Par Morgan Couturier

Fermés depuis le printemps dernier, les établissements de nuit s’efforcent de survivre, malgré l’absence de revenus. Pointés du doigt pour leur supposée vocation à diffuser le virus, leurs patrons cherchent à être entendus pour revoir le jour.

Il fut un temps, pas si lointain, où la nuit, tous les chats étaient encore gris et les clubs enthousiasmés par les talents de danseurs de leurs clients. Un conte de fées que l’on raconte aujourd’hui comme un vague souvenir de jeunesse, la piste ayant laissé l’obscurité s’installer, pour obliger ses adeptes à demeurer cloîtrer chez eux. À l’inverse, les lumières éteintes, voilà désormais les patrons contraints à se vêtir… de noir pour voir le jour, manifester et surtout, se faire entendre, ce qui sera le cas lundi 16 novembre 2020 à 15h place Bellecour.

Le disque est connu, car inlassablement répété depuis la première vague. Hélas, faute d’être écouté, le monde de la nuit doit se résoudre à radoter les mêmes paroles, avec pour seule arme, le pouvoir de rehausser le son des protestations et de s’accrocher à un espoir : celui de rester en vie. Une rude épreuve, alors que le gouvernement semble s’être endormi sur ce sujet.

« Il n’y a rien qui montre qu’une discothèque, c’est dangereux ! »

« Nous, on veut être écoutés, on en a marre du mépris ! Je pense qu’on est dans une politique où l’on ne prend pas de risque. Aujourd’hui, il n’y a pas d’étude, il n’y a pas de chiffre, il n’y a rien qui montre qu’une discothèque, au même titre qu’un bar ou un restaurant, c’est dangereux. Le gouvernement nous ferme, mais il ne s’appuie sur rien. Il y a une forme de dédain de la part du ministre de la Santé, alors qu’il n’y a pas que des soirées médecine dans la vie. Alors évidemment, aujourd’hui, le confinement est sans doute la seule solution, mais on paye leurs inactions d’avant », argue Thierry Fontaine.

Immanquablement impacté par la situation, le président de la branche nuit de l’UMIH, ne connaît que trop bien la musique, lui, qui interrogé par Lyon People cet été, espérait rouvrir à la rentrée. Entre temps, l’étincelle s’est éteinte, la catastrophe est arrivée, et la deuxième vague a emporté ces maigres espoirs de réouverture. « Pour avoir une véritable stratégie de confinement, le gouvernement aurait dû se baser sur des études sérieuses. Il faut regarder où se place le risque dans le comportement des gens. Il faut d’abord savoir qui est le coupable et où on a mal avant de soigner », complète-t-il.

Le vaccin et la solidarité, ces derniers espoirs de survis

Trop souvent définis comme les coupables idéals, les établissements de nuit, par la voix de Thierry Fontaine, tiennent pourtant à rappeler que les contaminations interviennent régulièrement dans la sphère familiale, ce lieu de confiance où les gestes barrières ont tendance à être omis, et ce, encore plus en ces temps de confinement, où le sentiment de sécurité invite à moins se méfier. Un constat encore complexe à faire avaler et à prouver, que Thierry Fontaine espère pourtant voir éclater prochainement, sans quoi, la situation des discothèques et des bars ne pourra se développer.

« On a quand même un espoir, c’est le vaccin. Avec lui, on voit le bout du tunnel. Je ne dis pas qu’on est sauvé, mais on va vers le mieux », évoque le propriétaire du Loft Club. Et pour cause, l’arrivée d’un vaccin étant estimé au mieux à six mois, perdurer autant de temps sans revenu, paraît bien compliqué, et ce, malgré la possibilité de bénéficier d’exonération de loyers, une mesure que l’on pensait bénéfique aux dirigeants de boîtes de nuit.

« Tu es bailleur, tu as un loyer de 10 000€ par mois, on te promet un crédit d’impôt de 50%, mais ça veut dire que tu t’assois sur 5000€. Et encore, pour avoir ce crédit d’impôt, il faut faire des bénéfices, mais si tu n’en as pas, il n’y a rien à faire. C’est donc un effet d’annonce qui va concerner que 5 à 10% des bailleurs », argue-t-il. Sans véritables mesures, et avec une trésorerie s’effondrant au jour le jour, Thierry Fontaine mise donc ses dernières espérances sur la solidarité ambiante et l’aide des petits commerçants, qu’il espère plus présente qu’en mars dernier.

« Quand seules les discothèques étaient fermées, il n’y avait pas un commerçant qui parlait de nous. Aujourd’hui, tout le monde demande à être solidaire. Nous, on l’est, parce que c’est dans notre ADN, même si on est conscient que quand ça va rouvrir, nous allons être oubliés par ces personnes. Quand ces gens vont reprendre leurs activités, on aimerait qu’ils ne nous oublient pas une seconde fois, et qu’ils se rappellent qu’il y a encore des combattants sur le champ de bataille. Il faut que la solidarité perdure », invoque-t-il, non sans une pointe de regrets.