La tribune libre de Laurent Saint-Yves

Au milieu d’un sanglant champ de bataille, qui démoralise les forces de gauche au pouvoir à Lyon depuis trois mandats, le centre et la droite lyonnaise -menée par le duo Blanc-Blache – peut encore espérer renverser la vapeur en mars prochain.

Etienne Blanc ? « Bras droit de Wauquiez », « ex millonniste», « pas Lyonnais », « maire d’un patelin », « qui veut faire du neuf avec des vieux »… tout a déjà été lâché sur la place médiatique lyonnaise, qui fait régner la terreur de la bien-pensance depuis 18 ans, ne laissant -à priori- aucun espoir au candidat de la droite et du centre d’émerger au milieu de dinosaures de la politique lyonnaise. C’est sans doute son manque de notoriété qui a égaré ses détracteurs et effrayé ceux qui « ont été » et ont peur de n’être « plus rien ».

Ça lui en touche une, sans faire bouger l’autre

C’était sans doute méconnaître Etienne Blanc qui ne se contente pas de faire du tourisme ! A chaque critique, sa réponse a été soigneusement pesée… C’est ainsi que le « bras droit de Wauquiez » a sur affirmer que « lui c’est lui, moi c’est moi et quand nous sommes ensemble à la Région, tout le monde reconnaît la qualité de notre travail », prenant de court ceux qui n’imaginaient pas qu’il oserait cette différenciation.
Sa proximité avec Millon ? « Être dans sa majorité ne signifiait pas adhérer à toutes ses décisions, et puis c’était un autre temps ».

Sa lyonitude ? Faut-il -encore et encore- rappeler que son arbre généalogique a marqué l’histoire de Lyon. Lui-même a vécu de nombreuses années dans la ville où il fait des études de droit, avant de prêter serment à la cour d’appel de Lyon et y plaider…
Quant au maire – sous-entendu inexpérimenté – d’un « Patelin de l’Ain», élu et réélu à plusieurs reprises président de communauté de communes, trois fois député et qui assume aujourd’hui la 1ere vice-présidence de la 2e région de France ; a-t-il encore besoin de prouver son expérience de la chose publique?

Ces griefs largement ressassés, il les balaie d’un revers de main, rappelant simplement que les Lyonnais d’aujourd’hui, ne sont plus ceux d’il y a 30 ans, que leurs critères électoraux ont évolué.

La droite la plus bête du monde ?

Rembarrer les attaques parfois simplistes de son opposition est aisé pour le candidat qui voit actuellement les étoiles s’aligner face à la décrépitude d’une majorité en fin de vie.  Mais, quand pleuvent les (sales) coups venus de son propre camp, l’exercice peut sembler de plus haute voltige.

Il a ainsi fallu à Etienne Blanc, s’imposer comme leader d’une opposition, installée et se contentant de peu, en surmontant quelques obstacles venus de ses « amis » politiques… Car arriver au beau milieu d’élus réitératifs, dont le seul objectif est de conserver un siège rémunéré dans l’opposition n’est clairement pas sa tasse de thé.

Le grand nettoyage

« Le renouvellement c’est maintenant !», Etienne Blanc, désormais unique candidat déclaré pour le centre et la droite lyonnaise à l’élection municipale de Lyon, aurait pu faire sien, ce slogan de campagne. Très rapidement sa caution de centre droit, Pascal Blache, annonce qu’il fera fi de son ambition de devenir maire de Lyon et va s’asseoir sur ses ambitions personnelles : « Il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier entre Etienne et moi, inutile d’être concurrents et de relancer la machine à perdre ».

Largement dragué par les équipes Collomb, le maire du 6e refusera les nombreuses avances qui auraient pu faire de lui un successeur idéal, au centre droit de l’échiquier. « Je refuse de renier qui je suis, d’où je viens » déclare-t-il à la presse qui le pousse dans les bras du 1er magistrat et lui vend un Barre-Collomb à l’envers.

Cette « addition » réussie entre le candidat de droite et le centre-droit « société civile » peut alors laisser espérer au candidat Blanc d’être indiscutablement le patron. C’était sans compter sur les dinosaures locaux, effrayé par le lifting annoncé.

