Texte : Philippe Lecoq – 28 millions de tonnes de ciment, 9,4 millions de m3 de béton, près de 23 millions de tonnes de granulats vendus partout dans le monde ou presque. 67 carrières, 17 cimenteries, et 5 centres de broyage, 275 centrales à béton… Présence dans douze pays, en Afrique, aux Amériques, en Asie, en Europe et en France bien sûr, les chiffres – évolutifs – du groupe Vicat, groupe familial industriel international de 10 000 salariés, donnent vite le tournis.
Mais avant d’être un groupe, Vicat c’est d’abord un nom. Une référence. Un repère. Un nom inscrit dans les esprits des Rhônalpins depuis des générations, puisque Vicat est lié à Grenoble et sa région, et que son siège est à L’Isle D’Abeau (Nord-Isère) ; un nom plébiscité par les artisans et chefs d’entreprise du BTP ; un nom lié au ciment comme Frigidaire l’est au réfrigérateur. Un nom connu et reconnu, étudié en classe, par la grâce de Louis Vicat, inventeur du ciment moderne. Et puis Vicat c’est le dernier groupe français indépendant producteur de ciment et béton, les autres sont tous passés sous bannière étrangère. Un groupe qui à plus de 170 ans, conjugue des dizaines de métiers pour une offre complète dans la construction autour de valeurs familiales et d’un talent marqué pour l’innovation.

Louis Vicat (1786 – 1861)
L’aventure familiale commence donc avec Louis Vicat
« En 1812, c’est un jeune ingénieur des ponts et chaussées, polytechnicien, qui se retrouve affecté à Souillac avec une mission : construire un pont sur la Dordogne. Ouvrage stratégique à l’époque puisqu’il se situait sur la route de l’Espagne contre laquelle la France Napoléonienne est en guerre (1808 – 1814) » raconte Pierre-Olivier Boyer, aujourd’hui délégué général de la Fondation Louis Vicat. « Il fallait que les troupes françaises puissent passer les fleuves sans encombre sur un pont solide et résistant à une Dordogne qui connaissait des crues assez violentes ».
Mais 1812, c’est aussi la campagne de Russie, la France manque de crédits pour ses infrastructures. Louis Vicat, ne pouvant pas continuer ses travaux, dispose donc d’un peu de temps libre… pour chercher un liant efficace afin de joindre les pierres du pont, qui puisse résister à la poussée de l’eau. « A l’époque les connaissances en la matière sont encore très empiriques. Les dosages restent artisanaux, Louis Vicat va avoir une approche scientifique et va mener plusieurs expériences.

Pont Louis Vicat à Souillac
C’est en 1817 qu’il découvre la loi de l’hydraulicité des chaux et ciments
Pour faire vite, il découvre les justes proportions de mélange calcaire-argile et leur cuisson pour faire un liant qui fait prise sous l’eau. Cette découverte, appelée « ciment artificiel » a révolutionné l’industrie. Il ne dépose pas de brevet sur son invention « préférant la gloire d’être utile à celle d’être riche », rappelle Sophie Sidos Vicat, présidente de la Fondation Louis Vicat. Le pont, lui, est achevé en 1824. Avec sa découverte, Louis Vicat devient une star, notamment auprès des architectes et des constructeurs qu’il conseille, mais aussi des scientifiques qui le font entrer à l’Académie des Sciences. Il meurt en 1861, laissant trois enfants, dont Joseph, polytechnicien lui aussi, qui s’est lancé dans l’aventure industrielle en 1853 en construisant une première cimenterie au sud de Grenoble, au Genevrey-de-Vif.
Il met en œuvre dans cette cimenterie la méthode de fabrication dite de « double cuisson » permettant la fabrication d’un ciment homogène et régulier. C’est Joseph qui est à l’origine de la saga industrielle familiale. Après lui, de gendres en fils, Vicat sera toujours dirigée par un descendant de Louis et Joseph : Maurice Merceron – il a épousé Suzanne Vicat – était également polytechnicien ; Joseph Merceron-Vicat, petit-fils de Joseph, était géologue. André qui lui succède est ingénieur ESTP. Comme Jacques Merceron-Vicat qui prend les rênes en 1984 et donne au groupe sa dimension internationale actuelle. Enfin Guy Sidos, ingénieur de l’École Navale, actuel PDG après une carrière dans la Marine, et avoir commandé le sous-marin Nucléaire d’Attaque Perle ».

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Un secret de cette longévité familiale ?
La capacité à se renouveler industriellement, à innover, inventer, poser des brevets et s’adapter au marché. Le groupe a également vu venir la concentration du secteur dans les années 60, en se donnant les moyens de racheter des usines en France. Et prendre le virage de l’international. « Dès 1974 avec André Merceron-Vicat aux commandes. Il rachète la cimenterie de Ragland en Alabama (Etats-Unis). Une cimenterie qu’ils modernisent ». En 1987, Vicat rachète la cimenterie de Lebec, en Californie.
Et puis à partir des années 90, le groupe investit en Turquie, au Sénégal en 1998. Plus tard en Inde. Partout où il y a de l’argile et du calcaire, mais aussi un potentiel de développement. « Le dernier achat a été fait au Brésil, en 2019, à Brasilia. Et aujourd’hui Vicat augmente sa capacité de production et modernise les installations industrielles du Sénégal ». L’international n’était pas une option. Dans les années 70 la France consommait 30 millions de tonnes de ciment. Aujourd’hui c’est 16 millions.

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Autre point marquant du groupe pour montrer son efficience à conserver le leadership ou du moins consolider sa place parmi les majors, sa stratégie d’intégration verticale de son activité, dès les années 90, afin de ne pas subir. Béton, granulats, transport, logistique, contrôle, produits annexes comme les colles, mortiers, enduits ou mastics avec VPI (Vicat Produits Industriels). On pourrait ajouter tous les efforts et projets sur la transition écologique, la décarbonation, inscrire l’économie circulaire au cœur de l’entreprise. Mais cela n’est plus de l’histoire, c’est de l’actualité.
Reste, comme déjà évoqué plus haut, l’obsession de l’innovation, de la recherche et du développement – les bétons et les ciments sont de plus en plus techniques, adaptés à chaque usage – qui semble avoir été la clef de la réussite de cette incroyable saga française. Mais innover, inventer, créer, quand on est les descendants d’un Louis Vicat, cela parait une évidence. C’est inscrit dans les gènes.

Inscription de (Louis) Vicat sur la Tour Eiffel à Paris
Dans la vie lyonnaise
Vicat prolonge l’aventure aux côtés du LOU Rugby jusqu’en 2031
Le LOU Rugby est fier d’annoncer la prolongation de son partenariat avec son partenaire majeur Vicat pour les cinq prochaines saisons. Le premier cimentier français a à cœur de placer l’humain au centre de ses projets. Des valeurs que l’on retrouve également dans le rugby. Déjà visible au dos du maillot du LOU Rugby, Vicat confirme ainsi son engagement durable auprès du club.

Sophie Sidos-Vicat, Karim Ghezal, manager du LOU Rugby, Guy Sidos et Marc-Antoine Ginon, président du LOU Rugby















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