Texte : Fanny Suteau – Incroyable mais vrai. Corinne Reversade, directrice générale de la Folie Douce fondée avec son mari Luc, se relance dans la course aux municipales. Une décision mûrie, presque intime, pour celle qui a adopté la station il y a plus de 35 ans.
Elle avance d’un pas sûr, lunettes vissées sur le nez et doudoune bien fermée contre le froid sec de la montagne. À 58 ans, Corinne Reversade souhaite mettre son expérience de chef d’entreprise et son ancrage familial au service de l’avenir de la station.
Des bancs de Berkeley aux sommets savoyards
Rien ne destinait pourtant cette diplômée d’école de commerce, MBA en finance internationale à Berkeley, à diriger l’un des établissements les plus emblématiques des Alpes. « J’ai fait des études qui n’ont rien à voir avec la restauration », plaisante-t-elle. À son retour des États-Unis, elle rencontre Luc, son futur mari qui a usé ses fonds de culotte à l’école Lesdiguières (Grenoble) avec Jean-Claude Caro et Jean-Paul Lacombe. En six mois, elle change de vie et rejoint Val-d’Isère en 1990.

Jean-Paul Lacombe et son vieux complice Luc Reversade au Dîner des grands chefs donné à Lyon à l’occasion du SIRHA 2021 – Photo Marco Polisson
Le hasard ? Pas tout à fait. Sa famille paternelle est originaire de Bourg-Saint-Maurice. « C’est un hasard si je reviens dans la région, mais un hasard qui fait sens ». Depuis, elle ne l’a plus quittée. Avec Luc, de vingt ans son aîné, ils construisent une famille à trois générations, soudée autour d’un projet commun, rejoints dans l’aventure par leurs deux fils, Arthur (qui a tenu pendant plusieurs années le resto festif Les Planches, à Albigny) et César.

Arthur Reversade (à droite de la photo) aux Planches en 2012 avec Julien Mathon
À l’origine, La Folie Douce est une petite maison tenue par sa belle-mère.
Corinne apprend tout : la cuisine, le service, la gestion. « Ma belle-mère m’a transmis la passion », insiste cette dernière. En 2007, un virage stratégique transforme l’affaire familiale en véritable locomotive économique : 8 établissements voient le jour sous enseigne, 240 salariés à Val-d’Isère, 140 aux Arcs.
« Notre métier, c’est la passion. Mais c’est aussi une logistique de tous les jours », indique la directrice. Restauration d’altitude, spectacles, DJ, artistes : l’entreprise devient une scène à ciel ouvert, accueillant jusqu’à 4 000 personnes par jour.
L’engagement, une affaire de fidélité
La politique n’est pas une découverte pour Corinne Reversade, qui a déjà siégé deux mandats au conseil municipal, aux côtés de l’ancien maire Marc Bauer. Elle évoque aussi la figure de Gérard Mattis, premier adjoint et oncle de Xavier Mattis, son colistier : « Il m’a beaucoup conseillée. Il m’a donné envie de m’investir », souligne-t-elle.

Corinne Reversade et Xavier Mattis, tête de liste
Défaite aux dernières municipales, elle observe l’évolution de la gouvernance actuelle. « Je n’y retrouvais ni proximité avec les commerçants, ni avec les Avalins ». L’idée d’un retour fait son chemin. Lorsque Xavier Mattis vient la voir, la décision s’impose. « Avec Xavier, sans aucun problème. C’est quelqu’un du terrain, pas un politique. Il connaît l’histoire, les familles, les agriculteurs, les socioprofessionnels de Val-d’Isère », explique-t-elle.
Si la liste « Réveil Avalin » est élue, Corinne Reversade occupera le poste d’adjointe aux finances. « Au quotidien, je gère 240 personnes. Je pense pouvoir amener de l’organisation », indique-t-elle. Mais au-delà des chiffres, elle insiste sur l’humain : « Il faut redonner de la proximité, du dialogue. Les agents communaux doivent être écoutés ».
Trois enjeux majeurs : logement, JO 2030 et gouvernance ouverte
Les défis sont immenses. Le logement d’abord, « c’est la priorité numéro un », martèle l’entrepreneure. Dans la station au mètre carré le plus cher de France, les saisonniers peinent à se loger, les enfants du pays s’exilent. « Si on ne trouve pas de solution, on limitera notre développement », souligne Corinne Reversade, qui parle en connaissance de cause : loger ses propres équipes est un casse-tête permanent.
Autre enjeu majeur : les JO 2030. « Les JO, oui. Mais pas à n’importe quel prix ». Elle souhaite un vote consultatif des habitants, avec « une gouvernance ouverte, transparente, dynamique ». Même exigence pour le renouvellement de la délégation des remontées mécaniques en 2032, aujourd’hui exploitée par la STVI, filiale de la Compagnie des Alpes. « Il n’est pas normal que la station ne profite pas davantage de ses retombées », précise-t-elle.
« C’est un village avant d’être une station. On y vit à l’année », ajoute Corinne Reversade.
Entre investisseurs internationaux et familles avalines, celle-ci veut retisser du lien. « Val-d’Isère n’a jamais été sélective. Sa richesse, c’est la cohabitation de tous ». La cheffe d’entreprise sait la montagne exigeante, l’économie fragile, l’équilibre délicat, entre tourisme et vie locale. Mais elle revendique l’audace. « On a un environnement exceptionnel. Il faut en prendre soin. Mais il faut aussi savoir l’embellir. Et surtout, il faut oser l’avenir », conclut-elle.
La partie est loin d’être gagnée
Face à la liste « Réveil Avalin » menée par Xavier Mattis, la majorité sortante entend bien défendre son bilan. À sa tête, le maire actuel, Patrick Martin (sans étiquette), opticien de profession, brigue un second mandat après six années passées à la tête de la station. Son objectif affiché : poursuivre les projets engagés durant la mandature, notamment autour du logement, de l’action sociale et des grands dossiers structurants pour la commune.

Patrick Martin, maire sortant, sera-t-il sorti ? Photo © Yann Allegre
Sa liste, baptisée « Impulsion Avaline », s’inscrit dans la continuité de la gestion municipale actuelle. L’équipe met en avant la stabilité et la poursuite des investissements engagés dans une station confrontée à des enjeux majeurs : développement touristique, pression immobilière et préparation des Jeux Olympiques d’hiver 2030. Des dossiers structurants qui devraient occuper une place centrale dans la campagne.
Dans ce village d’environ 1 600 habitants où tout le monde se connaît, la campagne s’annonce particulièrement disputée. Deux visions s’opposent désormais : celle de la continuité portée par la majorité sortante et celle du changement défendu par la liste « Réveil Avalin ». Dans ce contexte, chaque voix comptera pour départager les deux équipes et dessiner l’avenir politique de Val-d’Isère.



















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