La peur du vide…

Alors que l’alignement des planètes peut laisser penser que le challenger Blanc peut redonner des couleurs de droite à la ville, Emmanuel Hamelin et Denis Broliquier prennent leurs cliques et leurs claques. Incompréhensible ! Mais quelle mouche a piqué ces fervents opposants à Gérard Collomb, au point de lui rendre un tel service ?

Le conseiller croix-roussien et le baron d’Ainay, ont-ils senti le vent tourner face à la volonté affichée d’Etienne Blanc de renouvellement ? Un « dégagisme » demandé haut et fort par les électeurs lors des derniers scrutins…

Hamelin : le téléphone ne sonnera jamais
« On s’appelle vite, hein ? ». Combien de fois journalistes et politiques ont-ils assisté à cet échange d’amabilités entre Etienne Blanc et Emmanuel Hamelin depuis un an ? Des dizaines de fois… Le sympathique Hamelin a attendu vainement que sonne le téléphone, s‘estimant incontournable sur la place lyonnaise. Grand perdant de sa législative sur une vague bleue de 2007, 3e de la primaire de la droite en 2014, premier critique de Laurent Wauquiez, ça n’est pas hyper vendeur… l’appel peut attendre, en cas de besoin seulement.

Mais à l’approche de la retraite, Emmanuel Hamelin va avoir bientôt du temps à tuer et s’en ouvre ouvertement, il en a « ras le bol » d’être dans l’opposition. Il ne peut plus attendre, l’horloge tourne ! C’est sa dernière chance. Dans le même temps, le glissement de Collomb vers la droite, l’oblige à récupérer des personnalités qui occupent ce terrain. Plantage avec Pascal Blache. Faute de grives… Hamelin vire casaque et trouve désormais à Collomb toutes les qualités. Surtout celles de lui promettre monts et merveilles.

Désormais sur la place lyonnaise, Hamelin explique à qui veut l’entendre qu’il est le mieux placé pour être le candidat aux municipales sous l’étiquette Collomb. Les promesses n’engageant que ceux qui les croient, on attend de voir. Sur les réseaux sociaux, on souffle et surtout on glousse « Collomb est obligé de débaucher ses pires ennemis ; il n’a plus d’amis ». « Dommage, on l’aimait bien, il était sympa ce Manu !».

Broliquier : il veut sortir de son hyper-centre
Pour l’éternel maire du 2e (déjà 3 mandats lui aussi), c’est une autre histoire. L’ex-UDI, actuel nouveau-centre, indépendant à ses heures, ex milloniste un peu mais pas trop, catho pas très bo-bo, conservateur à ses heures, UMP compatible en fonction de l’élection… se sent sans doute trop à l’étroit à Ainay.

Après tant d’année à naviguer entre la rue Sala et la rue St Hélène, sans s’être trop risqué dans le quartier de la Confluence où affluent des milliers de nouveaux arrivants et sans trop se perdre près des Terreaux trop gauchos, l’édile du 2e, aligne des résultats électoraux désastreux à chaque nouveau scrutin. Du « 2 » il ne veut plus et le fait savoir discrètement à Etienne Blanc en négociant une place bien méritée à la métro.

C’est sans compter sur sa bande ! Eux ne veulent pas mourir (politiquement) à petit feu et garder ce qu’ils estiment être leur bien : le centre-ville. Sous la pression, Denis Broliquier demande finalement, comme à chaque élection, des places partout, des places qui ne reflètent pourtant plus son poids électoral depuis bien longtemps. Etienne Blanc n’est pas Perben et n’est pas Havard : « la porte reste ouverte, mais tu prends ce que je te donne et je respecte mon calendrier. Un point, c’est tout ! »

Broliquier n’est pas habitué à ce qu’on ne le chouchoute pas ! Et là… c’est la panique ! « Je vais monter des listes partout ! ». Sur les réseaux sociaux il rassemble entre 200 et 300 like sous l’étiquettes Broliquier2020 et annonce fièrement qu’il a au moins trois chefs de file à Lyon, dans le 2e, dans le 6e, dans le 4e… faisant trembler l’intégralité du monde politique lyonnais.

Chez Collomb, on lui tend discrètement la main, en lui assurant qu’ils feront un jour de lui un roi. Retardant par la même tout rapprochement avec Etienne Blanc. Reste à savoir si le train de la droite et du centre repassera un jour par sa gare…

*Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie.