Interview. Martial Saddier : « Le tourisme en Haute-Savoie, c’est bien plus que le ski »

2 mai, 2026 | Actualités économiques | 0 commentaires

Propos recueillis par Fanny Suteau A l’issue de l’assemblée générale du Comité Départemental du Tourisme Haute-Savoie Mont-Blanc, le président du CDT et du Département, Martial Saddier, revient sur le bilan de la saison écoulée et dévoile les grandes orientations de la campagne printemps-été 2026. Attractivité, transition, évolution des pratiques touristiques : entretien avec un élu au cœur des enjeux du territoire.

LP : Quel regard portez-vous sur la saison écoulée en Haute-Savoie ? Peut-on dire que ce fût une bonne année ?
Martial Saddier :
Lundi 20 avril 2026, nous avons réuni tous les acteurs du tourisme pour l’assemblée générale du Comité Départemental du Tourisme Haute-Savoie Mont-Blanc et oui, on peut considérer que c’est une très bonne saison. Et en tout cas, c’est ce que nous ont dit tous les acteurs du tourisme.

Qu’est-ce qui a, selon vous, le plus marqué cette saison ?
Ce qui a marqué la saison, ce sont d’abord de très bonnes vacances de Noël, avec des taux de remplissage exceptionnels. On observe aussi une tendance avec un mois de janvier qui se consolide, notamment grâce aux clientèles étrangères. Autre point important : la résistance au ski de printemps, malgré le réchauffement climatique. Aujourd’hui, dès qu’il fait beau, les usages changent, les gens sortent au bord du lac, faire du vélo, passer la tondeuse. L’évolution du climat n’est plus très favorable au ski de printemps. Mais cette saison, il a plutôt bien résisté, mieux que dans d’autres départements. Enfin, malgré un épisode neigeux exceptionnel de 15 jours en février, notamment dans la vallée de Chamonix avec jusqu’à 3 mètres de neige et des remontées mécaniques fermées, nous enregistrons des chiffres qui, globalement, sont en progression. On enregistre +5,2 points au printemps, et +1,6 sur l’ensemble de la saison. Sachant que ces 1,6 points sont à comparer à des années déjà record, comme l’année dernière. Quand chaque année on bat des records, c’est que la tendance est bonne.

La saison de ski a été marquée par un enneigement exceptionnel

Le tourisme en Haute-Savoie reste-t-il dépendant des saisons ou assiste-t-on à un véritable rééquilibrage annuel ?
Depuis tout temps, le tourisme en Haute-Savoie a été caractérisé par un tourisme quatre saisons, avec deux très marqués : l’été et l’hiver. C’est lié à la fois à l’histoire du département, à la topographie et à l’altitude de nos stations de ski. L’objectif, c’est d’avoir un équilibre du poids du tourisme d’hiver par rapport au tourisme sur l’ensemble des autres saisons. Et cette tendance est en train de se réaliser, notamment grâce à l’attractivité de nos stations-villages. On vient à Noël pour l’ambiance, même sans ski. On est au milieu des sapins, on offre un cadre d’accueil des familles qui est quasiment unique en France. On a aussi des stations de haute altitude, comme le Grand Massif, les Aravis, les Portes du Soleil, Chamonix, la vallée de Chamonix. Et puis l’été, ces stations-villages sont aussi attractives, Combloux, La Clusaz, Châtel, Le Grand Bornand. Grâce à nos alpages, aux deux grands lacs, tout le réseau de petits lacs que nous avons et le développement du vélo, notamment avec les championnats du monde qui auront lieu l’année prochaine, on conforte une activité touristique estivale déjà très forte.

Quelle est aujourd’hui votre vision du tourisme en Haute-Savoie : croissance, régulation ou transformation ?
L’objectif est de stabiliser la fréquentation en haute saison et d’allonger les saisons au printemps et à l’automne. Le CDT n’essaye pas forcément d’amener plus de monde en haute saison l’été, à Chamonix, Evian ou Annecy, mais à valoriser d’autres territoires qui ont des capacités d’accueil qui ne sont pas saturées. On mise aussi sur les intersaisons, avec un climat qui évolue pour développer de nouvelles clientèles, de retraités, de séminaires économiques… Aujourd’hui, en Haute-Savoie, au mois de septembre jusqu’à mi-octobre, on a quand même un été indien. Et puis au printemps, dès le mois de mai-juin, on a quand même des températures agréables. On a énormément d’eau partout, on a des nuits fraîches et on a encore des paysages verts en plein été, là où, partout ailleurs, les cours d’eau sont à sec et l’herbe brûlée par le soleil.

