bénite et des alentours étaient aussi contaminés. C’est le cas des jardins ouvriers proches de la voie ferrée et du stade Brotillon que Jérôme Moroge a décidé de fermer par précaution. « On nous menti à ce sujet ! » s’insurge-t-il. Le maire de Pierre Bénite a décidé de porter l’affaire devant la justice, en se référant aux courriers adressés au ministère de la Santé et aux services du président écologiste de la Métropole, Bruno Bernard, restés sans réponse.

« Depuis plusieurs années, je n’ai eu de cesse d’interroger l’Etat et l’Eau du Grand Lyon sur ces rejets et les mesures à envisager. Il m’a systématiquement été répondu qu’aucune recommandation n’était donnée, ni aucune mesure demandée. Aujourd’hui, je demande des réponses claires à des questions précises : y-a-t-il un risque à évoluer sur le stade du Brotillon ?, l’air que nous respirons à proximité de l’usine est-il de nature à détériorer notre état de santé ? Car si c’était le cas, nous aurions affaire à un vrai scandale de santé publique. » révèle-t-il dans une vidéo diffusée ce jour sur sa page Facebook.

« Sans attendre des réponses de l’Etat qui ne viennent pas », le maire de Pierre Bénite a décidé de commander une étude sur la présence du perfluoré dans les sols de la commune. Les résultats seront analysés par les équipes du professeur François Targe qui supervisera également la campagne de prélèvements sanguins qui va débuter dans les prochaines semaines. « Je suis inquiet et révolté de l’absence de réponses de la part de l’Etat qui doit prendre ses responsabilités ! » conclut le maire qui annonce porter plainte pour mise en danger de la vie d’autrui.