Par Morgan Couturier

Le débat est clos. Reviendra, reviendra pas, le ministre de l’Intérieur a officialisé dans l’Express, sa volonté de reprendre son poste d’édile de Lyon. Un secret de polichinelle dans le paysage politique lyonnais.

De semaine en semaine, le doute s’est dissipé peu à peu, pour ne laisser place qu’à une seule et même conclusion : Gérard Collomb n’a pas l’intention de rendre les armes, dans la bataille des municipales de 2020. Dès lors, il ne manquait plus que l’officialisation de cette décision, à l’heure où les masques tombent et où les candidats déjà proclamés ont entamé leur campagne de séduction. En vieux loup de mer de la politique, le ministre de l’Intérieur a donc pris le train en marche pour couper l’herbe sous le pied de ses adversaires.

Profitant d’une large interview accordée à l’Express, le numéro 2 du gouvernement a mis fin aux supputations. Pas fatigué pour un sou, Gérard Collomb brigue un énième mandat, après seize ans d’exercice dans la ville des frères Lumière. « Si d’ici là, on ne m’a pas diagnostiqué de maladie grave, je serai candidat à Lyon », s’est-il confié avant de préciser son futur calendrier. « Je ne serai pas ministre de l’Intérieur jusqu’à l’avant-dernier jour. Je pense que les ministres qui veulent être candidats aux municipales de 2020 devraient pouvoir quitter le gouvernement après la bataille des Européennes (le 26 mai 2019, ndlr) ».

Un quatrième mandat serait contraire aux volontés de renouvellement de la classe politique

Un timing « surprenant », dixit Pascal Blache, qui laisse songeur, notamment en termes d’éthique. « C’est un ministère qui demande une attention de tous les instants, il devrait démissionner par respect pour les Français et le Président de la République », nous témoigne Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement. « Ce n’est pas possible d’exercer correctement sa fonction de ministre dans ses conditions ». Ce qui laisse penser à son homologue du 6e, que le sort parisien du septuagénaire n’est plus qu’une question de jours. De semaines tout au plus.

« Je pense que ça va se plier très vite », évoque-t-il, lui qui a été sondé pour composer un duo avec le premier flic de France. Son cocon familial situé à Lyon, de même que sa zone d’influence, le septuagénaire n’a jamais renié son attachement à la capitale des Gaules, en témoignent ses allées et venues récurrents entre Rhône et Saône. Dès lors, sa déclaration n’a rien de surprenant pour l’opposition, d’autant que l’intéressé nous avait confié avoir longuement hésité à répondre favorablement à la proposition du Président de la République lors de sa nomination place Beauvau.

« On a l’impression que c’est une retraite dorée »

Les plus proches ont été mis dans la confidence vendredi soir lors de la cérémonie au cours de laquelle Arabelle Chambre Foa, dircab de la Métropole, a reçu les insignes de chevalier dans l’ordre national du mérite.

« On verra si le ministère de l’Intérieur me sert de bain de jouvence », nous avait-il dit, il y a un an, presque jour pour jour. Force est de constater que l’ancien édile n’a rien perdu de sa fougue et de son envie. Un constat que ne partage pas toute la classe politique lyonnaise. À commencer par Denis Broliquier. « Quand il est parti, les langues se sont déliées. On n’en pouvait plus de cette gouvernance autoritaire. Aujourd’hui, c’est un homme du passé. Quelles que soient ses réussites, que pourrait-il apporter dans un quatrième mandat ? Lyon mérite mieux que ce retour dans le passé. On a l’impression que c’est une retraite dorée ». Du neuf avec du vieux, Pascal Blache n’y croit aussi, que modérément. « Je pense que c’est un problème pour l’avenir. Il a su amener de bonnes choses, mais il va revenir pour faire quoi ? Les sujets pour l’avenir sont à étudier et l’âge peut jouer dans la façon dont on se projette », s’interroge-t-il, sans s’épancher outre mesure sur l’âge de son concurrent.

Seul ou bien accompagné ?

Candidat proclamé à la mairie de Lyon, Pascal Blache a forcément réagi à l’annonce de son opposant, comme ici, face à la presse locale et nationale. Photo DR

Reste que Gérard Collomb possède encore quelques cordes à son arc. Outre le fait d’installer possiblement sa femme Caroline dans le 5e arrondissement, l’expérimenté politicien a su jouer astucieusement de sa stature nationale en choisissant l’Express de façon à ne froisser aucun média lyonnais, de quoi conserver une bonne presse entre Rhône et Saône. A l’inverse, le constat pourrait être bien différent, avec Emmanuel Macron. Le chef d’Etat perd son allié historique, de même qu’un quatrième mandat irait à l’encontre de son projet d’un renouvellement de la classe politique.

A moins que l’hypothèse d’un ticket gagnant vienne rebattre les cartes. Après Pascal Blache, le premier flic de France nous a annoncé qu’il ne fermerait pas la porte à Michel Havard, en cas de retour en politique de ce dernier. Une hypothèse purement utopique pour l’opposition. « On connait trop le caractère de Gérard Collomb pour imaginer qu’il fasse un ticket équilibré, assure Denis Broliquier. Ça ne peut pas être possible dans la réalité. C’est lui et lui seul qui aura le pouvoir ». Verdict dans les semaines à venir.