Quels enseignements tirez-vous pour les années à venir face aux évolutions climatiques ?
Sur les stations de haute altitude, il restera du ski et on parie encore dessus. Sur les stations de basse altitude, on les accompagne vers une reconversion progressive, on ne les abandonne pas. Cela passe par le développement d’activités nature, du vélo, de l’eau, mais aussi par un positionnement autour de la famille. On a aussi la chance d’être un département avec une histoire patrimoniale et culturelle du fait de son positionnement. Et puis on a la montagne, qui a été le refuge pour lutter contre certaines maladies, comme la tuberculose. On a abrité parmi les plus grands artistes de la planète, venus se faire soigner en Haute-Savoie, laissant derrière eux tout un tas de lieux patrimoniaux, historiques.

« Il faut se partager le territoire et le respecter »

Comment concilier attractivité touristique et préservation d’un territoire aussi sensible que le vôtre ?
Il faut se partager le territoire et le respecter. Il faut que les habitants comprennent que des gens ont envie de venir en vacances sur notre département, parce que c’est beau, qu’on a des bons produits et des paysages magnifiques. Et puis il y a tout un travail de pédagogie à faire auprès des touristes, pour qu’ils respectent notre environnement. Nous sommes contents de les accueillir parce qu’ils font aussi vivre une partie de l’activité de la Haute-Savoie.

La Haute-Savoie attire toujours plus. Faut-il désormais apprendre à dire « non » à certains flux ?
Je ne pense pas. Si ceux qui ont la chance de bénéficier de la Haute-Savoie toute l’année refusent l’accès à d’autres, je trouve qu’il y a un côté égoïste. Je suis pour la pédagogie. Il faut mieux répartir les flux, dans le temps et l’espace. On a encore des capacités d’accueil, mais pas forcément aux mêmes endroits ni aux mêmes périodes. Et c’est là tout le sens de l’action du Comité Départemental du Tourisme, et c’est ce que nous demandent les acteurs du tourisme.

« Plus personne ne remet en cause le bien-fondé de nos décisions et de la manière dont le CDT travaille »

Le Comité Départemental du Tourisme de Haute Savoie est désormais pleinement opérationnel. Quel bilan tirez-vous de cette première année d’autonomie ?
Lors de l’assemblée générale, la plupart des acteurs du tourisme étaient présents et les décisions ont été votées à l’unanimité. Tout le monde reconnait la rapidité avec laquelle la structure du CDT s’est installée, la légèreté de la structure avec seulement 10 salariés et 20% de frais de fonctionnement et son importante réactivité. Il y a aussi les résultats : sur les saisons dernières, on a réussi à inverser la courbe de stabilité historique qu’il y avait depuis 20 ans. Je souhaitais que 80% de l’argent du département retourne dans des actions concrètes sur le territoire. Le mandat départemental se termine en 2028. On a créé le CDT l’année dernière, en 2025, et j’espérais cette assemblée pour 2028. Mais 18 mois après sa mise en place, on l’a eue. Je pense qu’aujourd’hui, plus personne ne remet en cause le bien-fondé de nos décisions et de la manière dont le CDT travaille.

Quels sont les événements à venir en Haute-Savoie, notamment sur la saison printemps/été 2026 ?
On veut consolider cette dynamique et continuer sur cette ligne directrice avec le CDT. Je remercie d’ailleurs le département de la Haute-Savoie qui a souhaité la création de ce CDT et qui le finance à 99%. Je remercie aussi les équipes du CDT et mes collègues élus, tous bénévoles. Il va y avoir un tas d’événements colossaux, qui sont le fruit de tout le mandat du département. D’ici un mois, il y aura l’arrivée du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, anciennement le Critérium, puis le G7, qui va quand même propulser la Haute-Savoie sur le devant de la scène internationale. Cet été, nous accueillerons deux étapes du Tour de France. Il y aura aussi la fête du lac d’Annecy, le plus gros spectacle pyrotechnique d’Europe, une épreuve de coupe du monde aux Gets, commune devenue en 5 ans le spot mondial du VTT. Une semaine après, il y aura de nouveau l’Ultra Trail au pays du Mont-Blanc, la plus grosse épreuve de trail au monde. Fin septembre, on recevra le premier mondial des sapeurs-pompiers à la Roche-sur-Foron. On attend 200 000 pompiers de France et d’Europe. Au mois de décembre, il y aura aussi la coupe du monde de biathlon au Grand-Bornand, retransmise à la télévision.

