Par Marco Polisson

Avoir toujours un coup d’avance. Ce principe fondamental endossé comme gilet de sauvetage par tout politique avisé, le ministre de l’Intérieur en a fait une règle de vie. Nouvelle démonstration avec la révélation surprise de ses projets pour 2020.

Alors que les rumeurs de son éternel retour bruissent depuis des mois dans le landerneau politique avec pour effet voulu une déstabilisation permanente du président intérimaire de la Métropole David Kimelfeld, Gérard Collomb a décidé d’avancer ses pions plus tôt que prévu.

En dégainant le premier, Gérard Collomb coupe l’herbe sous le pied de ses jeunes obligés qui, depuis sa nomination place Beauvau, ne rêvent que d’une chose : l’envoyer en maison de retraite. Quand on a des obligés, aussi médiocres soient-ils, il faut toujours songer au retour de bâton. Alors que dans son propre camp, certains étaient en train de s’organiser pour gagner les élections municipales sans lui, Gérard Collomb a décidé de réagir aux propos du lanceur d’alerte Roland Bernard qui déclarait sur notre antenne* à propos de Caroline Collomb : « Sa candidature est aussi opportune que celle de ceux qui sont en train de préparer leurs équipes pour prendre la mairie de Lyon. »

En choisissant Le Progrès (un joli coup éditorial signé Philippe Lecoq et Sandrine Chabert) pour révéler ses ambitions, et non les réseaux sociaux, Gégé utilise les vieilles recettes qui ont fait son succès depuis 2001. Sa nouvelle association qui fédérera la société civile autour de son projet métropolitain pour 2020 a été baptisée « Prendre un temps d’avance ». Une enseigne à double lecture subliminale à destination des députés Thomas Rudigoz, Hubert Julien-Laférrière, et des adjoints Michel Le Faou et Fouzya Bouzerda qui se voyaient déjà califes à la place du calife.

David Kimelfeld aura-t-il le courage que n’a pas eu André Soulier en 1989 face à Francisque Collomb ?

« Il est plus d’hommes obligeants que de cœurs reconnaissants » assurait Francis Bacon. Le fin littéraire qu’est Gérard Collomb prouve une fois de plus sa capacité à maintenir sous pression ses affidés et à imposer sa patte, même depuis Paris. Faisant d’une pierre deux coups, il grille également la priorité à la droite lyonnaise qui n’a pas su en 17 ans se trouver un nouveau leader. Nous aurons l’occasion de reparler du faux-départ du maire du 6ème Pascal Blache qui a (volontairement ?) raté le coche alors que son micro parti NCLM est opérationnel depuis deux ans.

Comment va réagir David Kimelfeld mis au courant de son initiative seulement dimanche dernier ? Ce dernier, conseillé par l’ancien journaliste Jacques Boucaud, est désormais placé face à un cruel dilemme : se ranger derrière Gégé et attendre tranquillement son heure ou faire sécession. Aura-t-il le courage qui a manqué à André Soulier en 1989 face à Francisque Collomb ? Réponse dans les prochains jours…. Pas vraiment inquiet, Gégé sera à Lyon ce week-end pour finir sa tournée des personnalités et les engager à le soutenir. Selon nos informations, la récole a été fructueuse. Sa besace est désormais suffisamment pleine pour partir au combat. Pour un 4ème mandat ?

*Magazine Lyon People – Juin 2018 (6€ chez votre marchand de journaux)