Par Bernard Gouttenoire

Exceptionnelle exposition d’un duo inattendu et talentueux, le graveur et peintre Jacques Reverchon (+) et le sculpteur Estelle Reverchon. Ils ne se sont pas connus mais ils sont issus de la même souche, de la même fibre.

Jacques Reverchon est né le 15 septembre 1927, à Paris. Il vit un temps à Lyon et l’été, à Couzon-au-Mont d’or (chez ses grands-parents). Il est même scolarisé comme pensionnaire aux Chartreux. Il fait ses premières armes artistiques aux Beaux-Arts de la ville de Paris, remportant le Prix de Rome de gravure, en 1952. Après un séjour à la Casa Velasquez, à Madrid, il devient professeur de dessin en 1957, à Paris, jusqu’en 1962, puis il enseigne -toujours la gravure et le dessin- à Tourcoing jusqu’à sa mort (d’une rupture d’anévrisme), le 21 mai 1968. Doté d’un sens inné et aiguë de la précision qu’exige l’art de la gravure, il réalise nombre de planches qui sont aujourd’hui très recherchées, du fait de leur rareté.

Ses sujets d’une inspiration figurative, traitent essentiellement de l’Espagne, de sa belle ville de Paris (les monuments mais pas seulement, aussi les filles qui habitent et hantent les nuits parisiennes). Jacques Reverchon travaille beaucoup, consolidant sa réputation de graveur d’exception. Parallèlement, il produira en toute liberté, des peintures à l’huile et à l’aquarelle qui lui vaudront une réputation qu’hélas son fatal accident, ne lui laissera pas le temps d’éclore. Désormais il existe deux biographies « Jacques Reverchon œuvre gravé », vol I (2006), et « Jacques Reverchon aquarelles », vol 2 (2007), puis, sortira « Sur les traces de Jacques Reverchon », par Estelle Goutorbe en 2017. Trois volumes qui restituent pleinement l’immense talent de l’artiste.

Un Reverchon peut en inspirer une autre

Estelle Reverchon n’est autre qu’une parente de Jacques Reverchon, par alliance. Elle vit et travaille à Lyon et s’impose comme sculpteur, au meilleur emploi du terme. Elle travaille la terre, le bronze, et produit des formes pleines et très humaines dans l’élan convainquant du geste accompli. Pas de fioritures, pas de superflu, Estelle Reverchon s’adresse à l’esthétique pure. C’est pour cela que son travail parle et plait au plus grand nombre. La ligne l’emporte dans ce qu’elle tente de dire. Voyons ce geste emprunté aux « derviches tourneurs de Damas ».

La fluidité des danseurs en transes n’a pas le droit à l’erreur, lorsqu’il s’agit d’une prière basée sur la ronde sans fin, jusqu’à l’épuisement. Ailleurs, c’est la mère qui amène l’amour de l’enfant, dans une grande pièce fusionnelle pleine d’émotions. Etonnamment Estelle Reverchon, est plus sensible encore dans ses architectures de terre, qui ouvrent grand les portes de l’Orient. Elle est à l’origine même du monde, quand l’homme -au temps de Gilgamesh- était (heureusement) plus bâtisseur que destructeur.

Jusqu’au 30 novembre 2019
Galerie de la tour
16, rue du Bœuf, dans le Vieux Lyon

http://www.estelle-reverchon.com

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