Et pour l’année 2027 ?
En 2027, on reprendra une épreuve de coupe du monde de VTT aux Gets. Il y aura de nouveau le biathlon, l’ultra-trail du Mont-Blanc et la fête du lac d’Annecy. Et on terminera en apothéose avec les 15 jours des championnats du monde de cyclisme qui auront lieu pour la troisième fois aux Gets, seule ville au monde et donc seul département à avoir accueilli trois championnats du monde de VTT. On aura l’épreuve de Gravel à Châtel, avec des stars comme Van Der Poel, on aura des épreuves olympiques comme le BMX ou le BMX Freestyle, le contre-la-montre autour du lac d’Annecy. Et puis les deux épreuves reines, avec notamment la côte de Domancy et le retour de Bernard Hinault. Et Sallanches sera, comme les Gets, la seule ville au monde qui aura accueilli trois championnats du monde sur route. Donc les deux années à venir vont être incroyables.

Comment renouveler l’image de la Haute-Savoie au-delà des clichés « carte postale » ?
La Haute-Savoie est unique. Avec le lac Léman et le lac d’Annecy, quelque part, on a la mer. Avec nos stations de ski, on a la montagne. Avec le Mont-Blanc, on a l’alpinisme. On a la chance d’avoir ces plateaux de pastoralisme avec ces marches en montagne, ce qu’on appelle « la montagne à vache ». Et puis surtout ces stations-village, qui sont vivantes toute l’année et vraiment atypiques. Parce que, quand vous regardez le Grand-Bornand, la Clusaz, Cordon, Combloux, Megève, Saint-Gervais, quand vous regardez Châtel, Morzine : ce sont des cartes postales à elles seules. Et donc est-ce que la Haute-Savoie a besoin de se réinventer ? Je ne sais pas. La Haute-Savoie est unique et éternelle. Il s’agit donc surtout de valoriser sa singularité.

Est-ce que vous sentez une évolution des attentes des touristes, notamment vers plus d’authenticité ou de sens ?
Je pense que les touristes, notamment en hiver, viennent pour le ski, mais seulement quelques heures par jour. Il faut donc leur offrir autre chose. La Haute-Savoie a des atouts forts, avec son côté « carte postale », mais aussi avec son patrimoine, sa culture, et la diversité des activités proposées.

« Le tourisme représente un tiers du PIB en Haute-Savoie »

Le tourisme est un moteur économique majeur. Comment garantir qu’il profite réellement aux habitants ?
Le tourisme représente un tiers du PIB en Haute-Savoie. On a des habitants permanents dans nos villages et ces populations vivent du tourisme. Les agriculteurs, les artisans, les moniteurs de ski, les agences immobilières : toute l’économie locale en bénéficie. C’est ce qui fait la force de la Haute-Savoie, avec 850 000 habitants permanents et 750 000 lits touristiques. Et donc forcément, les retombées sont directes pour les populations permanentes. La cohabitation n’est pas toujours simple, surtout en haute saison touristique, mais elle reste un moteur essentiel pour le territoire.

Et pour finir, face aux enjeux climatiques, notamment en montagne, comment anticipez-vous l’avenir du tourisme ?
Depuis longtemps, on considère qu’il n’y a pas que le ski en Haute-Savoie. Le département, dès mon arrivée, a eu une approche lucide de la situation : continuer à investir sur le ski, mais aussi accompagner les stations vers d’autres activités, hiver comme été. On mise sur le ski famille, le ski de fond. On parie aussi en complément sur le ski nautique, la pêche, les sports natures et la qualité de vie en montagne. La fraîcheur nocturne, les paysages verts et les stations-villages sont des atouts forts. C’est ainsi qu’on s’adapte à la réalité du réchauffement climatique, qui impose d’anticiper, dès aujourd’hui, les évolutions à venir.

<a href="https://www.lyonpeople.com/author/fanny" target="_self">Fanny Suteau</a>

Fanny Suteau

Journaliste. En charge de la rédaction de nos articles. Fraîchement arrivée mais déjà prête à relever le défi de l’actualité.

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