Texte : Jean-Marc Requien – Depuis 40 ans, Albert Constantin, l’architecte à qui l’on doit quelques rénovations prestigieuses comme le stade de Gerland, la Halle Tony Garnier, le nouvel Hôtel-Dieu, mais aussi la grande tour de la Caisse d’Epargne à la Part-Dieu, Albert Constantin, disais-je, organise un dîner-bécasses annuel. Ceux qui le connaissent savent sa passion pour la grande cuisine. Notre architecte-cuisinier n’est pas seulement un gastronome averti, mais aussi un remarquable Maître-queux.
Je fus l’un de ses premiers invités avec, si je me souviens bien, Fernand Galula, Paul Karachayas, Bernard Frangin, Daniel Abattu, Vital Pignol, Jean Nallet et Marcel Lapierre… Depuis, chaque année, en février, le menu est immuable. À l’apéro, pâté en croûte de Jean-Paul Pignol ou de Mathieu Viannay, avant de passer à la soupe VGE de Paul Bocuse, la bécasse avec sa rôtie, un gratin de cardons à la moelle couvert de truffes préparés par notre hôte.
Le tout est arrosé de vins superbes, apportés par les amis, amateurs de grands crus.
Au fil des ans, de nouveaux visages apparurent, tandis que d’autres disparaissaient : Bernard Lacombe, Alain Bideau, Henri Pochon, Gilbert Reboul, Henri Sarlin, Franck Levotre, Olivier Ginon, Pierre-Yves Béné, Raymond Kendall, Michel Gostoli, André-Claude Canova, Pierre Nallet, Hervé Bal, Antoine Zacharias… nous accompagnèrent à plusieurs reprises.

La dernière promo 2026
Lors des premiers dîners, un silence absolu était exigé lorsque, recouverts de nos serviettes, nous humions le fumet délicat des bécasses et les seuls commentaires autorisés portaient sur les vins choisis et sur la succulence des plats ; ce cérémonial qui avait de la gueule a peu à peu disparu et laissé la place à des conversations plus bruyantes et sans doute plus oiseuses.
Albert Constantin a décidé que cette année serait la dernière.
Il faut dire (j’ai oublié de le préciser) que les bécasses sont chassées chaque année par lui-même accompagné de son ami Yves Bouquerod ; l’âge venant, ça devenait un peu plus compliqué. Lorsqu’il m’a appelé fin décembre pour m’inviter à cette « dernière », pas question pour moi de manquer ce grand moment d’amitié et de gourmandise. Je ne regrette pas d’avoir abandonné pendant quelques jours mon petit village berbère pour la circonstance. Tant pis pour mon bilan carbone.
Pour cette dernière soirée, les plats et les vins ont été magnifiques comme d’habitude, avec cette année un exceptionnel gratin de cardons particulièrement réussi.
Si nous avons bien sûr longuement évoqué nos amis disparus (on dit que personne n’est irremplaçable, mais on sait bien qu’il y a des gens qu’on ne remplace jamais), pourquoi ne pas l’avouer, nous n’avons pu nous empêcher de dire pis que pendre des improbables Grégory D et Bruno B qui ont dû entendre leurs oreilles siffler. Ils n’ont trouvé parmi nous qu’un seul défenseur. Je ne vous dirai pas lequel, ça pourrait lui faire du tort.
Cette dernière soirée au goût de nostalgie se termina par un dernier havane et une dernière chartreuse bien sûr… Une dernière soirée qui marquait la fin d’une époque. Une époque bénie des dieux, une époque que malheureusement nos enfants ne connaîtront pas.
Merci Albert ! C’était parfait.



















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