Texte : Morgan Couturier – Alors que Lyon, comme de nombreuses villes de France, panse encore ses plaies à la suite des débordements de ce samedi 17 octobre, poursuivis ce dimanche, les réactions vont bon train du côté des responsables politiques. Quant aux commerçants, ce début de semaine marque le commencement d’une difficile reconstruction.
Les scènes de chaos n’ont eu de cesse d’émouvoir, sur place, devant un écran de télévision ou sur ces réseaux sociaux qui retransmettaient en direct les incendies et autres pillages survenus à Lyon.
Alors ce dimanche 18 octobre, lorsqu’une once de calme est revenue, bon nombre de réactions sont apparues sur la toile. À plus forte raison après 20 heures, lorsque l’allocution du président de la République a eu bien du mal à rassurer les Français.
Dès lors, c’est du côté des élus locaux que les regards se sont tournés. « Je suis triste et dévasté… Je n’ai pas de mots pour décrire cette situation de notre France ! Enfant d’une famille modeste, où est la France qui m’a scolarisé dans son école publique qui m’a donné mon diplôme à Assas et mes mandats électoraux jusqu’à parlementaire dans les deux chambres, celle qui a permis à mes 4 filles de faire des études supérieures…. Il faut que les élus nationaux comprennent qu’après le 17 octobre 2026, il faut changer de stratégie en urgence absolue », a ainsi réagi le président du Département du Rhône, Christophe Guilloteau.
La droite accuse l’extrême gauche qui prodigue des conseils en cas de garde à vue
Souvent présent au cœur du chaos, le vice-président à la Métropole de Lyon, délégué à la voirie, Pierre Oliver, se lamentait, lui, de ces « pillages et ces incendies qui n’ont rien à voir avec des revendications ». « Certains responsables publics d’extrême gauche nous donnent des leçons de morale à longueur de journée, alors qu’ils ont fédéré les casseurs contre la France », a souligné celui qui endosse également le rôle de maire du 2e arrondissement.
La trouvaille du jour vient d’ailleurs de l’élu métropolitain, lequel n’a pas tardé à relayer un post Instagram des députés LFIstes, Abdelkader Lahmar et Anaïs Belouassa-Cherifi offrant explicitement un manuel de défense aux personnes mises en garde à vue.
Pour cette dernière, les débordements de ce samedi sont dus comme souvent avec LFI, aux « choix désastreux en matière de maintien de l’ordre », lesquels ont « contribué à l’escalade des tensions et aux violences survenues (ce week-end) ».
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« L’incendie de l’office du tourisme, les pillages et les attaques contre l’hôtel de ville ne peuvent être nos moyens d’action pour faire entendre nos revendications. Je condamne ces violences. Tout comme je dénonce celles commises par les forces de l’ordre contre les nombreuses personnes mobilisées aujourd’hui pour exprimer pacifiquement leurs revendications », a également écrit la députée de la première circonscription du Rhône.
« Des scènes d’une violence rare et intolérable »
Le ton est évidemment différent du côté de la présidente de la Métropole de Lyon, Véronique Sarselli, pour qui la métropole lyonnaise a vécu « des scènes d’une violence rare et intolérable ». « En marge des manifestations, des groupes d’ultra gauche ont semé le chaos en centre-ville. Rien ne justifie ces violences, aucune cause ne les excuse. Je pense aux habitants qui ont eu peur, aux commerçants qui ont vu leur outil de travail dévasté. On ne peut plus s’indigner et attendre la prochaine fois. Ce que nous avons vu ce week-end, ce sont des groupes ultragauches qui veulent anéantir la République et une délinquance d’opportunité venue profiter du désordre pour piller », a accusé la maire sortante de Sainte-Foy-lès-Lyon, lassée comme beaucoup par l’ensauvagement prôné par Jean-Luc Mélenchon et ses troupes.
La Métropole de Lyon mobilise 10 millions d’euros en faveur des professionnels victimes de dégradations et de pillages
Du côté de Julien Smati, premier adjoint à la Ville de Rillieux-la-Pape et conseiller métropolitain, on regrette également la disparition sous les flammes de l’Office de Tourisme, un site dont le président, Christophe Marguin, réclamait la sécurisation auprès de Grégory Doucet depuis les émeutes de 2023. En vain. « On voit le résultat aujourd’hui », a condamné Julien Smati.
« J’ai une énorme pensée pour toutes les victimes de ces faits qu’ils soient commerçants, salariés, entrepreneurs, agents, habitants… Aucune cause, aucune revendication ne peut expliquer cette violence et ces pillages », écrit-il encore sur Facebook.
Présent à ses côtés le lendemain des faits, Jérémie Bréaud a, lui, dépeint « une France qui se réveille avec une sacrée gueule de bois ». Si le maire de Bron et vice-président à la Métropole de Lyon en a profité pour saluer le travail de ses agents, de même que l’action des pompiers et des policiers, il s’est refusé à excuser les « casseurs, les pillards et ceux qui agressent ».
« Et maintenant ? On nettoie et on attend la prochaine fois ? »
« Rien ne les excuse. Cela n’empêche pas de demander des comptes à ceux qui doivent nous protéger, ni à cette extrême gauche autour de La France insoumise, dont on aimerait qu’elle mette autant d’énergie à condamner les violences qu’à accabler nos policiers. Et maintenant ? On nettoie et on attend la prochaine fois ? », a-t-il écrit.
