Par Marco Polisson

L’immobilier est l’un investissements fétiches de nos compatriotes. Toutes les catégories socio-professionnelles s’y sont mis, alimentant de façon régulière le Monopoly lyonnais. Game over en cas de victoire des Verts ? Enquête auprès des bailleurs et des promoteurs.

Et on commence avec une de leurs mesures phares : les loyers encadrés. Ce n’est pas le genre de nouvelles qu’affectionnent les investisseurs, petits et grands. On pensait que Lyon serait épargnée, mais rien n’est moins sûr. La mesure déjà en vigueur à Paris et à Lille est au programme du bloc écolo-communiste en lice pour les élections municipales du 28 juin prochain.

Elle figure en bonne place dans la panoplie immobilière du candidat Grégory Doucet qui ne compte pas traîner s’il renverse la coalition Cucherat-Blanc : « Nous mettrons en place dès les premiers mois du mandat l’encadrement des loyers dans la Métropole de Lyon. De ce fait, les loyers à la relocation seront limités par référence aux loyers médians (par quartiers et par catégories de logement). »

Page 22 du programme des Verts

Si l’on comprend le but recherché « Lyon ne doit pas suivre le modèle parisien, mais rester accessible pour toutes et tous », les professionnels savent d’expérience qu’il s’agit-là d’une mesure contre-productive. « C’est totalement démagogique et ça n’a jamais fait baisser les prix du m2 ! » dénonce Romain, un régisseur bien connu sur la place :

« Il s’agit d’une mesure scélérate pour tous les petits investisseurs qui ont monté leur investissement locatif grâce à un prêt et calculé son remboursement sur la base d’un loyer libre. Dans les faits cela ne peut que ralentir l’investissement locatif… et inciter les petits bailleurs à vendre des appartements qui ne seront pas achetés faute de moyen par les personnes à faible revenu donc cela ne peut à terme que réduire l’offre locative ! » conclut-il.

Patrick Lozano, lors des vœux de l’UNIS en janvier 2020.

Un son de cloche partagé par le régisseur Patrick Lozano (photo ci-dessus). Interrogé par Lyon People, le président de l’UNIS* n’a pas fait dans la langue de bois :

« Les annonces d’un encadrement des loyers sur la métropole de Lyon sont un très mauvais signe envoyé aux investisseurs, dont la plupart sont de petits propriétaires qui ont besoin de confiance.

Et Patrick Lozano d’enchaîner : « Ces annonces politiques risquent de tendre un peu plus le marché locatif local, qui n’en a pas besoin. Le fait d’imposer une nouvelle règle, va susciter un engouement des propriétaires habitués à louer leur bien de manière classique, pour une location de meublés de tourisme (type AirBnb), beaucoup moins taxée et non concernée par un quelconque encadrement. Nous aurons un revers de médaille à double impact :

  • Vider les quartiers de leurs habitants
  • Retirer de l’offre locative un bon nombre de logements destinés aux lyonnais.

La métropole de Lyon doit-elle vivre au rythme des touristes ? Des loyers trop chers ! de quoi parlons-nous ? Suivant les éléments communiqués par l’agence d’Urbanisme de l’aire Métropolitaine lyonnaise, l’évolution annuelle moyenne des loyers est de 1,10% en trois ans sur l’ensemble du périmètre. »

Comme cela est arrivé à Grenoble, la chute des prix de l’immobilier est la hantise des petits propriétaires – Photo LP

Quels enjeux pour le logement demain ?

« La rareté des logements de type 4 ou plus, ne permet plus de loger les familles dans les quartiers du centre-ville. La forte attractivité du territoire interroge sur le maintien de la qualité du cadre de vie dans l’agglomération, et voir retirer du marché régulièrement des logements locatifs, va générer une vraie tension.

La sagesse Lyonnaise a démontré depuis très longtemps que le niveau de loyer appliqué sur notre ville et notre métropole restait acceptable, encore faut-il que nos politiques locales nous permettent de loger tout le monde. » conclut Patrick Lozano. Seconde inquiétude : la dépréciation des biens immobiliers, une mésaventure vécue par des Grenoblois après la victoire d’Eric Piolle (EELV).

Pour les promoteurs, les Verts « n’y comprennent rien ! »

La Tour Incity et le projet Part-Dieu 2020. Les écologistes veulent réduire l’immobilier de bureau et stopper la construction de tours dans notre quartier d’affaires

« C’est vrai qu’ils ne sont guère rassurants. En plus, ils ne comprennent rien au fonctionnement de la métropole. Quand ils disent qu’on va passer la construction de 4000 à 6000 logements par an à la métropole, ils confondent tout. En fait, aujourd’hui, la métropole finance 4000 logements mais on n’en construit même pas la moitié, le reste de cette autorisation de financement est destiné à l’amélioration de l’habitat donc de menus travaux ! » affirme le représentant d’une famille de promoteurs qui, en matière de constructions, font dans la dentelle…

Et le promoteur d’ajouter : « Tout ce qu’on construit en social est subventionné par la construction neuve dans le cadre de la loi qui oblige à destiner 30 % de construction collective au logement social. Donc, la seule solution de construire 6000 logements sociaux est de construire en même temps 12 000 logements privés soit 18 000 donc beaucoup plus que ce que fait un maire bâtisseur comme Collomb. Pas à une contradiction près ces gens-là ! »

De son côté, Pierre pointe un risque de blocage : « S’ils sont élus, nous aurons droit à une refonte du PLU H dès le mois de septembre et deux ans de latence avant le vote d’un nouveau PLUH. Ça va retarder tous les projets immobiliers ! »  Soit une double peine après l’arrêt des chantiers pendant le confinement.

Le patrimoine ne fait pas partie du vocabulaire écologiste – Photo LP

Plaidoyer pour la diversité architecturale et le patrimoine

Si le sujet du logement est majeur, celui du patrimoine doit l’être aussi. Sa défense est dans l’ADN de notre magazine qui, depuis sa création, milite pour une densification raisonnée de notre métropole. Il est impératif de conserver l’identité de certains quartiers pavillonnaires et verts, comme Montchat et Monplaisir.

A la Part-Dieu ou à la Confluence, les réalisations des promoteurs sont en adéquation avec le caractère très urbain de ces quartiers. C’est ainsi qu’on peut préserver l’art de vivre à la lyonnaise qui ne rime pas avec une ville uniformisée. Cette diversité architecturale n’a jamais été comprise par Thierry Philip, mais est désormais actée par Yann Cucherat et François-Noël Buffet.

L’enjouement des Lyonnais pour les Journées Européennes du Patrimoine démontre leur attachement à la préservation de notre patrimoine bâti. Le programme des Verts ne comporte aucun passage sur cette thématique. C’est dire…


* L’UNIS est la première organisation de professionnels de l’immobilier qui représente tous les métiers du secteur : agents immobiliers, gestionnaires locatifs, administrateurs de biens, experts immobiliers et promoteurs-rénovateurs