Avant de poursuivre : « Nous ne nous y habituerons jamais. Détruire pour exister : le cri creux des inutiles. Car au bout de cette violence, qu’a-t-on apporté à ceux dont on prétend défendre l’avenir ? Qui a gagné une liberté, un travail, une vie meilleure dans les cendres d’un bâtiment public ? Ceux qui cassent doivent répondre de leurs actes. Et ceux qui exercent une responsabilité politique doivent condamner ces violences sans chercher, selon les circonstances, une manière de les excuser. Nous devons cette clarté à ceux qui les subissent ».

Des touristes étrangers au pas de course sur la place Bellecour, dimanche matin. Le rayonnement de Lyon est à nouveau entaché suite à ces débordements.
Enfin, le nouveau sénateur du Rhône, Sébastien Michel a choisi de condamner des « violences insupportables ». « Chacun gardera en mémoire les scènes de dévastation auxquelles nous avons assisté, qui doivent appeler une sanction immédiate, effective et ferme. Notre pays a besoin d’apaisement. Mais la condamnation des violences ne suffira pas. Le retour à la paix civile suppose des actes clairs, sans trembler ».
Vient alors la question du coût de ces dégradations, lequel pourrait atteindre « un milliard d’euros » à l’échelle nationale, à en croire les chiffres avancés par certaines radios. À Lyon, 162 commerces auraient été attaqués, dont « une centaine entièrement pillés », évoque l’association My Presqu’île.
« Ce n’est pas aux commerçants de payer le prix de la violence. Les commerçants connaissent, eux aussi, les difficultés du quotidien, la hausse du coût de la vie, les inquiétudes pour l’avenir et les préoccupations exprimées par de nombreux manifestants. Ils partagent les réalités d’une société qui doute et qui attend des réponses. Mais aucune revendication, aussi légitime soit-elle, ne peut justifier la destruction de l’outil de travail de celles et ceux qui font vivre nos rues. Manifester est un droit fondamental. Détruire le travail des autres ne l’a jamais été », déplore ainsi Fabrice Bonnot, président de l’association des commerçants du quartier Charité–Bellecour.
« En face, des commerçants terrifiés de voir leur vie partir en fumée »
Même son de cloche du côté de l’habilleur Sébastien Le Guillou, dont les boutiques sont installées en Presqu’île : « en tant que commerçant, j’ai assisté impuissant aux pillages de mes confrères et des boutiques de notre centre-ville, des heures de chaos en toute impunité, menées par des bandes organisées et des manifestants profitant de la situation et encourageant cela… on a le droit aux revendications mais pas à tout détruire pour cela ! En face, des commerçants terrifiés de voir leur vie partir en fumée, et des forces de l’ordre courageuses et totalement isolées, privées des effectifs et des moyens nécessaires pour endiguer cette violence et répondre pour notre sécurité ! C’est un sentiment d’abandon total face à une situation tolérée et cautionnée par certains politiques » !
Alors forcément, les regards se tournent naturellement vers Grégory Doucet, accusé de ne pas avoir mobilisé ses effectifs de police municipale et d’avoir pactisé avec l’extrême gauche pour remporter les dernières élections municipales.
Pour autant, ce dernier continue de se défendre. Le maire de Lyon l’a répété ce lundi sur BFM TV : ces débordements ne porteraient aucun message politique. « Quand on a des dizaines de crétins qui sont en train de saccager un commerce et de le piller, d’autres qui s’amusent à mettre le feu à l’Office du Tourisme, je ne vois pas de message politique. Je vois simplement des imbéciles qui s’en prennent à des biens publics ou des biens privés. Je ne vois pas les liens qu’ils pourraient avoir avec des mouvements politiques », a-t-il revendiqué, dans une allocution contredite par les signatures de certains casseurs.
On notera toutefois la mobilisation de son fidèle bras droit, Valentin Lungenstrass, visiblement ému du sort des commerçants qui « en une journée, subissent des dégradations et des pillages d’une ampleur probablement inédite en Presqu’île ».
À l’inverse, le silence de l’ancien vice-président à la Métropole de Lyon, Fabien Bagnon, ne passe pas inaperçu, ce dernier préférant axer sa colère sur la politique de plantation d’arbres de la Métropole de Lyon. Une discrétion partagée par son ancien directeur, Bruno Bernard, lui aussi étrangement silencieux sur le sujet.
Une chose est sûre, alors qu’au sommet de l’État, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a proposé de poser sa démission, les commerçants lyonnais eux, sont nombreux à déplorer une inévitable perte d’exploitation.
Quant aux assurances, les différentes indemnisations des commerçants pourraient se répercuter à terme sur les factures des contribuables. De quoi accentuer le sentiment de colère prédominant dans la ville ce lundi. Avec pour décor, ces boutiques saccagées que l’on a répertoriées :
Rue des Archers
Place Bellecour
Place de la Comédie
Rue Carnot
Rue Childebert
Rue Édouard Herriot
Rue Émile Zola
Rue Ferrandière
Rue Grenette
Place des Jacobins
Rue Jean de Tournes
Rue de la République
Rue Victor Hugo















































































































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